‹ Réponses critiques a plusieurs difficultés proposées par les nouveaux incrédulesChapitre 8 sur 31 · Mémento, Dominé, David, etomnismansuetudinis ejus · texte numérisé non relu

Mémento, Dominé, David, etomnismansuetudinis ejus

%. Sicutjuravit Domino , <votum vovit Deo . Jacob.

Z.Si introïero in tabernaculumd'omûs meœ, si ascendero in lectum strati mei;

4. Sidedero somnumoculis meis, et palpebris meis dormitadonem ,

5. Et requiem temporibns "meis : donec in* veniam locum Domino, tabernaculum De& Jacob.

L'objet du serment et du vœu de David n'est pas, la détermination de la place du temple , comme quelques-uns Font pensé 9 'mais la construction même de cet édifice, ainsi qu'on peut s'encon vaincre par lechap. %\ du second livre des Rois, et le 22 du premier des Paralipomènes, où nous voyons ce prince tout occupé du dessein , non de trouver un endroit propre à bâtir cette sainte maison* mais de celui de la construire. Ainsi , au liem de traduire comme l'on fait ordinairement, jusqu'à ce que foie trouvé un lieu pour le Seigneur, on .devroit traduire , jusquà ce que foie édifié une demeure au Seigneur, puisque les- termes .de l'original sont égafemeitf

l48 RÉPONSES CRITIQUES.

susceptibles de ce sens. David fait donc ici vœu de ne point entrer dans le secret de sa maison, de ne point monter sur le lit qui est préparé pour sa couche, de ne ^poiut goûter les douceurs du sommeil , jusqua ce qu'il ait construit un temple pour y placer l'arche du Seigneur, qui jusque là avoit été pour ainsi dire errante de lieu en lieu.

Par ce vœu, disent les. in crédules, David s'engageoit à une chose impossible. Ce prince pouvoit-il ne point entrer dans sa maison, ne point prendre de repos , se priver absolument du sommeil jusqu'à ce qu'il eût bâti un temple au Seigneur, ce qu'il ne pou voit exécuter que dans un grand espace de temps , puisque Salomon son fils y employa sept années ? Est-il d'un homme sage de faire une promisse qu'on ne peut remplir ?

Nous répondons que c'est ici une de ces hyperboles dont toutes les langues sont remplies. Nous en trouvons une dans le livre des Proverbes toute semblable à celle-ci. Le sage veut que, si on a répondu pour son ami , on fasse tout ce qu'on peut pour se décharger de l'obligation qu'on a contractée. Courez de tous côtés, dit-il, hâtez-vous et réveillez votre ami ; ne laissez point aller vos jeux au sommeil , et que vos paupières ne s'assou» pissent point. Le sage n'exige sûrement pas qu'une caution ne puisse dormir jusqu'à ce

PSAUMES. j4g

quelle se çpit délivrée de l'obligation qu'elle s'est imposée ; ce qui emporteroit quelquefois bieu du temps et qui est même quelquefois impossible, mais il veut seulement quelle emploie toute la diligence dont elle est capable pour cela. m

C'est dans un sens pareil que Jérémie disoit aux Juifs1 après la ruine de Jérusalem : Faites couler de vos yeux, jour et nuit , ua torrent de larmes ; ne vous donnez point de relâche , et que la prunelle de votre œil ne se taise point. Deduc quasi torrentem lacrymas , per diem et noctem ; non des requiem tibi , neque taceat pupilla oculi lui. Le prophète n'exigeoit pas des Juifs qu'ils pleurassent sans interruption jour et nuit , ce qui est impossible ; mais qu'ils eussent dans le cœur une grande douleur toutes les fois qu'ils se rappelleroient la destruction de la ville sainte. *

' Nous pourrions rapporter plusieurs exemples de cette manière de parler des langues grecque et latine; nous nous contenterons d'en indiquer un pris de la nôtre. Nous disons qu'on ne prendra aucun repos jusqu'à ce qu'on ait achevé une affaire , qui , quel* quefois, ne se peut terminer que dans l'espace de plusieurs années. Voulons-nous par-

* Lun.,ch. 11 , y. 16.

l5o RÉPONSES CRITIQUES.

là nous interdire le repos , la tranquillité , le sommeil pendant tout ce temps ? Non , rârement j nous sommes bien éloignés de cette pensée ; nous marquons seulement par ce» paroles que nous ferons notre principale occupation de cette -affaire , et que nous ne la perdrons pas de vue jusijua ce qu'elle soit finie -, et c'est en *ce sens que tout le monde entend ce que nous disons.

On ne manquera pas de nous dire que Da- *id n'accomplit pas son vœu. Cela est vrai ; Dieu l'en dispensa en lui envoyant annoncer, par le prophète Natham , que ce n'étoit pas lui , mais son fils Salotnon qu'il avoit choisi pour lui bâtir un temple.

Fourmi.

Deux fameux naturalistes démentent ce qu'on dit de la prévoyance de la fourmi, qui, comme on le croit communément y ramasse en été la nourriture dont elle a besoin pendant l'hiver.

Swammerdam dit formellement qu'il n'a jamais aperçu dans les fourmilières ces divers appartements construits avec art , et disposés selon les lois de l'architecture, dont les auteurs font mention, ni observé que les fourmis , pendant l'été , amassent des provisions pour l'hiver , ce qui l'autorise k pen-

PROVERBES, l5l

ser qu'elles ne mangent rien tant que l'hiver est rigoureux , comme cela est ordinaire à la plupart des insectes , et à quelques espèces d'abeilles , qui , dans le temps froid , s'abstiennent absolument de toute nourriture.

M. de Réaumur s'exprime encore là-dessus d'une manière plus précise dans les termes suivants :

Quelque établi qu'il soit que l'industrieuse et prudente fourmi se fait, pendant l'été, des magasins qui doivent servir à la nourrir pendant l'hiver , tous ces prétendus magasins n'ont rierf de réel •, cent et cent recherches m'ont appris que les fourmis ne savent ce que c'est que de faire, des provisions* Quand elles portent des grains de blé et d'autres grains à leurs habitations , elles les y portent précisément comme les brins de bois ,- pour les faire entrer dans la construction de leur édifice -, c'est ce qui sera prouvé incontestablement dans «leur histoire. Il n'y a peut-être point d'insectes à qui toute cette prévoyance et tout ce .travail fussent plus en pure perte. A quoi serviraient des amas de blé pendant l'hiver* à des fourmis qui le passent amoncelées les unes sur les autres , et si immobiles qu'elles semblent mortes ? Bien loin qu'elles eussent la force d'entamer des grains de blé , elles n'ont pas alors celle

l5î RÉPONSES CRITIQUES.

de se mouvoir. Ce seul fait nous apprend combien les faits d'histoire naturelle les plus reçus ont encore besoin d'être examinés de nouveau. La vraie prudence des fourmis se réduit à se mettre le plus à l'abri qifr'il leur est possible du froid , dont un degré assez médiocre est capable de les priver de tout mouvement. Vers le commencement de mars 9 il y a ordinairement des jours assez chauds pour les ranimer ; alors elles commencent à paroître -, elles vont chercher delà nourriture. M. François Carré, qui , dans une dissertation sur la police des fourmis , insérée au Mercure de France du mois de mai 1749 s assure avoir étudié ces insectes depuis près de trente ans, appuie de son suffrage la décision de M. Réaumur touchant l'état d'engourdissement où ils vivent pendant l'hiver. J'ai fait fouiller, dit-il, en été , en hiver , dans Je printemps et l'automne , une infinité de fourmillières, sans jamais avoir découvert ces prétendus magasins tdont les rameaux s'étendent au large , ces greniers souterrains , composés de plusieurs chambres qui s'entrecommuniquent par des galeries , et qui sont creusées si avant que les pluies «et les neiges ne pénètrent point jusqu'à leur voûte, comme s'exprime M. Rollin sur la foi de quelques naturalistes , ce qui m'a autorisé à décider que le sentiment commun n'est qu'une erreur.

PROVERBES. , l53

Ce qu'il y a dfe vrai, c'est que si une fourmilière est à prîrtée de quelques grains bat* tus , les fourmis y charient continuellement. .Si l'on fouille alors cette fourmilière , on y. trouvera ce qu'elles n'auront pu consummer ; mais , dans tout autre temps , on n'y trouye aucune provision. Lorsque les graines , ainsi amassées à la bâte , commencent à fermenter et à se pourir , les fourmis les emportent hors de leurs retraites avec la même activité qu'elles les y avoit portées. Puisque les fourmi s. passent une partie de l'automne , l'hiver entier, et une partie du printemps dans le sommeil , ainsi que les reptiles, presque tous les insectes , différentes espèces d'animaux quadrupèdes et les oiseaux nocturnes , elles n'ont pas besoin de provision. Donc cette espèce de ville , plus longue que large , ces différentes rues distribuées avec la plus exacte symétrie , ces voûtes impénétra* blés aux eaux, ces poutres, ces soliveaux , ces galeries et ces magasins pratiqués avec un art inimitable, deviennent de pures chimères et de vaines spéculations dont on se repaît agréablement dans son cabinet.

Comme les incrédules ne manqueront pas quelque jour de nous objecter que Salomon a été dans l'erreur commune au sujet des fourmis , nous avons cru devoir les prévenir en répondant à cette difficulté.

l54l RÉPONSES CRITIQUES.

On a fait voir, à l'article Similitude tirée du sel, que dans l'apologue il n'étoit pas né* cessaire que l'objet de comparaison fût réel okk même possible, mais qu'il suffisoit qu'il fût propre à l'application qu'on y faisoit. La similitude , la comparaison , l'exemple , sont dès apologues abrégés. Quel est le but de la similitude ou comparaison? C'est de faire connoître de plus en plus le sujet dont on parle en le comparant à un [autre qui a quelque ressemblance avec lui. Quel est le but de l'exemple ? C'est de donner un modèle de conduite , et d'animer à l'imiter par la vue de ce que pratique celui qu'on donne pour modèle \ or dans l'un et dans l'autre cas , l'appa-

• *ence ou l'opinion est aussi propre que la vérité à produire ces effets.

On croit communément que la colombe est sans fiel ; dès lors , sans examiner la volonté du fait, on dira à un vindicatif qu'il faut être sans fiel comme la colombe. Qu'on proposé pour modèle un hypocrite qui sait ai bien se masquer qu'il est universellement cru homme de bien -, sa conduite sera aussi propre. à inspirer de bonnes mœurs que s'il Aoit vertueux.

Les 'hommes voient les fourmis emporter

* pendant 1 été quantité de grains dans leur» fourmilières ; ils ne les voient point sortir l'hiver pour chercher de la nourriture; ils

PROVERBES. l55

les voient reparoître pleines de vie au printemps, ils ont naturellement conclu de là qu'elles s etoient nourries pendant l'hiver du blé qu'elles avoient. recueilli au temps de la moisson : telle a été jusqu'à nos jours l'opinion de tous les hommes sans exception. Cette opinion ainsi établie, on a pu, sans faire de plus amples recherches, les proposer. pour modèle aux paresseux, qui , passant la belle saison dans l'oisiveté, se trouvent dans l'indigence pendant l'hiver. Il y a plus ; c'est que lors même qu'on a reconnu la fausseté de ces créances vulgaires , on ne laisse pas de continuer à s'en servir. Il y a long-temps que les sirènes sont reléguées au pays des fables, on dit cependant tous les jours qu'une jeune personne qui a une belle voix chante comme une sirène.

Verre , dans le Livre des Proverbes.

Ne intuearis vinum quandb flavescit , chm splenduerit in vitro cohr ejus'.

Né regardez point le vin lorsqu'il parolt clair (à la lettre : lorsqu'il tire sur le jaune), lorsque sa couleur brille dans le verre.

Salomon, dit un incrédule, n'a pu parler ainsi , car le verre n'avoit pas encore été trouvé du temps de ce prince.

a Proy.,c. *3f v. 3x.

l56 RÉPONSES CRITIQUES.

Apparemment que l'assertion tient ici lieu de preuves , car on n'en apporté aucune qui appuie ce . qu'on avance avec tant de hardiesse.

Pour répondre à des personnes qui procèdent ainsi , il suffiroît de nier ce qu'ils affirment $ mais nous ne voulons pas nous en tenir là , et nous allons faire voir que le verre a été connu avant le règne de Salomon.

•. On a commencé à faire du verre avec le sable du Bélus , rivière de Phénicie. Le bord d'où Ton tire ce sable n a pas plus de cinq cents pas d'étendue ; un si petit espace a suffi pour fournir pendant beaucoup de siècles la matière de tout le verre qui s'est fabriqué. Quingentorum est passuum non ampliàs littoris spatiuniyidque tantum multa per sœcula gignendo fuit vitro f .

On le faisoit à Sidon , qui n'est pas éloigné du Bélus. Nous apprenons d'Aristophane que de son temps, c'est-à-dire quatre cents ans avant Jésus-Christ , il y avoit des verres brûlants à Athènes , des verres préparés pour des expériences physiques , des Verres de philosophes avoient sûrement été moulés et par conséquent fondus dans la Grèce. Il y avoit donc dès lors dans ce pays des verreries , qui sont des manufactures d'autant pli*s faciles à

• Pline, 1. 36, c. 27.

PROVERBES. l57

> établir qu'on trouve partout du sable propre à faire du verre.

Ce n'étoit donc plus, quatre cents ans aVant Jésus-Christ , le sable de Bélus qui fournissoit tout le verre ; il faut donc placer au-dessus de cette époque cette multitude de siècles dont parle Pline , pendant lesquels on n'a voit point de matière pour en fabriquer que celle que Ion tiroit de cette rivière. Ce ne sera sûrement pas porter trop haut cette multitude de siècles , si on la compose de six ou de sept. Suivant ce calcul , nous pouvons placer l'in-

" vention du verre au temps du règne de Saûl ; ainsi il ne faut pas être surpris si Salomon , qui régnoit dans la Palestine au voisinage de Si don , a connu les verres à boire que Ton fabriqua dans cette ville , selon le rapport de Pline, dès qu'on commença à se servir du verre au même endroit.

Quoique le terme de verre ne soit pas expressément dans l'hébreu , il y est suffisamment indiqué. Voici ce texte à la lettre : Ne regardez point le vin lorsqu'il est rouge , et qu'il fait paroître son œil (c'est-à-dire sa couleur) dans la coupe. On voit aisément qu'il n'est pas ici question d'une coupe de métal y de corne ou de terre dans laquelle la couleur du vin est à peine aperçue , mais d'une coupe de verre dans laquelle elle se fait voir de tout côté avec éclat. . .

l58 RÉPONSES CRITIQUES.

Le juste pèche-t-il sept fois par jour?

«La religion, dit un incrédule1, est si » peu proportionnée a l'humanité que le » plus juste fait des infidélités à Dieu sept » fois par jour, c'est-à-dire plusieurs fois. »

Réponse. Voici le passage que cite l'incrédule : Le juste tombera sept fois et se relèvera ; mais les impies tomberont dans le mal ; Septies enim cadet justus , et resurget, impii autem in mahim corruent%.

Ces termes , par jour, ne se lisent ni dans l'original, ni dans aucune version : c'est une addition de l'incrédule, insérée studieusement dans le texte pour grossir la difficulté» Nous laissons au lecteur à qualifier cette conduite.

Le terme hébreu naphal, tomber, se trouve plus de quatre cents fois dans l'Ecriture, mais jamais il n'y signifie pécher. Les Septante et l'auteur de la Yulgate ne l'ont jamais traduit ainsi^ quoiqu'ils lui aient donné plusieurs significations outre la primitive , qui est celle de tomber. Il ne faut donc pas prendre pour des péchés les chutes dont il est ici parlé ; mais on doit entendre par là des disgrâces, des malheurs , des afflictions r

r Nouvelles libertés de penser. — 'Proverbes, c. a£j ▼. x6.

PROVERBES. i5g

des épreuves ; car telle est la signification du mot tomber dans un très-grand nombre d'endroits de l'Écriture. Dieu promet ici au juste que, quoiqu'il tombe dans plusieurs malheurs, il l'en tirera. C'est la même promesse que celle que -nous lisons dans Job : Dieu, après vous- avoir affligé six fois, vous délivrera , et à la septième il ne permettra pas même que le mal vous touche : In sex tribulationibus . Uberabit te *, et in septimd non tanget te malum. Et dans le psaume 33 , v. 20 : Les justes sont exposés à beaucoup d'afflictions , et le Seigneur les délivrera de toutes ces peines : Multœ tribulationes justorum , et de omnibus his Uberabit eos Dominas. Et dans le psaume 36 , v. 24 : Lorsque le juste tombera il ne se brisera point, parce que le Seigneur met sa main sous lui : Citm ceciderit non collidetur , quia Dominus supponit manum suam.x

La protection que Dieu promet aux justes se fait encore sentir par l'opposition de la conduite qu'il tient à l'égard des impies ; car, après avoir assuré qu'il délivrera le juste de aes malheurs , il dit que les impies tomberont dans le mal , sans ajouter qu'il les en tirera , marquant par ce silence qu'il les y laissera pour les punir de leurs désordres.

* r Jbfr, e. 5, v. 19;

l6o RÉPONSES CRITIQUES.

Salomon a-t-il pu dire : Toi été roi ?

L'auteur de l'Ecclésiaste dit qu'il est fils de David, qu'il a régné sur Israël dans Jérusalem. Ces caractères ne conviennent qu'à Salomon *, ainsi , Ton ne peut douter que ce livre ait été composé par ce prince. Mais comment Salomon peut-il dire dans cet ouvrage foi été roi, lui qui a conservé la couronne jusqu'à sa mort? Un prince peut-il parler ainsi tandis qu'il est sur le trône ? , Les rabbins ont inventé une fable pour lever cette difficulté. Lorsque Salomon , disent-ils , enflé de sa prospérité , eut violé les commandements de Dieu en assemblant un grand nombre de chevaux et de cavaliers , en amassant une prodigieuse quantité d'or et d'argent, en contractant des mariages avec des femmes étrangères, le Seigneur, irrité contre lui , envoya le démon Asmodée , qui le priva du trône, et lui arracha l'anneau royal \ ce qui fit que ce prince, errant et vagabond, parcourut l'univers, et revenant ensuite dans la terre d'Israël , il crioit en pleurant dans les différentes villes de ce pays ; Je suis TEcclésiaste appelé autrefois Salomon; j'ai été roi à Jérusalem*

Il suffira pour renverser ce conte de remarquer que l'Ecriture nous représente 5a-

KCCLÉSIASTE. j6l

lomon sur le trône d'Israël pendant toute sa vie et jusqu'à sa mort.

Hugues de Saint-Victor dit que Salomon a parlé ainsi , parce qu'ayant quitté le trône par esprit de pénitence , il pleuroit ses fautes. Denys le chartreux dit qu'il descendit du trône et le résigna à son fils; mais ces deux explications sont aussi contraires à l'Ecriture que la fable des rabbins.

Hugues de Saint- Victor*propose une autre explication. Salomon , dit-il , a ainsi parlé , parce que , quoiqu'il fût vraiment roi , il reconnoissoit dans sa pénitence qu'il n'étbit rien.

Mais comment veut-on qtue par ces paroles, foi tité roi à Jérusalem, les Israélites aient compris quç Salomon ne se regardoit plus comme leur roi , eux qui le voyoient continuer d'en faire les fonctions ?

D'autres expliquent ainsi ces paroles : Moi qui ai été roi pendant long-temps , et qui , par cette raison , ai beaucoup d'expérience , j'ai reconnu que tout ce qui est sur la terre est vanité. Salomon , en s'exprimant de la sorte > ne nie pas qu'il ne fut encore roi ; mais' il assure seulement qu'il Fa déjà été plusieurs années.

Nous convenons qu'en insérant le mot long-' temps dans le texte , comme font ces interprètes , il ne reste plus de difficulté \ mais on

l6a RÉPONSES CRITIQUES.

na point de raisons pourjy placer ce terme, <jue le besoin qu'on en a.

L'explication la pins commune est que Salomon a pn aire f ai éié roi, par ce qu'il ayoit lait par le passé.

Cette solution ne contente pas. Salomon a bien pu se servir du prétérit lorsqu'il racontait ce qu'il ayoit fait , parce que ses actions étoient passées; mais il ne pouvoit s'exprimer ainsi sur son état , qui étoit présent ,* puisque lorsqu'il parloit ainsi il étoit roi.

H est un moyen plus naturel et plus simple de résoudre cette difficulté. On met souvent dans l'hébreu le prétérit pour le présent.

Genèse , c. 4 » ▼• *• Possedi hominem per Deum, ponr possideo , je possède un homme par la grâce de Dieu , comme a fort bien traduit M. de Sacy , car il s'agit là d'une chose présente. Il y a dans l'hébreu possedi, j'ai possédé.

Ibidem , y. 9. Dieu ayant demandé à Caïn où étoit son frère Abel , il lui répond : Nésdo , dans la Vulgate., je ne sais pas, ce qui est fort bien , quoiqu'il y ait dans l'original Hescivi , je n'ai pas su.

Genèse, c 3a, y, 10. Jacob dit à Dieu : Minor sum cunctis miseratiombus tuis ; je suis indigne de toutes vos miséricordes. Il y a dans l'hébreu fui , j'ai été.

ECCLÉSIASTE. l63

II R019. c. 1 , v. 5. Undè scis quia moriuus est Saul? d'où savez-vous que Saûl est mort? H" y a dans l'original scwisti, avezvous su.

Ps. ^4 > ▼• "2. Deus meus in te confido , je mets ma confiance en vous. On lit dans Thé* breu confiai , j'ai mis ma confiance.

Les auteurs du Nouveau Testament , qui parlent hébreu en grec , imitent cet hébraïsme.

Saint Jean , c» 1 3 v. 26. Médius autem vestrûm stetit quem vos nescitis , il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. H y a dans le grec ^ comme dans la Vulgate , stetit , il y en a eu.

C. 1 1, v. 27. Ego credidi quia tu es Chris» tus, je crois que vous êtes le Christ. On lit dans l'original credidi 9 j'ai cru.

Rom. c. 5 , v. 2. In gratiam istam in quâ stamus , cette grâce où nous sommes. H y a dans le grec stetimus , nous avons été.

Il seroit superflu de multiplier ces exemples , puisque la langue sainte , n'ayant point de présent, une des règles de sa grammaire veut qu'on exprime ce temps par le prétérit ou le futur.

Les Grecs et les Latins ont quelquefois employé le prétérit dans la signification du présent. Démosthène, dans sa harangue de la couronne , dit : Je crois que nos ancêtres

l64 RÉPONSES CRITIQUES.

ont construit ces cours de justice. Il y a dans le grec j'ai cru. Memini, odi , sont des prétérits latins qui marquent le présent.

Dès que le prétérit , en hébreu , signifie aussi le présent, op doit le traduire en ce sens , lorsque le sujet dont on parle le demande , comme il l'exige dans le cas présent ; car un homme n'exprime pas l'état dont il jouit actuellement par un terme qui désigne le passé.

Madame de Rouan > abbesse de Malnoue 9 a composé une élégante paraphrase des livres des proverbes , de l'Ecclésiaste , et de la Sagesse, qu'elle a donnée au public, sous le titre de Morale de Salomon. Cette dame , qui a bien senti combien il étoit peu convenable de faire dire à ce prince qu'il avoit été roi lorsque actuellement il l'étoit encore, a rendu ces paroles par le présent de cette sorte : Moi qui prêche la sagesse aux hoinmes, qui ai le sceptre en main, et la couronne d'Israël sur la tête.

Commandement de Dieu à Isàïe.

«c Le Seigneur dit à Isaïe * : Allez , ôtez le » sac de dessus vos reins . et les souliers de » vos pieds. Isaïe le fit, et il alla nu et sans

* Isaie*, c. 20, y. a*

ISAÏE. l65

» souliers. Alors le Seigneur dit : Comme » mon serviteur Isaïe a marché nu et sans » souliers, pour être comme un prodige qui » marque ce qui doit arriver durant trois ans » à l'Egypte et à l'Ethiopie. Ainsi le roi des » Assyriens emmènera d'Egypte etd!Ethiopie » une foule de captifs et de prisonniers de » guerre , les jeunes et les vieillards tout nus )> et sans souliers. »

Un ordre qui révolte la pudeur peut-il venir de Dieu ? disent les incrédules.

Réppnse. Nu ne se dit pas toujours de celui qui n'a aucun habillement qui le couvre. On Temploie aussi peur désigner ceux qui ne sont pas vêtus comme de coutume, coinme leur condition exige qu'ils le soient. Lorsque Virgile dit : Nudus ara , sere nudus, labourez et semez étant nu. Il n'entend sûrement pas que le laboureur soit entièrement découvert, mais qu'il n'ait que sa tunique. Aurélius Victor, dans ses Hommes illustres , chap. 17 , raconte que les députés du sénat <jui allèrent annoncer à* Quinctius Cincinnatus son élection au consulat le trouvèrent nu , qui labouroit un petit champ qu'il avoit au-delà du Tibre •, et on lit dans Tite Live , 1. 3, que dès que cet illustré romain les vit, il se fit apporter par sa femme sa toge , ou habit long qui se mettoit sur la tunique , pour les recevoir décemment.

l66 RÉPONSES CRITIQUES.

Xè terme gumnos , nud, se prenoit dans le même sens chez les Grecs. On lit dans une comédie d'Aristophane , qu'un nommé Evaoa vint nu, comme il sembloit à plusieurs, et qu il s'excusoit de paroltre ainsi , disant qu'il n avoit point de manteau.

Les Juifs employoient aussi ce terme* dans le même sens , ainsi que nous allons le faire voir par plusieurs passages où il est parlé de nudité.

On lit que David étoit nu lorsqu'il sautoit devant l'arche que l'on transportoit par ses ordres à Jérusalem. Il avoit cependant alors une tunique, puisqu'il étoit revêtu d'un, éphod , qui étoit une espèce de ceinture dont on se servoit pour serrer la tunique. Il avoit de plus un manteau de byssus, comme on le voit dans les. Paralipomènes1.

Lorsque le Sauveur, après sa résurrection, apparut à ses apôtres qui prèchoient dans la mer de Tibériade , Pierre ayant apprÎ6 que c'étoit le Seigneur, prit son habit de dessus , car il étoit nu , et se jeta dans l'eau pour aller à lui. Puisque Pierre prit son habit de dessus il étoit donc revêtu de son habit de dessous, ou de sa tunique, dans le temps où l'on dit qu'il étoit nu. La Vulgate a rendu le terme ependute, qui est dans l'original , par tuniea;

• Liv. x , c. x5, y. 27. — "Saint Jota, <c. ai.

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