‹ Reptiles, batraciens, avec 55 figures dans le texteChapitre 22 sur 35 · NT QUEUES, G · texte numérisé non relu

NT QUEUES, G

É Tête de Vipère montrant l'organe venimeux.

….| Muscle reliant les deux mâchoires. — 2 Glande à venin. —

3 Muscle contractant la glande à venin. — 4 Dent percée d’un canal permettant l’écoulement du venin dans la blessure, — 5 Fourreau de la langue. — 6 Langue.

Disposition des mâchoires de la Vipère lorsqu'elle s’élance pour mordre,

108 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE morsures peuvent être très dangereuses et même mortelles selon le tempérament du sujet. On comprend aussi qu'une foule de circonstances peuvent faire varier l’action du venin, ainsi, par exemple, le fluide délétère pourra être sécrété en grande abondance, ou bien ne se trouver inoculé qu’en petite quantité : on a remarqué qu'une température élevée favorisant soit la sécrétion, soit l'absorption, les morsures du premier printemps et de l’arrière-saison sont généralement moins dangereuses que celles de l'été. La morsure sera aussi plus dangereuse si elle a été faite sur certaines parties du corps; l'effet moral produit sur la personne blessée pourra avoir aussi plus ou moins d'influence. En général, la morsure est peu douloureuse au moment où elle vient d’être faite, mais le plus souvent elle est presque instantanément suivie d’une douleur très aiguë ; tantôt il n'y a qu'un seul crochet qui pénètre dans les chairs, tantôt ils y pénètrent tous les deux.

Nous avons indiqué au commencement de ce volume, dans le chapitre consacré à la recherche des reptiles, les précautions qu’il était indispensable de prendre lorsqu’on avait été mordu par une Vipère. Quelques médicaments anciens sont encore préconisés, tels sont la thériaque, l'huile d'olive, l'ammoniaque, l’eau de Luce, le savon de Starkey, etc.

Les morsures de Vipère, indépendamment de l'enflure qui en résulte, sont souvent suivies de défaillances, de nausées, de frissons et d’assoupissement. Le professeur Duméril, qui avait été mordu par une Vipère Péliade, fut pris de vomissements de bile, d’étourdissements, de faiblesses et tomba en syncope. Les ac-

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ÿ cidents, très légers du reste, cessèrent complètement le surlendemain.

« La petite quantité de venin qui m'avait été inocu- … jée, dit Duméril, a déterminé chez moi, vieillard actif — et vigoureux, âgé de près de soixante-dix-huit ans, « des accidents assez graves et surtout une sorte d'in- … sensibilité momentanée assez grave pour donner à pené ser qu'une personne plus faible, plus jeune, et surtout - un enfant, aurait pu succomber à ces accidents, » Charras, Redi et Fontana ont fait de Ad - expériences bien connues sur l’action du venin des Vi-

st d'une consistance à peu près oléagineuse; il est

d'une couleur jaunätre ; sa saveur, d’abord faible, ù + laisse ensuite dans l'arrière-bouche une âcreté insup- $ portable ; mis dans l’eau, il va au fond; si on l'y mêle, à il la blanchit légèrement; mis sur des charbons arà dents, il ne brûle pas; il n’est ni acide, ni alcalin; en k se desséchant, il jaunit, prend un aspect gommeux et « forme des espèces d'écailles.

- L'ancienne thérapeutique tirait beaucoup de médi- | caments de la Vipère, tels que la graisse, le sel volatil, ; le vin et le bouillon de Vipère qui passaient pour être - toniques et fortifiants. Le corps de ce Reptile, après avoir été desséché et pulvérisé, était infusé dans du

vin et employé comme remède souverain contre l’en- * flure ou météorisation des bestiaux; il est superflu d'insistér sur ces croyances absurdes.

Le genre Vipère est représenté en France par trois . espèces ; l'existence de l’une d’elles, la Vipère ammodyte, mérite, toutefois, d’être confirmée.

pères. Ce venin, au moment où il vient d'être sécrété, e

110 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE Vipère aspic (Vipera aspis. Dam. et Bibr.), Cette espèce est facile à reconnaitre à ses grands

crochets perforés, implantés dans la mâchoire inférieure, à sa tête elliptique, allongée, à face supérieure complètement plane et pouvant dans certains moments s'élargir en cœur; le museau est tronqué carrément, avançant sur la màchoire inférieure ; l'œil est petit, enfoncé; le cou est très distinct, grâce à la largeur de la partie postérieure de la tête; la queue est courte, conique, décroissant rapidement. Les écailles qui recouvrent le corps sont oblongues, imbriquées et carénées; l'extrémité de la queue est emboitée dans une écaille comme dans une sorte de cornel.

La Vipère aspic peut atteindre jusqu'à 0 m. 70 de lonsueur. Sa coloration est très variable : généralement le corps est lavé de brun, de roux, d'olivâtre, la teinte rousse prédominant. Parfois aussi la coloration varie du verdâtre, du noirâtre, ou du gris cendré au jaunâtre, au fauve, au rouge brique, teintes sur lesquelles des taches tranchent par leurs tons plus foncés. On remarque sur la tête une ligne transversale brune, un peu concave antérieurement, quelquefois interrompue au milieu et joignant les bords antérieurs des deux yeux ; sur le vertex se trouvent des points, généralement au nombre de quatre ou de cinq, puis, plus en arrière, et au sommet de la tête, deux traits bruns placés obliquement et convergeant dans la forme d’un V renversé. Sur la nuque existe une grande tache noire commençant la série des taches du dos qui forment, le plus souvent, une ligne sinueuse. Le dessous du corps est également très variable ; il est ordinairement gris d’acier ou noir.

Aspic, Vipera aspis, — Vipère, Vinera berus,

Ces variétés de coloration ont fait diviser les Vipères par les chasseurs et les paysans en trois espèces : la grise, la rouge, et la noire ; ces deux dernières ontlaréputation, plus ou moins justifiée, d'être les plus dangereuses.

Les mouvements des Vipères sont lents et permettent de ne pas les confondre avec les autres Serpents inoffensifs : tandis que les Couleuvres glissent rapidement, la tête élevée et en décrivant des sinuosités très allongées, la Vipère avance, le corps et la tête collés au sol, par des mouvements moins rapides qui tracent assez exactement un $S, dont les branches reviennent sur elles-mêmes.

La Vipère aspic recherche les coteaux secs et rocailleux inclinés vers le midi et couverts de ronces et de taillis. On la trouve moins dans les bois que le long ‘ des haies, au voisinage des tas depierres et des roches. « C’est ainsi qu'aux environs de Paris, dans la forêt de Fontainebleau, on a surtout la chance de voir des Vipères dans les gorges d’Apremont, aux grands rochers si pittoresques et si bizarrement découpés, au milieu des genèvriers rabougris et des fougères odorantes, . dans les endroits où le sol est recouvert de fragments de grès et d’aiguilles de pin. L’Aspic craint la pluie et le froid et ne chasse guère par le mauvais temps, si ce n’est parfois avant l'orage, alors qu'elle est particulièrement irascible. Peu malineuse, elle ne se montre au printemps et à l'automne qu'après la disparition de de la rosée. Dès la fin d'octobre et dans les premiers jours de novembre, Vipère et Vipéreaux se retirent dans quelque galerie souterraine, sous la mousse, dans un

creux d'arbre ou dans un vieux mur pour y attendre,

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