‹ Réponses critiques a plusieurs difficultés proposées par les nouveaux incrédulesChapitre 5 sur 31 · I" I.IVRE DES PARA LIPOME ES · texte numérisé non relu

I" I.IVRE DES PARA LIPOME ES

t-il jamais pu amasser la somme de douze milliards ? Un^ptfince porta-t-il jamais sur sa tète un diadème pesant quatre-vingt-six livres ?

Les auteurs grecs n'ont jamais écrit qu'il y avoit des talents de deux espèces parmi eux ; cependant pour leur épargner la honte d'avoir rapporté des choses incroyables, on est forcé de faire cette distinction. Homère racontequ auxfunérailles dePatrocle' Achille proposa pour le premier prix de la course des chars une captive et un trépied d'or ; pour le second , une cavale de six ans , qui étoit pleine d'un mulet. Le troisième prixétoit un chaudron ou un bassin , ou un plat qui tenoit quatre mesures , et qui étoit encore blanc , parce qu'il n'avoit jamais été mis sur le feu. Le quatrième étoit deux talents d'or. Ces deux talents d'or valoient donc moins que le chaudron , le bassin ou le plat ; ils valoient moins que la cavale pleine. Ce ne sont donc pas des talents de poids , qui faisoient soixante - douze mille livres de notre monnoie. Jamais un chaudron , un bassin ou un plat, fût-il d'argent , jamais cavale pleine n'ont approché de ce prix. C'étaient apparemment quelques pièces d'or qui port oient le nom de talents , quoiqu'elles fussent bien

« Iliade, Ur. a3.

Ïl4 RÉPONSES CRITIQUES.

au-dessous de leur valeur. Notre livre de compte n'est aujourd'hui que la centième partie de la livre du poids d'argent.

Achille propose , au même endroit , pour premier prix de la course à pied , une urne d'argent admirablement bien travaillée •, pour le second , un taureau sauvage qui avoit été engraissé 5 pour le troisième , un demi-talent d'or.

Un demi-talent d'or de poids fait dix-huit mille livres de notre monnoie. Qu'on juge si un taureau gras vaut plu&que cette somme.

On peut conjecturer delà préférence qu'on donne à un bœuf gras sur un demi-talent d'or quelle étoit la valeur du talent dont il est ainsi parlé. Un bœuf gras vaut parmi nous trois ou quatre cents livres 9 et il en étoit de même chez les Grecs. Prenons le dernier de ces prix comme le plus fort : le demi- talent d'or valoit donc moins de quatre cents livres. Ainsi mettons- le à trois cent cinquante 5 il suit delà que le -talent d'or valoit sept cents livres , c'est-à-dire environ le septième du talent d'or de poids. Voilà une métamorphose pareille à celle qu'a éprouvée notre livjre,qui, comme nous l'avons déjà remarqué, n'est aujourd'hui que le centième de poids de la livre.

Philippe , roi de Macédoine , acheta un cheval de seize talents selon Pline, et treize

Ie* LIVRE DES PÀRALIPOMÈNES. h5

selon Plutarque. Le royaume qu'il possédoit n'étoit pas riche alors. D'ailleurs ce prince étoit fort économe de son argent , et ne l'employoit guère qu'à acheter des villes. Se persuadera-t-on qu'il ait voulu payer un cheval seize ou même treize mille écus ? car le talent d'argent attique dont il est ici question valoit trois mille de nos livres (i). Nous avons un grand nombre de souverains beaucoup plus opulents que ne 1 etoit Philippe : en estil un qui voulût mettre une somme si considérable à l'achat d'un cheval ? Alexandre , selon Diodore et Justin, employa douze mille talents , c'est-à-dire soixante-quatre millions de nos livres , selon l'évaluation de M. de Caylus , au bûcher d'Ephestion. Qui croira que ce prince ait voulu faire une dépense si excessive pour un monument qui devoit être réduit en cendres d'abord après sa con» struction? On lit dansPlutarque(a) qu'Harpe lus , gouverneur de Babylone pour Alexandre , avoit une coupe d'or de vingt talents* , Si ce sont des talents de poids , cette coupe aura pesé mille de nos livres., Harpalus n'aura donc pu s'en servir qu'à l'aide de plusieurs hommes*

(x)M. de Caylus en porte la valeur presque au double à présent que le marc d'argent est à cinquante-deux lirres. (a) Vie de Démost>ène,

Il6 RÉPONSES CRITIQUES.

Nos anciens historiens parlent aussi ^de monnoies auxquelles on est forcé d'attribuer des valeurs bien différentes quoiqu'elles aient le même nom. Joinville, après avoir rapporté que les Sarrasins demandèrent dix cent mille besants d!or, qui font cinq cent mille livres , pour la rançon des prisonniers français, raconte douze pages après que les Génois et les Pisans voulant abandonner Damiette avant que saint Louis eût été mis en liberté, parce qu'ils mouroient <ie faim en cette ville , la reine les pria d'y rester, et leur dit*: Queja ne mourroient-ils de faim : et quelle feroit achapter toutes les viandes qu'on pourrait trouver en la ville , et quelle les retenait désormais aux dépens du roi : et ainsi lui convint de le faire, etfit achapter des viandes ce quon en povoitfiner.. Ht en peu de temps avant quelle fut relevée, lui cousta trois cent soixante mil livres et plus, pour nourrir celles gens , et ce nonobstant convint à la bonne dame soy lever avant son terme , et quelle allas t attendre à la ville d'acre, parce qu'il falloit délivrer la cité de Damiette aux Turcs et Sarrazins.

Joinville marque expressément que la livre dont il parle au premier endroit valoit deux besants d'or.Xe besant d'or, en se réglant sur l'estimation qu'en a faite M. Le Blanc sur la fin du siècle dernier, vaudrait aujourd'hui

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trente-cinq sous de notre monnoie, erla livre par conséquent trois livres dix sous. Si les trois cent soixante mille livres dont il est parlé au second endroit sont égales en valeur à celles du premier, elles auront fait la somme de douze cent trente-cinq mille livres de notre monnoie d aujourd'hui. Comment ,auroit-on pu trouver dans une ville comme Damiette , où Von sottffriroit la famine , assez de viande pour une pareille somme? La plus grande, la plus marchande et la plus opulente ville du monde 3 ne fourniroit pas de quoi faire une semblable emplette. D'ailleurs comment eût -on été obligé de prendre par force trente mille livres aux Templiers pour achever la somme de deux cent mille livres qu'il falloit payer aux Sarrasins, ainsi que le rapporte Joinville , si la reine avoit à Damiette trois cent soixante mille livres de poids dans ses coffres ? il faut donc que les livres que Ton donnoit pour la rançon , et celles dont la reine fit acheter des viandes , aient été d'une valeur fort inégale.

Ces exemples prouvent que chez tous les peuples et dans tous les temps on a donné le même nom à des monnoies d'un prix bien différent. Ainsi c'est par la possibilité de la fortune de la personne, par la grandeur ou la médiocrité du dessein qu'elle se propose', par le prix ordinaire et commun de ce qu elle

Il8 RÉPONSES CRITIQUES,

achète^ par Tordre que tient une monnoie par rapport à quelque chose dont on sait la valeur j que Ton peut connoître si la monnoie dont on parle est la plus forte ou la plus foible de celles qui portent le même nom.

Suivant ces règles , on jugera d'abord que David n'a pu amasser douze milliards, somme que le plus puissant des monarques des Perses, des Grecs e t des Romains, n'auroit pas acquise dans le cours du plus long règne. D'ailleurs ces immenses richesses n etoient pas à beaucoup près nécessaires pour bâtir un temple* comme celui qu'on projetait. Elles auroient suffi , dit un des plus savants interprètes, pour construire plusieurs centaines de temples très-magnifiques. Mais ce qui est inconcevable, Salomon avec de si grands trésors , se voit obligé d'emprunter d'Hiram, roi de Tyr, . six-vingts talents d'or, qui valent, selon dom Calme t, huit millions trois cent quarantetrois mille sept cent quarante livres de notre monnoie. Il faut donc réduire les talents d'or et d'argent de Davidà une valeur bien moindre que celle des talents de poids.

Josèphe,quia senti la nécessité de cette réduction, s'est contenté, en place de cent mille talents^'or , de mettre que David laissa beaucoup d'ôr.

A quelle somme pourra-t-on donc fixer

ESTHER. lig

les trésors de David ? À celle qui sera propor- I

tionnée aux richesses de son peuple, à l'é-

tendue de ses états , â la durée de son règne ,

au dessein qu'il méditoit. Henri IV ne put, ,

pendant douze ans de la plus sage àdminis- •

tration, amasser que dix-huit -millions. La

France à la vérité venoit d'être désolée par

les guerres civiles ; mais , telle qu'elle étoit

alors , elle étoit sûrement plus considérable

que le royaume d'Israël. On peut s'aider de

cet exemple po*r juger de l'épargne de

David.

Il fout fairtf une réduction semblable sur la somme que l'on dépensa pour la construction du Tabernacle dans le désert. On lit, chap. 38 de l'Exode, qu'on y employa vingtneuf talents et sept cent trente sicles d'or , cent talents et dix-sept cent septante-cinq siclës d'argent, qui, si ce sont des talents et des sicles de poids, font, en négligeant les sous et les deniers, deux millions cinq cent treize mille neuf cent soixante-neuf livres de notre monnoie , somme qui paroi t exorbitante pour un pareil ouvrage.

Festin dAssuérus.

« Assuérus * , la troisième année de son » règne, fit à Suze un festin magnifique à'

* "Esiher; c. x.

)> tous les princes de sa cour , à tous ses offi- » ciersj aux plus braves d'entre les Perses , » aux premiers d entre les Mèdes et aux gou- » verneurs des provinces, étant lui-même pré* » sent pour faire éclater la gloire et les ri- » chesses de son empire, et pour montrer la » grandeur de sa puissance; 'Ce festin dura » long-temps, ayant été continué pendant » cent quatre-vingts jours. Et vers le temps » que ce festin finissoit , le roi invita tout le » peuple qui se trouva dana»Suze , depuis le » plus grand jusqu'au plus petit. Il corn- » manda qu'on préparât un festin pendant » sept jours , dans le vestibule de son jardin » et d'un bois qui avoit été planté de la main » des rois avec une magnificence royale. On » avoit tendu de tous côtés des tapisseries de » fin lin, de couleur de bleu céleste et d'hya- » cinthe,qui étoient soutenues par des cordons . » de fin lin , teints en écarlate , qui étoient » passés dans des anneaux d'ivoire et attachés » à des colonnes de marbre. Des lits d'or et » d'argent étoient rangés en ordre sur un pavé )> de porphyre et de marbre blanc , qui étoit » embelli de plusieurs figures avec une ad- » mirable variété. »

L'auteur de l'Abrégé' de l'Histoire de l'ancien Testament fait sur le lieu de ces festins la remarque suivante.

« Quoique le nombre des seigneur» Je Perse

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