ORDRE HE — OPHIDIENS
, Les Ophidiens ou Serpents ont le corps allongé, arrondi, étroit, sans pattes ni nageoires; la bouche est garnie de dents pointues, la mâchoire inférieure à des branches dilatables et plus longues que le crâne. La peau est coriace, extensible, recouverte d'un épiderme caduc, d’une seule pièce.
Ces Reptiles sont répandus sur tout le globe et vivent dans les milieux les plus variés: dans les eaux ou sur la terre, nageant ou rampant, suivant leur nature.
Plusieurs espèces sont extrêmement dangereuses et leur venin est mortel pour l’homme et les animaux: les Najas, les Trigonocéphales, les Crotales, etc. Fort heureusement aucune de ces espèces ne vit en France.
Quelques Ophidiens sont ovovivipares, la plupart sont
72 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE ovipares ; leurs pelits ne subissent aucune mélamorphose.
Les Serpents ont été, dès la plus haute antiquité, le sujet de fables qui n’ont d'autre origine que l'amour du merveilleux :
« Dès les temps les plus reculés les Serpents ont joué un grand rôle dans les légendes de tous pays, et ce n'est pas sans luttes que la science a, petit à pelit, éliminé diverses croyances populaires aussi absurdes qu'invélérées. L'espèce de répugnance qu'éprouvent beaucoup de gens à la vue subite d’un Serpent a toujours fait de ce reptile un sujet de terreur irréfléchie. La peur à non seulement prêté à cet objet d’effroi les formes les plus extraordinaires, des couronnes, des cornes, des pattes, des ailes, elc., mais encore elle a étendu à toutes les espèces inoffensives la malédiction que ne mérilaient, jusqu'à un certain point, que les espèces venimeuses. Je ne prendrai pas la peine de relever ici toutes les fables qui ont été contées et accrédilées, en divers lieux, sur des Serpents qui s'introduisaient dans le corps de personnes endormies, télaient les Vaches et les Chèvres, asphyxiaient par leur simple regard, ou encore exécutaient mille autres manœuvres qui n’ont pas plus besoin de réfutation que ces premières.
« L'influence, pour ainsi dire magnétique, que l’on attribue généralement à la musique sur les Serpents, ne parait pas plus confirmée que celle que le regard du reptile devrait exercer sur sa proie. Les concerts variés que Lenz a donnés aux diverses espèces qu'il étudiait en captivité ne lui ont jamais permis de voir
dé nues di à
S OPHIDIENXS 73 chez ces animaux la moindre indication de perception ou de sensation quelconque. La crédulité des gens à élé, sur ce point comme sur tant d’autres, largement exploitée par les Jongleurs et les charmeurs de tous pays, :
«Je pourrais citer encore un grand nombre de fables
toutes plus ou moins répandues et accréditées; mais je n'en finirais pas si Je voulais relever toutes les idées
. erronées que des gens, plus remplis d'imagination que de courage, se plaisent à publier, le plus souvent pour s’excuser de leur couardise ou pour masquer leur ignorance. » (Fatio.)
En résumé les Ophidiens ne sont pas aussi dangereux “quon veut bien le croire, et en France, à l’exceplion des Vipères, dont nous parlerons plus loin, nous
n'avons rien à redouter de nos Serpents.
Le mode de locomotion chez ces animaux est la reptation : le serpent rampe grâce à la conformation de ses nombreuses côtes qui ne sont articulées qu'avec - les vertèbres et qui sont libres à leur extrémité; ül progresse par des ondulations latérales, en contrac- - {ant certains muscles intercostaux, de manière à décrire -une courbe plus ou moins prononcée. Tout en main- - tenant sa tête élevée et horizontale, il s'aide des iné- - galités du terrain, des herbes, de toutes les aspérités “qu'il peut rencontrer; aussi avance-t-il difficilement - sur un sol uni. Lorsqu'on laisse filer un Serpent entre
les mains, on sent parfaitement le redressement des écailles du ventre. Dans l'eau il nage de la même manière qu'il rampe sur la terre.
La langue des Serpents est longue, mince, fendue en
avant en deux parties eflilées et recouvertes d’une substance cornée; elle est enveloppée d’un fourreau d'où elle peut être dardée au loin, lorsque la bouche est
fermée, à travers un échancrure qui se trouve à l’extré-
mité du museau. Cette langue est plutôt un organe de tact que de goût. Beaucoup de gens croient que le
Serpent s’en sert pour piquer; c’est encore une erreur
grossière : cette langue, étant souple et molle, ne peut.
être employée à un pareil usage; elle est, en réalité, un organe de tact pour tâter les corps dont il veut reconnaître la nature et les propriétés. « En outre, dit Fatio, le mouvement de sa langue exprime tous les senti-
ments qu'il ressent dans diverses circonstances. Tous
ses instincts et toutes ses passions se traduisent par un mouvement de cet organe, d'autant plus prompt que les impressions sont plus violentes, et &’autant plus lent que l'animal est plus insensible, engourdi ou
malade. Aux expressions de la langue se joint, suivant :
le cas, et particulièrement dans la colère, une sorte de petit sifflement strident et prolongé, produit probablement par la sortie rapide de l’air chassé au travers de l’encoche rostrale. »
Les mâchoires des Serpents ont une conformation très curieuse : la mâchoire inférieure est agencée de telle sorte qu’elle peut donner, suivant le cas, une plus ou
moins grande extension à la bouche et lui permettre d’engloutir des proies démesurées relativement à la.
tête du reptile. Les deux branches de la mâchoire inférieure ne sont ni soudées entre elles, ni articulées sur le crâne; elle jouent à l'extrémité d'un os particulier, mobile et plus ou moins allongé, auquel on a
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donné le nom W’os tympanique. Les dents, en forme de crochets, sont inclinées et recourbées en arrière et disposées différemment selon les espèces. Les Serpents non venimeux ont les dents nombreuses; chez les Serpents venimeux, tels que les Vipères, les dents de la mâchoire supérieure ne sont pas disposées pour saisir la proie, mais pour la tuer en lui inoculant le venin dans les.chairs.
Le mode qu'emploient les Ophidiens pour s'emparer de leur proie et l’avaler diffère également selon les espèces : les Serpents venimeux, lorsqu'ils aperçoivent une proie, redressent la lète, ouvrent la bouche de - manière à abaisser la mâchoire inférieure, en même temps qu'ils relèvent la mâchoire supérieure, de telle sorte que les crochets sont merveilleusement disposés - pour frapper; «avec la promptitude d'un ressort qui se détend, le reptile se lance en avant et frappe sa victime. La blessure faite, le Serpent se retire en arrière, replie sa tête et reste tout prêt à frapper de nouveau. L’animal blessé tombe sur le sol, tellement rapide est l'action - du venin, et meurt après un temps généralement très court; il est,en tous cas, immédiatement frappé de - paralysie, de telle sorte qu'il ne peut fuir; la proie morte, le Serpent s’en empare et la déglutit. » (Brehm.) - Presque tous les Serpents non venimeux avalent - leur proie encore vivante. En résumé les divers Serpents sont carnassiers et avalent leur proie sans la màcher, toute vivante, étouffée ou tuée par le venin, Nous par- lerons des glandes qui sécrètent ce terrible poison dans un chapitre spécial consacré aux serpents veni- meux.