‹ Reproduction des cryptogamesChapitre 2 sur 35 · ARE ES · texte numérisé non relu

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animal et végétal; mais à l’origine, cette différence est peu marquée, et on peut considérer les Monères comme un centre, vers lesquels convergent un certain nombre de séries rayonnantes, d’autant plus semblables entre elles, qu’on les compare à une moindre distance du point de départ commun. Dans les séries végétales, les unes conduisentaux champignons, ce sont les Myxomycètes et les Bactériens, auxquels se rattacheront les Saccharomycètes ; les autres aux Algues: ce sont, par exemple, les Cyanophycées, si étroitement parentes des Bactériens.

Dans ces trois séries, la multiplication par scission existe encore, mais déjà plus complexe; le bourgeonnement, la formation des spores peuvent être considérés comme dérivant plus ou moins directement du mode de division primitif. Mais déjà dans les Myxomycètes nous rencontrons un phénomène en apparence inverse : c’est la fusion d'un ou de plusieurs éléments en une cellule unique. Cette fusion entre individus entièrement semblables ne semble avoir d’autre effet que d'augmenter leur masse ; néanmoins c’est là, sans doute, l’origine de la sexualité. Dans le vaste groupe des Algues dont les Chiorophycées font déjà partie, nous pourrons, en effet, passer par une série de transitions ; de la fusion de cellules entièrement semblables, au moins en apparence, à la véritable fécondation, c’est-à-dire à la copulation entre deux éléments dissemblables ; de cette copulation semble résulter une impulsion nouvelle dans le développement, une augmentation d'énergie. La conséquence immédiate est la formation d’un œuf, point de départ d’une génération nouvelle ; dans les Algues, la fécondation se perfectionne à mesure que l'on remonte la série; dans les Champignons c'est la marche inverse que nous constaterons.

Mais même dans les Algues la fécondation, en général, n'apparaît pas régulièrement, et souvent elle semble seulement la conséquence de certaines circonstances extérieures ; la multiplication assurée prédomine, Dans les végétaux terrestres, les Mousses et les Cryptogames vasculaires, l'acte sexuel reparaît périodiquement ; de là une alternance de génération beaucoup plus régulière que dans les Algues, en même temps la propagation végétative devient moins importante, ce qui fait prévoir déjà le rôle très subordonné auquel elle se trouve réduite dans les végétaux supérieurs.

MYXOMYCETES.

Les Myxomycètes (MM. Baranetzki, de Bary, Brefeld, Cienkowski, Tamintzni et Woronine, Rostafinski, Rose, Wigand), pendant une partie de leur existence, se comportent absolument comme certains protistes ; d’un autre côté, ils ont des affinités évidentes avec les Champignons.

Par cette double parenté, ils peuvent servir d’intermédiaires des premiers aux seconds,

On peut considérer comme l'individu le plus simple de ce groupe, le Plasmodium Brassicæ, décrit par M. Woronine ; c’est une petite masse plasmique, qui jamais ne s’entoure d’une membrane; mais se résout simplement en un certain nombre de masses plus petites, amiboïdes ; chacun de ces myxomoebes pénètre dans la racine du chou, où, seul ou par fusion avec des congénères, il finit par constituer une piasmodie nouvelle.

Les autres Myxomycètes s’entourent toujours à un moment donné d’une membrane, afin de former leurs spores. Ceux-ci peuvent conserver pendant des années leur faculté germinative, Leur membrane, ordirairement colorée, lisse ou ponctuée, se déchire à la germination ;le protoplasma s'échappe en une seule ou en plusieurs petites masses dont chacune constitue un amibe nucléé, se mouvant par ses pseudopodes (myxamoebe) et contenant une à trois vésicules pulsatiles, Ces amibes se déplacent sur les détritus végétaux dont ils se nourrissent; ils s’allongent bientôt, prennent un long cil vibratile et se transforment en zoospores, qui rampent encore sur le substratum ou nagent dans l’eau. Zoospores et amibes se reproduisent par bipartitions, et, après avoir retracté leur cil ou leurs pseudopodes, ils peuvent s’enkyster, quand les circonstances deviennent défavorables, et donner alors une spore qui se comportera comme la spore primitive.

Mais ces cellules nues et mobiles peuvent aussi se réunir par copu-

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lation au nombre de deux ou plusieurs, constituant ainsi une plasmodie diffluente qui rampe, s’étale en réseau, augmente de volume par nutrition et aussi par l’adjonction de nouvelles zoospores. Ces plasmodies, qui peuvent s’étaler en réseau, se dessécher pour se transformer en stlérote, se conjuguer avec d’autres plasmodies, et acquérir souvent un volume considérable (Æthalium), finissent toujours par former un ou plusieurs sporanges, Ceux-ci ont souvent un développement fort rapide; ils apparaissent sur les plasmodies comme autant de protubérances dans lesquelles passe peu à peu toutle protoplasma, en se débarrassant des corps étrangers qu'il pouvait tenir englobés jusque-là. Il se différencie en pied et en sporange ; le premier, étalé à la base, soudé souvent avec les pieds voisins, se prolongeant parfois en columelle (Stémonitées) dans la cavité du sporange. Celui-ci se compose d’une membrane mince, fragile, incrustée de calcaire, souvent de couleur vive, à surface lisse ou garnie de proéminences ; elle entoure la masse pulvérente des spores qui remplissent à eux seuls toute la cavité du sporange (Libraria, Licea) ou qui sont accompagnées d’un capillitium. Celui-ci se compose de tubes isolés, fusiformes, à épaississement spiralé (Trichia), ou de filaments anastomosés portant extérieurement des anneaux (Arcyria), ou d'un réseau de tubes minces, renflés aux nœuds où ils contiennent des granulations calcaires (Physarum). Le fruit, en forme de gateau, de l’Æthalium, est plus compliqué, et peut être considéré comme un enchevêtrement de sporanges tubuliformes. Rarement les sporanges sont dépourvus de membrane (Dictyostellum); dans les Exosporées (Ceratia, Polystica), c’est à leur surface extérieure qu’ils portent les spores sur de courts stérigmates. À la maturité, la membrane se détruit irrégulièrement ou se déchire; le capillitium se redresse et dissémine les spores.

Celles-ci sont très petites, arrondies, lisses ou hérissées de verrues ou munies de bandes réticulées.

Myxomycètes agrégés (MM. Cienkowski, Van Tieghem).—Au lieu de se fusionner en plasmodie, les amibes peuvent s’agréger tout simplement en un massif cellulaire ; en glissant les unes sur les autres, elles constituent alors un cône dressé en l’air, dont les cellules axiles, plus grosses, s’entourent d’une membrane et se changent en pied, pendant

REVUE que les cellules extérieures se superposent par glissement au sommet du pied pour y former un chapelet ou un pinceau de spores arrondies, entourées chacune d’une membrane cuticularisée et échinée (Acraria granulata). D’autres fois les spores restent réunies par une substance gélatineuse en une petite masse (Dictyostelium). Les amibes s’enkystent encore, quand les circonstances sont défavorables ; dans le dernier genre cité, ils donnent, à ce moment, par bourgeonnement, plusieurs spores enkystés (M. Van Tieghem). D'après M. Brefeld, il y aurait dans le D, mucoroïdes une fusion instantanée au moment de la montée du fruit, suivie aussitôt d’une division en portions de même grandeur. Le cas serait donc intermédiaire entre les Myxomycètes ordinaires et les agrégrés.

M. Sorokine a signalé, dans le Bursulla crystallina, la coexistence de deux espèces de spores, les unes nucléeés, les autres sans noyau; elles copuleraient entre elles, et ce serait là un premier indice de sexualité ; le résultat est une oospore; celle-ci germe au printemps en donnant un sporange pédicellé, dont les zoospores sont dépourvus de noyau,

SCHIZOMYCÈTES OU BACTÉRIES.

Les Bactéries sont des êtres extrêmement simples, unicellulaires, dépourvus de noyaux, mais munis d’une membrane comme les cellules végétales; leurs dimensions variables sont, en général, des plus réduites. Elles sont douées de motilité et vivent isolées ou réunies en chapelets (forula), en filaments (leptothrix) ; elles peuvent encore se rassembler en colonies,dans l'intérieur desquelles elles sont libres (essaim) ou soudées ensemble par une substance glaireuse (z00glæa).

Jusqu’à présent on ne connaît point de reproduction sexuée dans les Bactéries ; elles ne semblent se multiplier que par scissiparité et spores endogènes.

Scissiparité. — En dehors des Sarcina qui se segmentent par des cloisons perpendiculaires dans les trois directions, et qui constituent

ainsi des familles cubiques de 4 à 16 cellules ou plus, la scissiparité consiste en un fractionnement transversal de la cellule. Celle-ci s’allonge à peu près du double, son protoplasma s’éclaircit, suivant une ligne médiane perpendiculaire aux deux faces latérales, puis une cloison apparaît au même endroit, divisant la cellule en deux. La cloison

s’épaissit, la lamelle moyenne se gélifie et sépare ainsi les deux arti=

cles. Ce disque gélatineux peut se distendre davantage, se dissoudre; les deux articles deviennent alors libres, entourés chacun d’un étui gélatineux. Mais quand cette bipartition a lieu pendant le mouvement de la bactérie, le disque gélatineux peut aussi s’étirer par traction en un long fil qui finit par se rompre, et chaque article se trouve alors muni d'ur prolongement effilé, simulant un cil. Il peut y avoir un pareil cil à une seule extrémité ou aux deux; ce cil peut aussi se fendre longitudinalement, et alors il y aura plusieurs cils (Bacillus amylobacter (1), M. Van Tieghem).

Le phénomène se passe d'une façon analogue dans les Spirillum qui s’allongent, avant de se segmenter, de façon à former à peu près quatre tours de spire ; les deux moitiés s’inclinent souvent l’une vers l’autre, le disque gélatineux servant de charnière ; elles peuvent alors s’enchevêtrer. Dans les Spirochaete, il n’est pas possible de voir les cloisons transversales, même sur des filaments allongés, de façon à former huit tours de spire; les articles, courts et au nombre de quatre pour chaque tour, ne deviennent visibles qu’au moment de la formation des spores.

Le sectionnement peut être précédé d’un étranglement vers le milieu de la cellule ; la bactérie paraîtra alors souvent constituée par une cellule renflée aux deux extrémités, comme un 8 de chiffre.

La scission peut aller plus vite que la séparation des cellules qui restent alors réunies en filaments plus ou moins longs ; ceux-ci s’enchevêtrent irrégulièrement ou sécrétent un mucus qui les relie, ou bien encore se dissocient en bâtonnets mobiles ou immobiles (Bacillus subtilis). Pour la formation des essaims et zooglææ, les deux ar-

(1) Bacillus amylobacter, ferment butyrique, très ressemblant au Bacillus subtilis qui ne produit aucune fermentation.

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ticles résultant d’un bâtonnet, glissent l’un sur l’autre et viennent se juxtaposer, et ainsi de suite ; il se forme d’abord une surface composée de bâtonnets parallèles, ou plus ou moins obliques, puis, peu à peu, une masse compacte, provenant souvent tout entière d’un bâtonnet unique ; les articles composant peuvent, du reste, être libres ou réunis par une substance gélatineuse. Dans le Leuconostoc mesenteroîdes, les cellules séparées restent disposées en chapelets, entourés d’une matière glaireuse (M. Van Tieghem).

La rapidité de cette multiplication dépend directement de la ri- chesse nutritive du milieu ; elle est active, tant que celui-ci n’est pas épuisé; mais, ce résultat une fois atteint, les bactéries tombent au fond et demeurent immobiles. La température est aussi un facteur très important ; l’optimum varie beaucoup pour les différentes Bactéries. Il en est qui se multiplient encore à 69-70° (M. Miquel), même à 74o (M. Van Tieghem). Toutes les bactéries meurent cependant audessous de 100°; au voisinage de 0°, la multiplication cesse complètement, mais la Bactérie ne meure pas pour cela. En s'écartant de l’optimum, la multiplication devient moins rapide; voici quelques chiffres donnés par M. Brefeld pour le Bacillus subtilis : un bâtonnet se divise en une demi-heure à 24° Réaumur, en trois quarts d'heure à 25°, en une heure et demie à 15°, en quatre ou cinq heures à 10°, très lentement, à 9°. D’après M. Eidam, le Bacterium Termo commence à se segmenter à 9° C., optimum entre 80 à 35°, à 40° la segmentation s'arrête.

La multiplication ou plutôt la vie des bactéries est la cause déterminante de nombreuses fermentations : fermentation acétique, provoquée par le Micrococcus aceti, nitrique (M. nitrificans), butyrique (Bacillus amylobacter), etc.

Formation des spores. — Elle a été constatée dans des cas nombreux et chez des Schizomycètes assez divers, pour qu’on doive l’admettre aujourd’hui comme générale (MM. Robin, Pasteur, Van Tieghem, Cohn, Billroth, Koch, Brefeld, Praznowski). C’est quand les conditions de milieu deviennent défavorables à la multiplication par scissiparité, quand le liquide nutritif s’épuise, que l’on voit apparaître

les spores ; la présence de l'oxygène semble indispensable dans beau-

coup de cas. Les spores, nommées aussi corpuscules, germes, etc., ont

été fréquemment prises pour des espèces spéciales, et rangées par

les Micrococcus qui paraissent en réalité moins nombreux qu'on ne

l’avait cru d’abord.

Dans le Bacillus subtilis, c'est ordinairement au milieu, plus rarement à l'extrémité du bâtonnet que l’on voit apparaître des points plus

brillants indiquant une condensation de protoplasma ; il se concentre

bientôt tout entier en une masse oblongue, cylindrique, fortement réfringente, qui s’éntoure d’une membrane, constituant ainsi la spore. Le bâtonnet se renfle alors dans la région correspondante; enfin sa membrane finit par être résorbée. Dans les bâtonnets composant un même filament, on peut rencontrer les spores à divers états de développement. L’apparence sombre de leur noyau a été attribuée par M. Cohn à des corps gras; M. Brefeld ne partage pas cette manière de voir.

Dans le Bacillus amylobacter, certains bâtonnets cessant de s’allonger, prennent une réfringence différente et une forme de tétard, de fuseau ou d’ellipsoïde ; une ou plusieurs gouttelettes brillantes apparaissent dans leur intérieur, puis se réunissent en une goutte unique, autour de laquelle s’amasse tout le protoplasma du bâtonnet, de façon

à constituer une spore ovale ou cylindrique. C’est dans les bâtonnets

immobiles, quelquefois cependant aussi pendant leur mouvement, que les spores se forment (MM. Van Tieghem, Praznowski.)

Le Bacterium lucens produit ses spores, auand on le place dans

l’eau pure; ses articles, éfranglés au milieu, forment une spore dans une des deux moitiés, pendant que l’autre se vide ; quelquefois aussi, chaque moitié montre une spore et une cloison semble alors se constituer au milieu du bâtonnet (M. Van,Tieghem). La bactérie de la clavelée (M. Toussaint) montre presque toujours la réunion de deux bâtonnets inégaux ; le plus long donne ordinairement une spore à chacune de ses extrémités, quelquefois une troisième en sor milieu; le plus petit n’en donne quelquefois qu’une seule, et prend alors une forme de massue; car la spore possède un diamètre supérieur au sien ; la spore est également ovale et très réfringente. Le Bacillus crassus

Laden en né er à ei.

gr LEE (M. Van Tieghem) est remarquable par le grand volume de ses spores ; elles mesurent 0"", 005; il s’en forme une dans chaque article à l’une de ses extrémités. Un autre Bacillus, appelé Dispora caucasica par M.Kern, qui l’a trouvé dans le lait fermenté, développe dans chaque bàâtonnet, deux spores situées à ses deux extrêmités. On voit donc que dans les micro et dermo-bactéries le nombre des spores qui prennent naissance dans chaque article est variable, et qu’elles apparaissent {tantôt dans le renflement terminal de l’article, tantôt en son milieu, tantôt dans une région variable.

Quand le Spirillum amyliferum (M. Van Tieghem) s’apprête à donner des spores, ses filaments forment ordinairement deux spires, cescent de s’allonger, grossissent, prennent une réfringence différente, ne se colorent plus par l’iode en jaune, mais bien en bleu, saufcependant dans deux régions qui restent blanches et qui sont placées ordinairement aux deux extrémités du filament; quelquefois aussi l’une d’elles est au milieu. Si l’article ne fait qu’un tour, il possède une seule région blanche terminale. Ces régions indiquent les points de formation des spores futures; celles-ci apparaissent bientôt brillantes, à contours sombres, à membrane cutinisée. Plus tard, le filament cesse de bleuir par l’iode; un liquide hyalin remplit sa cavité; une cloison médiane a pris naissance dans les articles à deux tours de spire ; chaque spore se trouve donc alors située dans une cellule distincte et s'appuie, soit contre cette cloison médiane, soit contre une des cloisons extrêmes. Plus tard, la membrane de l’article est résorbée et la spore devient libre. Dans les Spirochaete, chaque cellule produit encore une spore ; un filament à huit tours de spire, en possède donc à peu près 32. Le Vibrio serpens forme aussi les siennes dans l’eau pure, en se découpant en 4 à 6 articles, chacun avec une spore.

Le Leuconostoc produit ses spores d’une tout autre manière : quand les circonstances deviennent défavorables à son développement ordinaire, certaines de ses cellules grandissent, épaississent leur paroi et se transforment directement chacune en une spore qui possède un grand pouvoir résistant. Cette bactérie qui intervertit le sucre de canne et absorbe le glucose et le lévulose pour les convertir en hydrates de carbone gélatineux, exerce de grands dégâts dans les fabriques

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