Quiconque n'observera pas exacte
ment 1a loi de votre Dieu , et cette ordonnance du roi, il sera condamné ou à la. mort, ouà l'exil, ou à une amende sur son bien , ou à la prison. .
AntiochusEpiphane persécuta cruellement les Juifs , pour les contraindre de renoncer à leur religion. Un des moyens qu'il employa pour y réussir fut de faire brûler le livre de la loi \ On jeta dans les flammes tous les exemplaires qu'on en trouvoit , et ceux qui les avoient conservés étoient punis de mort. Lès efforts <le ce prince fureni vains. On ne peut abolir les livres sacrés d'une nation tant qu'elle subsiste. Le respect qu'on a pour ces
1 Ch. 7. — • I4es Machabéef , c. 1 , v..5g , 60.
divines Écritures fait trouver bien des moyens de les soustraire aux recherches des persécuteurs. En effet , dès que les Juifs se furent affranchis du joug d'Antiochus , nous les voyons recourir aux livres saints pour rétablir toutes choses dans leur ancien état. Us étendirent les livres de la loi , dit l'auteur du premier livre des Machabées *, ils apportèrent les ornements sacerdotaux, etc. Expanderunt libros ; legiç et attulerunt ornamenta sacerdotalia x, etc. ^
Ajoutons que le livre de la loi se conservoit chez les Samaritains , qu Antiochus ne persécutoit pas , et en Egypte , qui n'étoit, pas sous la domination de ce prince.
* Personne ne doute que depuis les Machabées jusqua nous le livre de la loi ne se soit perpétué chez les Juifs. Dispersés par toute la terre, ils portent partout les divines Ecritures-, ils ont pris toutes, les précautions, non - seulement pour quelles ne s'altèrent' point, mais encore pour quelles ne puissent jamais être altérées; car ils en ont compté les mots i les caractères et chaque espèce de caractère en particulier.* Heureux s'ils apportaient autant de Soin à en pénétrer le sens qu'à "en conserver la* lettre.. r
* Liv. 1 des Machabées, c. 3 . ▼. 48 , 49.
ir. 5
Après avoir fait voir la loi de Moyse connue, citée, pratiquée chez les Hébreux: dans tous les âges depuis ce législateur jusqu'à nous , qu'on juge ce qu'on doit penser de l'érudition ou de la fidélité de l'auteur du Dictionnaire philosophique lorsqu'il avance que le premier exemplaire connu de la loi fut celui qui fut trouvé sous le roi Josias , et que cet exemplaire ne fut mis en lumière qu'au retour de la captivité.
Répondons à présent à M. Vandale , qui prétend que la frayeur du roi Josias à la lecture du livre de la loi de Moyse marque bien que cette loi étoît alors inconnue parmi les Juifs, et que tous les exemplaires, à l'exception de celui qui fut trouvé dans le temple , a voient été brûlés sous les règnes de Manassé et d'Amon.
Il est bien vrai que Manassé a été un impie qui abandonne* le culte du vrsyi Dieu pour prostituer son adoration aux idoles,. qui profana le temple da Seigneur en y dressant des autels atix astres du ciel , qui commit des abominations encore plus détestables que tout ce que les Amorrhéens avoient feit avant lui , qui répandit des ruisseaux de sang innocent jusqu'à en remplir toute la ville de Jérusalem. Mais l'Ecriture, qui lui reproche ces désordres , ne l'accuse point d'avoir fait brûler les saints livres 5 ce qu'elle n'eût pas
omis s'il eût été coupable de ce crime ; car elle ne manque point de le faire entrer-,, dans le dénombrement qu'elle fait des maux qu'Antiochus fit aux Juifs lorsqu'il les persécuta.
Accordons pour un moment que Manassé a fait la guerre aux divines Ecritures. A-t-il réussi dans le dessein de les anéantir ? Non sûrement. On ne viendra jamais à bout d'abolir les livres sacrés d'une nation qu'en la détruisant elle-même.
Accordons enfin que Manassé réussit dans ce projet sacrilège : Manassé, converti dans sa prison à Babylone , de retour à Jérusalem , n'aura pas manqué à un acte essentiel de sa pénitence; je veux dire à faire transcrire un grand nombre de copies de la loi du Seigneur, ce qu'il pouvoit facilement sur l'exemplaire qu'en conservoient les Samaritains.
Amon^ qui succéda à Manassé son père , l'imita dans ses désordres et non dans sa pénitence \ mais comme il ne régna que deux ans , on pourroit encore moins croire de lui crue de son père qu'il ait Tait périr tous les exemplaires de la loi, à la réserve de celui qui étoit caché dans le temple.
Josias , fils d' Amon , monta sur le trône après lui à l'âge de dix-huit ans. J7 fit ce qui étoit agréable au Seigneur, et il mar*
ÎOO REPONSES CRITIQUES.
cha dans les voies de David , son père $ il ne se détourna ni à droite ni à gauche. L'Ecriture emploie ordinairement une de ces trois expressions pour marquer un fidèle observateur de la loi <Ie Dieu.- Que doit-on donc penser d'un prince pour qui elle les réunit? Nous demandons à présent comment .Josias a pu fidèlement observer la loi de Moyse pendant qu'elle lui étoit inconnue ; car l'Ecriture fait de lui cet éloge avant que l'exemplaire du temple fût découvert, ce qui n'arriva que- la dix-huitième année de son règne.
Pourquoi donc Josias marque-t-il tant de frayeur lorsqu'on lui fait lecture de la loi de Dieu, si cette loi lui étoit connue? C'est ce qu'il faut développer.
Le livre de la loi qui fut présenté à Josias étoit l'original de Moyse , qui avoit été déposé dans le temple à côté de l'arche par l'ordre de Dieu. La vue d'un pareil écrit rappelle et rend en quelque façon présent l'homme divin qui en est l'auteur. Josias vit donc' Moyse éclatant de la gloire dont il avoit été revêtu sur le mont Sinaï \ il l'entendit tonner contre les prévaricateurs 9 et les menacer de châtiments qui font frémir. Il sentit que la nation avoit mérité par ses impiétés sous les deux règnes précédents les peines que Moyse dénonçoit en cet endroit ; voilà ce qui le saisit
de frayeur , frayeur légitime s'il en fut jamais. Voilà le sujet de sa crainte , voilà ce qui lengagea à^nvoyer chez la prophétêsse Holda pour lui demander le moyen d'apaiser le Seigneur. Ne voit-on pas tous les jours des chrétiens Sur qui les menaces de l'enfer font dans ' certaines circonstances des impressionsqu'elles n'a voient point faites jusqu'alors , quoiqu'ils eussent toujours été convaincus de cette terrible vérité ?
Noos ne pouvons nous empêcher de placer ici une réflexion que nous avons faite en composant cet article. A la vue d eçe grand nombre de cas dans lesquels on contractoit des souillures dont l'expiation étoit ennuyeuse et fatigante, nous nous sommes dit : si Moyse eût été un imposteur comme le veulent \ps incrédules , il se seroit bien gardé de donner une loi si gênante aux Hébreux; un joug trop pesant révolte. Il a fallu que ce saint homme ait bien prouvé à cette nation que les commandements qu'il lui faisoit venoient Ae Dieu pour qu elle s'assujettît à une discipline aussi sévère. C'est ainsi que la sou* mission des Israélites à une loi dure et onéreuse prouve la divinité de la mission de ce législateur.
Richesses que David laissa à Salomon.
On lit dans le premier livre des Paralipomènes f , chapitre 22 , ces paroles de David à son fis Salomon : J'ai préparé dans ma pauvreté de quoi fournir à la dépense du bâtiment de la maison du Seigneur 5 savoir , cent mille • talents d'or et un million de talents d'argent \ et au chapitre 2.9 il lui dit : Outre toutes ces choses que j'ai offertes pour la maison de mon Dieu , j'ai encore ménagé de mon épargne de ï'or et de l'argent que je donne pour le temple de mon Dieu, sans parler de ce que j'ai préparé pour bâtir son sanctuaire. J'ai donc amassé trois mille talents d'or d'Ophir et sept mille talents d'argent très-fin et très-pur , pour en revêtir les murailles du temple.
Le talent d'argent valoit chez les Hébreux quatre mille huit cent soixante-sept livres trois sous neuf deniers de notre luonnoie, et le talent d'or soixante-neuf mille cinq cent trente-une livres cinq sous. Ainsi les cent trois mille talents d'or et le million sept mille talents d'argent que David laissa à Salomon poux la construction du temple montent à douze milliards trois cent soixante - huit millions huit cent soixante-six mille cinq cent soixante-deux livres de notre monnoie.
* Des Parai. , c. aa , y. 14.
l#r LIVRE DES PARALIPOMÈNES. lo3
Cette somme paroît exorbitante, c'est pourquoi quelques interprètes ont pensé qu'il y avoit de l'hyperbole dans ce récit 5 mais quand on exagère on ne fixe pas une somme , on ne détaille pas les parties qui la composent. D'autres ont cru- qu'il s etoit glissé dans ces textes quelques fautes de copistes. Solution ' qu'on ne doit employer que lorsqu'il est imr possible d'en trouver une autre.
Dom Calmet n'est point effrayé de l'énormïté de cette somme $ il entreprend de prouver que^ David a pu amasser des richesses si immenses pendant les quarante années dé son règne 5 voici les sources qu'il indique. ' *
La première est les dépouilles des rois et des peuples qu'il avoit vaincus et subjugués. Il porta la guerre dans la Syrie , dans les pays des. Philistins , des Ammonites , des Moabites , des Iduméens , et partout il remporta de glorieuses victoires. Non-seulement il enleva les trésors de ces nations suivant le droit de la guerre , mais encore il leur imposa des tributs.
Les dépouilles et les tributs des nations vaincues ne pouvoient pas faire une partie bien considérable des douze milliards de David.Quelles richesses pouvoit-on tirer de trois ou quatre petits peuples qui habitaient un pays sec et stérile, rempli de montagnes
arides et de déserts sablonneux? car tel est le tableau que nous font les voyageurs et les géographes des Ârabies Déserte et Pétrée , dont les Iduntéens , les Moabites et les Ammonites occupoient quelques parties. Toute la fortune de ces nations ne consistait qu'en quelques troupeaux : ce n'étoit que des agneaux et <^es béliers que les Iduméens envoyoient chaque année à David pour marquer leur dépendance. Les tributs que ce prince recevoit de ces rois de Syrie qu'il avoit défaits étaient vraisemblablement proportion*» nés à Tétendue de leurs petits états.
La seconde source des richesses de David indiquée par dom Calniet, est Ifs revenus de son domaine»
Il faut passer ce second article par zéro. C'est beaucoup qu'un prince puisse subvenir aux dépenses de sa cour et aux charges attachées à sa couronne par les revenus de son domaine.
Selon Eupolème, David prévint son fils Salomon dans le commerce du pays d'Ophir. Cet auteur assure qu'il y envoyoit des flottes qui lui en rapportoient une grande quantité d'or. Voilà encore une source abondante de richesses.
Cette troisième source indiquée par dom Calmet n'a jamais été ouverte par David. Les écrivains sacrés, qui nous racontent dans
1" IiiVRE DES PARAUPOMÉNES. lo5
un si grand détail tout ce qui s'est passé sous le règne de ce prince , ne parlent point des flottes qu'il envoyoit dans le pays.d'Ophif . Ce n'étoit cependant pas un événement à passer sous silence.
Eupôlème que l'on nous oppose a vécu bien des siècles après David. Il avoit composé un traité des rois des Juifs , dont Eusèbe "nous a conservé quelques fragments par lesquels on voit que cet écrivain ignorait absolument le sujet qu'il avoit entrepris de traiter.
Enfin le dernier moyen qui a pu enrichir David , ce sont les impôts que lui pa y oient ses sujets , les péages , les{ droits que Ton prend sur les marchands et sur les passagers qui trafiquoient dans le royaume d'Israël.
Mais le royaume de David n'étoit pas un pays de grand commerce. Les Juifs, contents des productions naturelles de leur terroir, ne tiroient guère de l'étranger , et vu leur nombreuse population , ils n'a voient que peu de blé à vendre. Ainsi les droits que l'on levoit sur les marchandises ne produisoient qu'une somme modique, et ne pouvoiçnt en-, trer que pour peu dans les douze milliards de David.
En indiquant les impositions que David levoit sur ses sujets pour une des sources
des richesses quil'a amassées , dom Calmet n'a pas fait attention qu'un prince qui retient ce qu'il reçoit de ses sujets les met dans l'impossibilité de lui rien payer dans la suite. Il y a pour huit cents millions d'espèoes en France ; supposons les impôts à deux cents millions par an : si le roi m et toit «n quart de ses revenus en réserve , au bout de seize ans le royaume seroit absolument épuisé d'argent, et par conséquent hors d'état de fournir le moindre subside au souverain.
Dom Calmet, pour achever sa preuve, apporte des exemples semblables , et même de plus grands amas d'or et d'argent faits par des princes. Il étale les trésors de Sardanapale, de Darius, du Grand-Mogol , de l'empereur de la Chine , des rois du Pérou -, mais quelle comparaison peuf-on faire des richesses de •ces princes avec celles des rois d'Israël ? Sardanapale étoit le dernier possesseur du grand empire des Assyriens, qui furent maîtres de la haute Asie pendant cinq cents ans. L'empire des Perses, qui finit en Darius, s'étendoit de l'Inde à l'Ethiopie , et fcomprenoit cent vingtsept provinces , dont le royaume d'Israël ne faisoit qu'une. Les états du Mpgol sont abondants en or et en pierreries. L'or est si commun à la Chine qu'il y est à un tiers meilleur marché qu'en Europe. Les socs de charrue et
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les batteries de.cuisine étoient d'or au Pérou. Ajoutez que le morndrç des états dont on, vient de parler surpasse au moins huit fois en étendue le royaume d'Israël.
L'opinion de dom Càlmet est non-seulement dépourvue de preuves solides ; on est encore obligé en la défendant de croire des choses qui n'ont aucune vraisemblance , et qui même paroissent impossibles. Il faut soutenir :
1 ° Que David seul a possédé plus de richesses qu'il n'y en a présent dans toute l'Europe , où la découverte de l'Amérique a décuplé l'or et l'argent. M. Pelletier , dans ses Recherches sur les finances de France, t. 1, p. 297 , écrit qu'en 168Î il n'y avoit en France que cinq cents millions d'espèces. M. Voltaire les porte à présent à huit cents millions. Tenons -nous -en à cette dernière estimation comme étant la plus forte ; supposons encore huit cents millions pour l'or et l'argent qui est pn vaisselle et en lingots dans le royaume -, prenant la France pour point de comparaison avec le reste de l'Europe , on peut assurer qu'il n'y a pas dans cettQ partie du monde don m milliards en or et en argent.
Un événement de nos jours montre encore que David n'a pu posséder les richesses immenses qu'on lui attribue. Les trésors que
lo8 RÉPONSES CRITIQUES.
Nadir- Schah et son armée ont enlevés des états du Mogol ont été estimés trois milliards de nos livres. Voilà tout le butin qu'un conquérant av^re et des soldats qui avoient une entière liberté de piller ont pu faire sur le plus riche prince du monde et sur ses sujets.
a° Que David a été plus riche et plus opulent que le plus puissant et le plus avide monarque des Persans, des Grecs et des Romains, quoique le royaume d'Israël, dont il fut souverain, n'ait été dans la suite qu'une province de ces vastes empires. Que David a Jaissé une quantité d'or et d'argent plus grande qu'il n etoit nécessaire pour construire un temple comme, celui de Salomon , dont tous les murs <€t les pavés aurorent été d'argent massif, dont .le couvert, toutes les moulures des murailles «lu dedans , et tous tes vases dont on s'y seroit servi auroient été d'or. Brerevood , qui est un de ceux qui ont le plus approfondi la matière des poids et des monnoies des anciens,' fournit la preuve de ce que fions venons d'avancer. Voici ses paroles.
Le grand nombre de talents d'or et d'argent que David laissa à Salomon pour Ta coni struction du temple forme dans mon esprit une difficulté qui me cause de la peine, puisque cette somme surpasse de beaucoup l'opulence et les trésors de tous les princes dont l'histoire fait mention , si on en excepte les
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richesses de Sardanapale. Confient David, qui îr'avoit rien reçu de ses prédécesseurs , at-il pu amasser des sommes plus grandes que n'en eut jamais le plus avide monarque des Perses, des Grecs et des Romains, dont les empires étoient si vastes et si étendus ? Et certainement l'ouvrage qu'on se.proposoit de faire n'exigeoit pas une si énorme dépense, quand même on auroit fait d argent massif toutes les murailles et les pavés du temple*, quand on auroit fait d or tout le couvert de l'édifice et que toutes les moulures des murailles du de* dans , et les vases dont on s'y servoit eussent pareillement été de riche métal *, il y en auroit eu beaucoup de reste, même après le paiement de tous les ouvriers. J'ai considéré avec toute la diligence dont j'ai été capable les dimensions du temple, et j'en ai fait la comparaison avec la masse d'or eT d'argent qu'il auroit fallu pour exécuter dans ces métaux tout l'ouvrage; et, après mes calculs, j'ai trouyé que ce que David en a laissé étoit bien au-dessus de ce qu'il falloit pour cela*.
3° Que David, en consacrant au Seigneur douze milliards, n'a cru lui présenter qu'une offrande médiocre , puisqu'il dit que c'est un don qu'il lui fait dans sa pauvreté.
4° Que David a porté un diadème d'or du
1 Des Parai., c. 21, y. 14.
poids de quatre-vingt-six livres quatorze onees et cinq gros de notre poids de marc. Voici le fait.: on lit au chap. 12 du ae liv. des Rois qu'après que David eut pris la ville de Rabbath il ôta de dessus la tète du roi des Ammonites le diadème , qui pesoit un talent d'or, . et étoit enrichi de pierres très-précieuses, et il fut mis sur la tète de David. Et tulit David diadema régis eorum de capite ejus pondo auri talentum, habens gemmas pretiosissimas , et impositum est super caput David. Or ce talent d'or, selon ce laborieux commentateur, étoit du poids que nous venons de marquer. Il est vrai que dom Calmet, sentant combien on seroit choqué de voir un si lourd fardeau sur la tète de David , dit qu'il est croyable que cette couronne étoit suspendue au-dessus du trône de David. Pour appuyer cette* explication , il ajoute que les anciens parlent de couronnes de cinq , de seize et de quatre-vingts coudées de tour, qui, ne pouvant être placées sur la tète d'aucun homme , n'étaient que pour la montre. Il cite Benjamin de Tudèle , qui dit que l'empereur Comnène avoit suspendu au-dessus de son trône une couronne d'or enrichie de pierreries. Mais je demande si , lorsqu'on dit qu'on met une couronne sur la tète d'une personne , tout le monde n'entend pas qu'elle est placée immédiatement sur sa tète , et s'il vient à l'esprit
1" LIVRE DES PARALIPOMENES. 111
de quelqu'un qu'elle est seulement suspendue au-dessus de lui ?
Outre toutes- ces preuves , les livres saints fournissent encore une démonstration contre le sentiment que nous combattons.
Le revenu annuel de Salomon1 et oit de quarante-trois millions de livres , sans y comprendre ni les tributs que payaient les princes et les peuples assujettis, ni les subsides que fournissoient les Israélites, -ni les droits qu'on levoit sur les marchandises*. Sa flotte lui rapportoit d'Ophir tous les trois ans trente -un millions de livres, ce qui fait pour chaque année plus de dix millions. Supposons que toutes ces sommes réunies forment celle de cent millions , c'est évidemment trop3 , mais qu'importe ? Donnons à David le même revenu qu'à son fils , en compensant ce que le dernier tiroit d'Ophir par le butin que le premier avoit fait dans les différentes guerres qu'il eut avec les peuples voisins. David régna sept ans sur la seule tribu de Juda et trentetrois sur tout Israël. Accordons-lui également peridant ces quarante années le revenu annuel de cent millions. Ces quatre mille millions ne font que quatre milliards, ce qui est bien au-dessous de la somme de douze mil-
* III des Rois, <;. 10 , v. 14, i5. — * Ibid.} c. 9, v. a &. — * II des Parai., c, 28 , ▼rïfc — ^
Hards qu'on veut qu'il ait laissée; encore faut-il supposer pour avoir ces quatre milliards que David n'a jamais rien dépensé de son revenu, et qu'il l'a épargné tout entier , ce qui est impossible.
Pour, résoudre la difficulté' que neus examinons , on n'a qu'à supposer qu'il y avoit parmi les Hébreux, comme parmi nous, des espèces qui , portant le même nom , étoient cependant d'une valeur et d'un poids fort différents. Combien nos deniers , nos sous > nos livres , nos écus n'ont-ils pas varié de prix! Quelle seroit l'erreur* d'un étranger qui, apprenant que notre roi a trois cents millions de livres de revenu , prendroit la livre de poids au lieu de la livre de compte*, et lui donneroit six cents millions de marcs d'argent , ce qui , à cinquante livres le marc, fait trente milliards de livres de notre monnoie ? Voilà précisément la méprise de ceux qui, ne reconnoissant point de talents de compte parmi les Israélites , mais seulement des talents de poids , font offrir douze milliards par David, et lui mettent sur la têto une couronne du poids de quatre-ringt-six livres. Il est vrai que l'Ecriture ne marque nulle part qu'il y ait eu de deux sortes dé talents parmi les Hébreux $ mais qu'étoit-il besoin qu'elle le déclarât ? la close ne parjet-elle pas d'elle-même ? Un roi d'Israël a-