ESTHER. J
jardin et d'un bois que les rois avoient planté et qu'ils cultivoient fût si vaste. Ce vestibule étoit sans doute proportionne au jardin et au bois dans lesquels il conduisoit , et un jardin et un bois destinés à un travail d amusement, comme étoit celui de ces rois , n'étoient sûrement pas d'une immense étendue ; d'où nous concluons que ce vestibule n'auroit pu contenir six mille convives. Mais partageons ces convives en plusieurs repas dans le même jour; divisons -les par troupes de deux mille ou de quinze cents , dès-lors il y aura place pour tous , et la difficulté que l'on a formée contre le festin d'Àssuérus s'évanouira. C'est ainsi qu'en étendant la supposition de Fauteur de l'abrégé, on lèyera la difficulté que le récit de l'écrivain sacré présente d'abord.
L'histoire profane fournit un exemple de cette répétition de festin*, en même jour et en même lieu. Nous le rapportons avec plaisir, parce qu'il fait connoître les immenses richesses et la libéralité prodigieuse d'un particulier de notre nation.
« Àriamne, c'est ainsi qu'il se nommoit^ » prom itdedonner à manger à tous les Gau- » lois ses compatriotes, pendant une année. » Voici comment il exécuta sa promesse. 11 » partagea les grandes routes de provinces en
' Athénée ,1.4» <*• <*•
» plusieurs stations dans lesquelles il fit con- » struire des loges de verdure, dont chacune » pouvoit contenir quatre cents personnes, » pour recevoir commodément la multitude » qui viendroit des villes et des villages. Il » immoloit tous les jours un grand nombre » de bœufs, de cochons , de moutons et d'au- » très bètes. On remplissoit de leur chair de » grands Vaisseaux d'airain qui étoient placés )> dans les tentes. Il avoit amassé une prodi- » gieuse quantité de farine et de vin ; sa libé- » ralité ne se bornant pa$ à ses compatriotes , » il voulut encore qu elle s'étendît aux étran- » gers qui passoient, et ses serviteurs ne les » laissoient point aller qu'ils n'eussent pris » part au festin. »
On juge aisément qu'une pareille auberge fut bien fréquentée , et qu'après qu'une troupe s'étoit rassasiée il s'en présentoit sur-le-champ une autre pour la remplacer, et ainsi successivement pendant tout le jour.
Amis de Job.
On lit dans l'Ecriture que les amis de Job, qui étoient venus pour le consoler, demeurèrent avec lui durant sept jours et durant sept nuits, sans qu'aucun d'eux lui dît une parole pendant ce temps. Sederunt in terrd cum eo septem diebus et septem noctibus,
et nemo loquebatur ei verbum. Quoi! cet hommes auront pu , pendant sept jours et sept nuits sans interruption, supporter la puanteur quexhaloit un cadavre vivant tel qu'étoit le corps de Job ? Ils auront pu , pendant tout ce temps , se passer de nourriture, ou en prendre au milieu de cette infection , capable de faire bondir le cœur à ceux qui seraient le plus pressés de la faim ? Us auront pu , pendant tout ce temps , se priver du sommeil? Cela ne paroît pas vraisemblable : voilà cependant ce que le texte de l'Ecriture nous oblige à croire.
Réponse. C'est ici , de même qu'en plusieurs autres endroits des livres^ saints , qu'il faut employer la judicieuse règle d'Olympiodore , habile commentateur grec du dixième siècle. L Ecriture , dit - il , s exprime comme les hommes ont coutume de parler entre eux. Il n'en faut donc pas toujours prendre les termes à la rigueur , puisque les hommes sont bien éloignés de mettre une exactitude philosophique dans leurs discours. On dira qu'on a passé trois jours et trois nuits auprès d'un malade , quoiqu'on, l'ait quitté chaque jour pour aller prendre ses repas , et pour dormir quelques heures. Lorsque Jacob dit à son beau-père Laban que , pendant les vingt années qu'il avoit été à son service , il étoit brûlé par la chaleur durant le jour , et pé-
ïa6 RÉPONSES CRITIQUES.
nétré de froid durant la nuit , et que le sommeil f uyoit de ses yeux, die noctuque œstu urebar et gelu> fugiebatque sornnus ab ocuHs meis ,• personne n'entend qu'il a passé tout ce temps sans dormir, exposé aux rigueurs du chaud et du froid : on pense seulement qu'il . a souvent essuyé les ardeurs du soleil et le froid de la nuit , et qu'il a souvent passé la nuit sans dormir. Tel est le langage usité parmi les hommes.' Puisque tel est le langage populaire , qui , comme nous l'avons remarque , est celui des auteurs sacrés , il faut donc croire que les amis de Job n'ont pas passé auprès de lui sept jours et sept nuits sansl'abancfenner , ce qui ne paroît pas praticable ; mai» seulement qu'ils ont resté sept jours et sept nuits auprès de lui , en ne le quittant que le temps nécessaire pour satisfaire aux besoin© de la vie.
Un écrivain dont le discernement et la fidélité sont hors de doute a fait une compilation de toutes les relations et de tous les voyages, pour nous donner une connoissance de Van-* cien et du nouveau monde. Voici comme il parle des philosophes chinois.
« Nulle nation n'a produit autant et de » si bons livres de morale que la chinoise '; » leurs sages sont populaires dans leurs écrits;
1 Voyagea* français, tom. V, pag. Sa.
» ils ne font peint briller leur imagination » comme ceux de la Grèce et ceux de Rome 5 a ils ne courent point après les applaudias*- » ments comme nos philosophes 5 ils s'accom- » modent au génieet à la foible capacité du » peuple , ils ne cherchent qu'à instruire liai » hommes , et à les rendre meilleurs* »
Il faut espérer que les déistes ne blâmeront plus nos auteurs sacrés devoir employé un langage populaire dans leurs ouvrages? puisque c'est celui dont se sont servis les sagcp de la Chine, qui sont l'objet perpétuel de leurs éloges*
Bois mort qi?i pousse des rejetons.
Job % déplorant la misère . de l'homme , s'exprime ainsi :
v. 7. Un arbre n'est point sans espérance* S'il est coupé une fois r il ne laissera pas de reverdir > et ses branches poussent de nouveau.
8. Quand sa racine seroit vieillie dans la terre , quand son tronc serait mort dans la poussière^
9. Il ne laissera pas de pousser -aussitôt qu'il aura senti l'eau , et il se couvrira d'un bois épais comme lorsqu'il a été plante.
1 Chip. 14.
ïo. Mais quand l'homme est mort une fois, que son corps,» sépare de son esprit, est consumé , que devient-il ?
: 12. Quand l'homme est mort , il ne ressuscitera point.
7. Lignum habet spem : si prœcisum fuerit , rursùm virescit , et rami ejus pullulant, 'y
S. Si senuerit in terra radîx ejus , et in pulvere emortuus fuerit truncus ' illius ,
9. Ad odorem àquœ germinabit , etfaciet cornant quasi cum primùm plantatum est*
10. Homo verà cum mortuus fuerit > nudatus.atque consumptus , ubi quœso est ? -*•••••••••••••••••. ••••
. 12t. Homà~, cumdormierit9honrèsurgeU On objecte que ce discours de Job est contraire à 'l'expérience." On ne voit point qu'un tronc mort pousse des rejetons aussi* •tôt qu'il a ressenti l'eau , et qu'il se couvre d'un bois épais comme lorsqu'il a été planté. '\\ Nous répondons qu'à la vérité, lorsqu'un tronc est entièrement mort , on ne peut , en l'humectant , lui faire pousser des rejetons 5 mais il arrive assez souvent qu'un tronc qui paroît entièrement mort conserve même pendant plusieurs années ,* dans l'intérieur , quelque fibre vivante, qui ne reste dans l'inaction que faute d'eau , et qui , dès qu'elle est
humectée, pousse un rejeton qui se multiplie dans la suite , et se partage en plusieurs branches. En yoici des exemples.
Pline rapporte qu un plane de l'île An tan* dros ' , qui avoit quinze coudées de haut et quatre aunes de tour, ayant été raboté de tous côtés , revint en sa première verdeur, et vécut encore long-temps. Antandri platanus etiam circumdolatis lateribus restibilis spontè facta , vitœque reddita , longitudine quindecim cubitorum , crassitudine quatuor ulnarum.
Le même auteur" dit qu'on a vu un olivier brûlé entièrement qui revéquit , et des figuiers qui , rongés. tout autour par les sauterelles , germèrent. Oliva in totum ambusta revixit , et derosœ à locustis ficus germinavere.
Lorsqu'on dit que cet olivier étoit entier ment brûlé, il ne faut pas croire qu'il eût été réduit en cendres , «puisqu'il revéquit , mais seulement qu'il avoit été brûlé de tous les côtés jusqu'à une certaine profondeur.
Théopbraste , au c. 19 du livre 4 de son Histoire des plantes , raconte qu'à Stagire ,. dans l'académie , un peuplier blanc qui étoit tombé ressuscita.
' Lit. 16 , ch. 32.<*~ * Iir. 17 , ch. 38.
l3o RÉPONSES CRITIQUES.
Licëtos, dans le septième chapitre du troisième livre de son traité de his qui dih vivunt sine alimenta, nous raconte qu'il avoit tu, dans le jardin de son oncle, un tronc d'olivier, plus de dix ans après avoir été coupé, séparé de ses racines. et de ses branches , élevé de terre et cloué sur deux appuis de bois, proche d'un puits, reverdir, jeter des fleurs, etproduire des fruits la même année , et plusieurs autres depuis.
Jules-César Scaliger , dans la cent quarantième de ses exercitations contre Cardan , rapporte que , dans un coin de son jardin , où il àvoit arraché une acanthe , dont il ne parut aucune trace pendant huit ans , il la vit renaître et pousser , ce temps-là passé , comme auparavant , assez près du même lieu.
Les formes des plantes , dit Sennert , ne sont pas péri es toutes les fois qu'on les juge telles ; mais quelquefois celles que Ton croyoit détruites sont seulement cachées, et retournent sous leur première figure ou sous une autre. Formas plantarum non semper quando putantur periise1, sed quœabolitœ putabantur aliquandiu delitescere, et'posiliminio in vitam redire, seu subpristinà, seu êub alio schemate*
Il n'est pas besoin, pour que la préférence
* Ad Hypom. Phjsié. , S f cep. 7»
JOB. l5l
que Job donne aux arbres sur l'homme , tu sujet de la durée de la vie , soit juste , que tous les troues morts revivent et poussent des rejetons > il suffit qu'il s'y en trouve asseac souvent à qui cela arrive, tandis qu'il n arrive jamais à l'homme mort de renaître ajnsi. Ajoutez encore la prérogative que les arbres vivants ont sur nous , de se donner de nouvelles branches lorsqu'on les a privés de celles qu'ils avoient , avantage que l'homme n'a pas, à qui il ne revient point de nouvelle jambe, ou de nouveau bras , pour ceux qu'on lui a coupés.
Baleine.
Dieu dit à Job :
v. 20. Pourrez-vous enlever léviathan avec l'hameçon1, et lier sa langue avec une corde? ou, selon l'hébreu, pouvez-vous tirer léviathan hors de Feau avec l'hameçon , ou le prendre par la langue?
21 . Lui mettrez -vous un cercle au nez , et lui percerez-vous sa mâchoire avec un anneau?* ou selon l'hébreu , passerez-vous un jonc dans ses narines , et lui percerez-vous la mâchoireavec une épine?
v. 24. Vous jouerez-vous de lui comme d'un * Ch. 4*
l5a RÉPONSES CRITIQUES.
oiseau, et le lierez-vous pour servir de jouet à/vos servantes?
' Dieu représente ici la prise de la baleine ,\ disent les incrédules , comme une chose qui est au-dessus des forces de l'homme , ce qui est démenti par l'expérience ; car depuis qu'au quinzième siècle nos Basques eurent le courage d'aller à la pêche des baleines on en a pris et Ton en prend encore chaque année un trèsgrand nombre.
Réponse. Djeu fait ici une opposition des poissons communs avec la baleine. Après avoir supposé que ceux-là sont pris avec l'hameçon , et qu'on peut les conserver vivants, il dit, par une interrogation qui vaut une négation , que l'homme ne pourra pas ainsi traiter la baleine ; qu'il ne pourra la conserver vivante comme on conserve les autres poissons. Tout cela est encore vrai aujourd'hui, et le sera toujours; car si l'on prend des baleines ce n est point à l'hameçon, : t>n ne les prend pas vivantes , mais mortes ou mourantes. Ainsi l'expérience ne contredit- point l'Ecriture , qui n'assure pas que l'on ne peut point prendre de baleines; mais qu'on ne peut les prendre à l'hameçon y qu'on ne peut les prendre vivantes.
iïiNous allons prouver ce que nous venons de dire en rapportant, d'après 1VI. Deslandes, la manière dont on fait la pèche des baleines ,
job/ i35
qui , comme on le verra, seroit nouent appelée chasse.
« On etffoie un vaissean avec cinq ou six » chaloupes dans le lieu de la mer où se fait » le passage des baleines. Le bâtiment se tient » toujours à la voile , et l'on suspend à ses c6^ » tés les chaloupes armées de leurs avirons, i Un matelot attentif est en vedette au haut » du màt de hune , et dès qu'il aperçoit une » baleine, il crie : Baleine, baleine. L'équi- » page se disperse aussitôt dans les chaloupes, » et court , la rame à la main , après la baleine » aperçue. Celui qui doit lancer le harpon se » met en avant de la chaloupe, et court de » grands risques, parce que la baleine, ayant » été blessée , donne de grands coups de queue » et de nageoires qui tuent souvent le harpon- » nier,et renverse la chaloupe trop foible pour » lui résister quand on l'a harponnée. Or » l'adresse consiste à le faire dans l'endroit le » plus sensible, et lorsque cette opération » est faite, la baleine prend la fuite et se » plonge dans la mer. On file alors les funins » mis bout à bout , et la chaloupe suit. D'or- » dinaire l'animal revient sur l'eau pour res- » pirer et rejeter une partie de son sang; la » chaloupe s'en approche au plus vite , et Ton » tâche de le tuer à coup de lance et d£ dards, » avec la précaution d'éviter sa queue et ses » nageoires , qui feraient de mortelles blés-,
l34 RÉPONSES CRITIQUES.
» sures. Les autres chaloupes suivent celle » qui est attachée à la baleine pour la remor- .» quer. Le bâtiment, toujours àia voile t la » àuit aussi , tant afin de ne point perdre ses » chaloupes de vue qu'afin d'être à portée » de mettre à bord la baleine harponnée.
» Quand elle est morte > on la suspend par » des funins, et on la conduit à un des côtés » du bâtiment , auquel on l'attache avec de » grosses chaînes de fer pour la tenir sur feau. » Les charpentiers aussitôt se mettent dessus » avec dés bottes qui ont des crampons de fer » aux semelles,de crainte de glisser , et de plus » ils tiennent au bâtiment par une corde qui » les lie au travers du corps ; ils tirent alors » leurs couteaux , qui sont à manches de bois » et faits exprès , et à mesure qu'ils enlèvent » le lard delà baleine suspendue , on le porte » dans le bâtiment 9 et on le met dans la chau- » dière, après l'avoir réduit en petits mor- » ceaux, afin qu'il soit plus promptement » fondu. »
Marc-Paul , qui Voyageoit dans le treizième siècle , écrit que la pèche des baleines étoit en usage dans l'île de Zocotora. Cela ne nous a pas empêchés de représenter les Basques comme les auteurs de cette hardie entreprise, tant parce qu'ils ne l'ont pas imitée de ces Africains, que sûrement ils ne connoissoiem p*s, que parce que ce sont eux qui en pnt
job. i55
donné l'exemple aux autres nations de l'Europe.
Un nouveau voyageur (M. Hasselquist, voyageur au Levant, tome u, p. 171) prétend que le léviatnan dont il est parlé dans Job est le crocodile, et non point la baleine, comme nous l'avons supposé avec presque tous les interprètes. Comment, dit-il , Job at-il pu parler d'un animal qu'on ri a jamais vu dans ï endroit où il écrivoit, et dans un temps oit ton ne connoissoit ni le Groenland ni le Spitzbergen ?
Réponse. Il n'a pas fallu attendre la découverte du Groenland, qui ne s'est faite qu'au neuvième siècle, et du Spitzbergen, qui nes'est faite qu'au seizième , pour avoir connoissance de la baleine. Les Grecs et les Romains en ont parlé, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'il s'en trouve dans toutes les parties de l'Océan , même dans la Méditerranée. Job, qui écri* voit dans un pays qui n'est pas fort éloigné de ces deux mers, a pu facilement connoître la baleine , au moins par la relation dej» voyageurs.
Autruche.
Dieu , dans le discours qu'il tient k Job , relevant sa puissance , sa sagesse et sa bonté envers toutes ses créatures , lui parle ainsi de l'autrucbe.
l5 i KÉPONSE8 CRITIQUES.
i3. La plume' de l'autruche est semblable à celle de la cigogne et de l'épervier. •P i4« Lorsqu'elle abandonne ses œufs dans la terre , sera-ce vous qui les échaufferez dans la poussière ?
i5. Elle oublie qu'on les foulera peut-être aux pieds , ou que les bêtes sauvages les écraseront.
16. Elle est dure et insensible à ses petits , comme s'ils n'étoient point à elle. Ella à rendu son travail inutile sans y être forcée par aucune crainte.
jtf. Car Dieu en ceci Fa privée de sagesse, et ne lui a point donné l'intelligence qu'il donne aux autres oiseaux.
18. À la première occasion elle court , éle* ▼an t. ses ailes; elle se moque du cheval et de celui qui est dessus.
i3. Penna struthionis similis estpennis herodii, et accipitris.
% i4» Quandà derélinquit ova sua in terrd, tu forsitan in pulvere calefacies ea ?
i5.Qbliviscitur quàdpes conculcet ea , aut bestia agri conterat.
16 Duratur adfilios suos quasi non sint sui $ frustra laboravit nullo timoré cogente* * 17. Priv'avit enim eam Deus sapientid , nec dédit illi intelligentiam,
* Job , ch. 39.
JOB. iSy
18. Cùm tempusfuerit, in altum alas erigit'z deridet equxim et ascensorem efus. • Ecoutons à présent M. de Réaumur •, voici comme ce savant académicien s'exprime sur cet oiseau dans son Nouvel art de faire éclore et délever, en toutes saisons, des oiseaux domestiques de toutes espèces, soit par le moyen de la chaleur du fumier, soit par le moyen du feu ordinaire*
« Sans être naturaliste , on aimeroit assu- » rément à voir naître cbez nous de ces oi- » seaux dont les plumes fournissent une pa- » rure à nos militaires , et sont employées à » beaucoup d'autres ornements $ de ces oit> seaux aussi remarquables par leur grandeur t> énorme que les colibris le sont par leur » prodigieuse petitesse \ qui sont , parmi les » autres oiseaux, ce que Y éléphant est parmi » les (quadrupèdes , et la baleine parmi les » poissons. Qui ne verroit pas avec plaisir » sortir de son œuf un oiseau aussi gros qu'en » sort Y autruche ? On nous a rapporté bien » des faits étranges sur la manière dont leurs » œufs sont couvés , qui , s'ils ne sont pas tous » faux , le sont pour la plupart , puisqu'il y » en a de directement opposés les uns aux » autres. Beaucoup de voyageurs prétendent » que la femelle se contente d'enterrer ses n œufs dans le sable , après quoi elle les aban- » donne, et s'en repose, pour faire éclore les
l38 RÉPONSES CRITIQUES.
» petits, sur la chaleur du soleil. Quelqnes- » uns an contraire veulent que le mâle et ta » femelle couvent souvent ensemble , et que
* les oeufs ne soient jamais abandonnés, afu » moins par l'un et par Fautre k la fois ; nuds *
* ce n'est que des yeux qu'ils les font couver» » La direction de leurs regards est si impôt» » tante que si elle cessoit un instant les œufs » seroient perdus, ils se corromproient aua~
* sitôt*
» Entre ceux qui veulent que les autruches » abandonnent leurs œufs , il y en a qui leur » 6tent toute mémoire pour ceux-ci , et qui » leur en font couver à la manière ordinaire » d^autres qu'elles rencontrent dans leur che- » min et qu'elles n'ont pas pondus. Quelquesr » uns y au contraire , leur donnent une mé- » moire qui les ramène à leurs œufs lorsque
* les petits sont prêts à naître* De dix œufs, » plus ou moins , dont la couvée est com- 9 posée, ils lui en font casser quatre;, elle » les sacrifie au salut des petits qui doivent » naître des autres œufs \ ils leur fournissent » une nourriture sans laquelle ils périroient » de faim* Dans les œufs cassés se produisent » des vers dont les petites autruches nouvelle- » ment nées se nourrissent jusqu'à ce qu'elles » soient en état d'aller chercher des aliments
* au loin. On ne croira pas que ces faits et » quelques antres de même nature qui leur
job. i3g
» ponrroknt être ajoutés, aient été vérifiés » par de bons observateur».
» Ceux qui ont prétendu que les autruches » ne couvoient point ont pourtant cru en » trouver une bonne raison dans la pesanteur » considérable de leur corps -, ils ont jugé et » dit qu'elles éeraseroient les œufs sur les- » quels leur corps seroit posé. Ils en eussent » pensé autrement s'ils eussent fait attention » à l'épaisseur et à la solidité de la coque f » qui sont telles qu'elles permettent qu'on en » fasse des vases dont on se sert comme nous » nous serrons de ceux de porcelaine. On » doit être plus disposé à s'en rapporter à » M. Kolbe1 qu'à une foule d'auteurs trop » amateurs du merveilleux, et qui n'ont pas » vu par eux«mèmç$* Il fait tout simplement » couver les autruches de la manière dont » couvent les poules et les oiseaux de tant » d'autres espèces. Il n'est pas du nombre de » ces voyageurs qui nous donnent des mé- » moires sur des pays qu'ils n'ont fait que » parcourir ; il a résidé pendant neuf à dix » ans au cap de Bonne-Espérance, et uni- * quement pour y faire des observations. Il » assure qu'il a eu occasion d'observer, même » très-souvent , que l'autruche mâle et la fe» » melle se chargent alternativement du soin » de couver les œufs qui sont posés sur le
1 Description du ctp de Bos*e-Efipé?aifcM, t. &, p. l?o«
l4o RÉPONSES CRITIQUES. v
» sable; il ajoute que Jes petits ne sauraient » marcher que quelques jours après celui où » ils sont nés, et que jusqu'à ce qu'ils soient )) en état d aller chercher de la nourriture , » le père et la mère leur apportent de » rherbe.
- » Peut -être néanmoins que le récit des » voyageurs qui se sont contentés de dire que » le» œufs des autruches sont couvés par le » soleil peut se concilier avec ce que M. Kolbe » atteste comme témoin oculaire. H y a des » pays dans l'Afrique bien plus chauds que » les. environs du cap de Bonne-Espérance : » dans ces pays brûlés par l'excessive ardeur » du soleil , les œufs déposés sur le sable » n'ont pas besoin d'être échauffés parla mère » pendant le jour; ils exigent plutôt quelle » les dérobe à Faction d'une chaleur qui seroit » capable de les cuire, ce quelle peut faire » en les enterrant dans le sable ; si elle les » couvroit alors de son corps, ce seroit » pour les rafraîchir ou pour les empêcher » d'avoir tropchftuck Les autruches paraissent » donc très-dispensées dans de tels pays de se » tenir sur leurs œufs pendant le jour; mais » il y a des nuits , dans ces mêmes pays où la » chaleur du jour est insupportable, qui se- » roient trop froides pour les œufs, et pen- » dant lesquelles les autruches doivent être » obligées de rester sur leurs œufs.
JOB. l4l
» Ce ne sont là que des conjectures : nous
» pouvons nous promettre de les voir bientôt
» vérifiées ou détruites par un des plus pas-
» sionnçs des amateurs de l'histoire naturelle.
» M. Âdanson , qui , dans un âge où il est
» presque permis de se livrer- aux plaisirs
» frivoles, n'est sensible qu'à celui d'observer
» et d'étudier les animaux et les plantes, est
» parti depuis cinq mois pour le Sénégal avec
» le désir le plus vif de. nous bien instruire
» de l'histoire des autruches : il me doit en-
» voyer de leurs œufs avec toutes les précau-
» tions capables de les faire arriver propres
» à être couvés. Or M. Adanson n'a pas tardé
» à remplir des engagements que j'avois pris
» pour lui à son insu avec le public-, peu de
» mois après que cet ouvrage eut paru au jour
» pour la première fois , je reçus une de ses
» lettres datée du Sénégal , du i5 août 1749?
» il y raconte les expéditions courageuses
» que l'histoire naturelle lui avoit fait entre-
» prendre. Ce n'est pas ici le lieu de rendre
» compte des faits curieux qu'elles lui ont
» appris -, mais ce l'est de dire qu'il m'y a
» marqué qu'il étoit très-certain que les a.u-
» truches couvoient leurs œufs au Sénégal ,
» mais seulement pendant la nuit. Ce que
» nous avions simplement conjecturé devoir
» être peut donc à présent être regardé
» comme un fait qui justifie les autruches
l4a RÉPONSES CRITIQUES,
* de l'indifférence pour leurs œufs dont on -» les a voit accusées, et qui est à l'honneur « de ces oiseaux, à qui on avoit reproché » une sorte d'imbécillité : att lieu que les » autres se tiennent continuellement sur leurs j> œufs, les autruches ne couvent les leurs » que dans les temps où ils demandent à être » couvés. »
U résulte de ce récit de M. de Réaumur que Dieu avance une fausseté lorsqu'il dît -que l'autruche abandonne ses œufs dans la terre , et qu'elle est dure et insensible à ses petits , comme s'ils n etoient point à elle. Le prophète Jérémie tombe dans la même er- Teur lorsqu'il dit : Les bètes farouches ont découvert leurs mamelles ' et donné du lait à leurs petits ; mais la fille de mon peuple est cruelle comme une autruche qui est dans le désert. Sed et lamiœ nudaverunt mammam lactaverunt catulos suos : filia populi mei crudelis , quasi struthio in deserto.
Réponse. Nous avons fait voir dans l'article JPhysique de lEcriture sainte que c'est par une sage direction de Vesprit de Dieu que les auteurs sacrés ont parlé de l'ordre du inonde et des choses naturelles, non selon l'exactitude philosophique , mais selon l'opinion commune des hommes , qui jugent de
job. i45
ces choses selon leurs apparences. Appliquons ce principe au cas présent. Les hommes ont vu l'autruche placer ses œufs dans le sable , les abandonner ensuite , tandis que tous les antres oiseaux les couvoient avec soin; dès lors ils l'ont accusée d'insensibilité et de cruauté envers ses petits. Cette opinion s'est transmise d'âge en âge sans qu'on se soit mis en peine d'en examiner la vérité , les philosophes n'ayant pas été à portée de le faire , les autres n'en ayant pas eu la curiosité^ comme cette erreur étoit indifférente, et qu'elle éteit universellement répandue ^ les écrivains inspirés ne l'ont point attaquée; ils se sont contentés de s'en servir pour .imprimer plus fortement les vérités qu'ils enseignoient. Ainsi, dans l'endroit que nous examinons , Dieu , pour montrer que sa bonté s'étend sur toutes ses créatures, dit que lorsque l'autruche abandonne ses petits il en prend soin lui-même. Ainsi Jérémie , pour faire connoître la dureté des femmes de Jérusalem envers leurs enfants dans le temps du siège de cette ville , dit qu'elles ont été plus cruelles quel'autruche,puisqu'eIlesont mangé ceux à qui elles avoient donné le jour.
i44 RÉPONSES CRITIQUES.
Tai péché contre vous seul, 6 mon Dieu.
Ce sont les paroles que David adresse au Seigneur * en lui demandant pardon de son adultère avec Bethsabée, et du meurtre commis en la personne d'Urie.
Comment David peut-il dire à Dieu qu'il a pécbé contre lui seul, tibi soli peccavi, ou comme porte l'original : tibi soli, tibi peccavi? N'avoit-il pas pécbé contre Une, qu'il avoit desbonoré et fait mourir ; contre Bethsabée, qu'il avoit séduite et fait tomber dans l'adultère ; contre ses braves soldats qu'il avoit fait périr pour envelopper Urie dans leur massacre ; contre son peuple qui n avoit pu voir sans le plus grand scandale , un prophète , un bomme si favorisé, de Dieu , tomber dans les plus grands crimes ?
Les commentateurs ont donné plusieurs réponses à cette difficulté. En voici une nouvelle, •
Le mot seul n'emporte pas toujours une exclusion de tous autres.
I des Rois. cb. 21 , v. 1. Le grand-prèlre Acbimelecb dit à David : Quare tu solus, et nullus est tecum? D'où vient que vous venez seul ? 11 y avoit quelques gens avec lui , comme on le voit par le verset 4 5 mais beaucoup * Ptal. 5o.
PSAUMES. ï45
moins qu'à son ordinaire; car étant un des premiers officiers de Saûl et son gendre, il avoit toujours une suite considérable.
Ecclésiastique , chap. 24. La Sagesse, après avoir dît qu'elle est sortie de la bouche du Très-Haut, et quelle est née avant toutes les créatures , ajoute : J'ai fait seule tout le tour du ciel : Gyrum cœli circulai soïa : elle n'exclut pas le père de la bouche duquel elle est sortie.
Matthieu, chap. 4> ▼• 4* Cen'est pas le pain seul qui fait vivre l'homme , mais toute parole qui sorte de la bouche de Dieu , c'està-dire tout ce qu'il plaît à Dieu de faire .servir de nourriture à l'homme , comme fut la manne dans le désert. Ici le mot seul, joint au pain , n'exclut pas les autres aliments ordinaires.
Matthieu, cha]p. ^4, v. 36. Or personne n'a connoissance de ce jour et de cette- heure, non pas même les anges du ciel , mais le Père seul , de die autem Ma et horâ nemo scit neque Angeli cœlorum., nisi solus Pater. Il est certain que Jésus-Christ non- seulement en tari t que Dieu , mais encore en tant qu'homme- Dieu avoit cette connoissance.
I. Cor, chap. 9, v. 6. Ou moi seul et Barnabe , aut ego solus et Barnabas. Quoique saint Paul se dise seul , saint Barnabe n'est point exclu.
l46 RÉPONSES CRITIQUES.
. Jude, v. 4- Q11* ne veulent point reconnoître Jésus-Christ, notre seul maître, et notre seul Seigneur : Solum dominatorem et Dominum nostrum Jesum Cluristum negantes.
Sûrement l'apôtre n'exclut pas le Père céleste et le Saint-Esprit, qui sont avec Jésus-Christ notre maître et notre Seigneur.
Ainsi, quoique David eût péché contre Urie, contre Bethsabée, contre un grand nombre d'Israélites qu'il avoit fait mourir avec Urié, quoiqu'il eût péché contre son peuple qu'il avoit scandalisé, il dit qu'il a péché contre Dieu seul, parce que, pénétré <le la plus vive douleur d'avoir offensé Dieu, il ne pensoit qu'à ce souverain Etre , .oubliant pour ce moment toutes les créatures contre lesquelles il avait aussi péché. .
Vœu et serment de David.
v. ï. Souvenez-vous, Seigneur l, de David et de toute sa douceur.
2. Souvenez-vous qu'il a juré au Seigneur, et fait ce vœu au Dieu de Jacob.
3. Si j'entre dans le secret de ma maison, -si je monte sur le- lit qui est préparé pour me coucher •,
4- Si je permets à mes yeux de dormir et à mes paupières de sommeiller;
fP». x3i.
PSAUMES. l47
5. Et si je donne aucun reposa mes tempes, jusques à ce que je trouve un «lieu propre pour le Seigneur , et un tabernacle pour le Dieu de Jacob.