‹ Reptiles et poissons de l'Afrique occidentale. Étude précédée de considérations générales sur leur distribution géographiqueChapitre 18 sur 57 · I. OPOTÉRODONTES OU SERPENTS VERMI FORMES · texte numérisé non relu

I. OPOTÉRODONTES OU SERPENTS VERMI FORMES

Épanodontiens ou Typhlopiens.

Je n'ai à m'occuper ici que des deux genres, Ophthalmidion, Dum. Bib. et Onychocéphale, Id., Id.

Le premier renferme les Typblops à narines inférieures, à museau arrondi et à plaques pré-oculaires, particularités qui, lorsque l'on compare les espèces où elles se remarquent aux autres serpents de cette même famille, y permettent une coupe utile pour l'étude1. On ne connaît encore qu'un seul Ophthalmidion dans l'ouest de l'Afrique : l" Ophth. Eschrichtii, Dum. Bib. (Acontias punc talus, Leach? in Bowdich's Missionin Ashantee, p. 493), décrit d'abord parM. Schlegel comme Typhlops (Abbild., p. 37, pl. 32, fig. 13-16).

Les Oinjchocéphales2 ontélé nommés ainsi par mon père et par Bibron, à cause d'une sorte d'analogie qui se remarque entre la conformation de leur plaque rostrale et celle des ongles de l'homme. Il importe cependant de faire observer que cette ressemblance disparait en partie, dans les espèces où le bord libre de

\ . C'est en me conformant à ce système de classification, que j'ai pu rapporter au genre dont il s'agit deux espèces nouvelles (Cat. Rept. Mus. Par., 1851, p. 202 et 203) : Ophth. crassum, d'origine inconnue, et Ophth. fuscum, de Java. Deux autres étaient déjà décrites [Erpét. gêner., t. VI, p. 263 et 265), ce sont les Ophth. longissimum, Dum., Bib., de l'Amérique septentrionale, et Ophth. Eschrichtii, Id., Id. (Typhl. Eschr., Schl.), de la côte de Guinée.

2. M. Jan a inscrit dans le manuscrit de son Iconogr. descript. des Ophidiens, deux espèces nouvelles : Onych., Kraussi, de l'Afr. occid. (Musées de Milan, Stuttgart, Bàle), et O. Halloivelli de la Côte d'Or (M. de Bàle). — Voy. une Note relative à cette Iconogr., p. 190 et notre pl. xix. T. X. Archives du Muséum. 24

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la plaque est moins aminci et où, par conséquent, le bord antérieur du museau est plus mousse et plus épais. Malgré cela, la différence reste bien tranchée entre les Typhlopiens dont il s'agit et ceux qui appartiennent à d'autres genres également caractérisés par la situation en dessous des ouvertures nasales : ils sont les seuls, en effet, où le plan inférieur du museau dirigé presque horizontalement en arrière, soit nettement séparé du plan supérieur. Dans les autres genres, au contraire, ces deux plans se continuent, sans ligne de démarcation, par la courbe plus ou moins ouverte que suit la plaque rostrale pour atteindre en arrière et en bas l'orifice de la bouche.

J'insiste sur ce point, parce que l'une des espèces de l'Afrique occidentale a précisément le pourtour du museau mousse en avant, tout en présentant la disposition que je viens de signaler, et qu'elle appartient au genre Onychoccphale, malgré cette petite modification du caractère essentiel de ces Typhlopiens. Elle a reçu, de M. Hallowell, le nom de Onycliocephalus liberiensis; elle a été décrite' par ce zoologiste, qui en a obtenu un exemplaire de l'Académie de Philadelphie pour le Musée de Paris, où M. Aubi y-Lecomte en a déposé un autre spécimen parfaitement semblable au précédent.

En comparant les caractères de ces deux Serpents à ceux dont la description se trouve (Erpét. génér., t. VI, p. 333), dans l'article concernant l'espèce désignée par la dénomination de Onych. congestus, je suis frappé de la ressemblance qui paraît exister entre cette dernière espèce, que le Musée de Paris ne possède pas, et celle de M. Hallowell2. La similitude porte spécialement sur les particularités de conformation qui rendent ce Typhlopien trapu [congestus] , malgré la taille assez grande de nos individus, laquelle dépasse très-notablement les 0m266 que porte le Serpent envoyé en communication, il y a maintenant plus de quinze ans, au Musée de Paris, par M. Smith, car le spécimen dû à M. Aubry-Lecomte, a 0m580. Cette conformation est telle, que le volume du tronc est beaucoup plus considérable proportionnellement à sa longueur qu'il ne l'est dans tous les autres Onychocéphales, qui sont plus effilés, et dont les écailles forment un plus grand nombre de rangs transversaux.

En outre, le zoologiste américain, dans sa description, et les auteurs de YErpét. génér., en parlant de Y On. trapu, mentionnent la différence qu'on remarque dans la forme du museau des Serpents

4. Proceed. Acad. nat. se. Philad., 1848, t. IV, p. 59, pl. sans n°, fig. 1 et 2.

M. Hallowell, à la suite de la description de cette espèce, en mentionne une autre (Id., p. 60, même pl., fig. 3), qui est inconnue au Musée de Paris : Onycltocephalus nigrolineatus, également originaire de l'Afrique occidentale.

2. Je m'explique le double emploi dont il s'agit, par ce fait que, M. Hallowell, qui ne compare son Onychocéphale qu'à trois des espèces décrites dans le t. V de YErpét. génér., n'a pas connu celle qui y est nommée O. congestus, et dont l'histoire se lit dans une autre partie de ce môme volume.

C'est, en effet, sous forme de supplément aux Typhlopiens, que se trouve consigné, non à la p. 279, où aurait été sa place naturelle, mais à la p. 333, l'exposé des caractères des O. acutus, Dum., Bib., et O. congestus, Id., Id., venues à la connaissance des auteurs de cet ouvrage, seulement après l'impression de la feuille consacrée au genre dont elles font partie. La table des matières, au reste, rétablit l'ordre ainsi troublé dans le texte.

REPTILES DE l'AFIUQUE OCCIDENTALE.

qui leur ont servi de types, comparativement à celle du museau des autres espèces du même genre, chez lesquelles le bord, en étant plus mince, est, par cela môme, comme tranchant.

Les détails relatifs au système de coloration tendent également à confirmer l'identité. Nous trouvons, en effet, sur nos individus, comme le disent les deux descriptions, les régions supérieures noires, tachetées, çà et là, d'un jaune semblable à celui qui revêt d'une teinte uniforme les régions inférieures, où l'on rencontre, seulement vers les flancs, quelques maculatures noires.

On ignore la patrie de l'O. trapu. Conservé au Musée du fort Pitt, à Chatham, où sont renfermées les collections formées dans les colonies anglaises par les chirurgiens de la marine, ce Serpent provient peut-être de l'un des points de la côte ouest de l'Afrique.

En résumé, je suis donc porté à conclure que YOnychocéph. de Liberia [On. liberiensis, Hall.) est le môme que l'O. trapu [On. congesûus, Dum. Bib."), dont le nom a pour lui le droit de l'antériorité 1.

Une espèce bien distincte, à bord du museau plus tranchant, et que l'Académie de Philadelphie a reçue, comme la précédente, du Liberia, est nommée par M. Hallowell Onychocephalus nigrolineatus.

Le Musée de Paris ne la possède pas2.

Il s'y trouve, au contraire, une espèce du Gabon, à plaque rostrale terminée au niveau du museau par un bord tranchant, et que les zoologistes n'avaient point encore décrite quand je l'ai fait connaître. Elle offre une particularité tout à fait notable dans ce genre : tandis que toutes les autres espèces ont les yeux visibles sous les plaques transparentes qui les recouvrent, celle-ci semble complètement privée des organes de la vue, dont on ne trouve aucune trace.

On pourrait donc former dans ce groupe deux sous-genres renfermant, l'un, les espèces à yeux apparents, et l'autre, dont l'espèce nouvelle est jusqu'à ce jour un type unique, celles où ces organes sont tout à fait cachés sous les téguments 3. — Je l'ai nommée :

1 . J'ajoute, afin de ne rien omettre de ce qui concerne Y On. de Liberia, que M. Peters [Monatsber. Kœn. Preuss. Akad., 1854, p. 620) dit, en parlant de l'espèce originaire de la côte de Mozambique, nommée par lui On. dinga : On. Liberiensi Hallowellii similis, sed sento rostrali angustiore, naribus magis approximatis.

2. Proceed. Acad. nat. se. Philad., 1848, t, IV, p. 60, et Jour». Je, 2e série, 1854, t. II, p. 301 , pl. xxmii, fig. 1 . — Cet Onychocéphale est remarquable par son système de coloration consistant en de nombreuses lignes noires, longitudinales, sur un fond gris d'argent.

3. Au premier sous-genre (yeux apparents), il faudrait rapporter d'abord les cinq es| ères décrites dans VErpét. génér. : (1° On. De/alandii, Dum., Bib., du Cap; 2° On. multilineatus, Id., Id., de la Nouv.-Guinée; 3° On. unilineatus, Id., Id., deCayenne; i° On. aculus, Id., Id.; et 5° On. congestus, Id., Id., ces deux derniers d'origine inconnue); puis trois espèces de l'Afrique australe, décrites et figurées par M. A. Smith [Illust., pl. li et uv), et qu'il a nommées On. Iiibronii, eapensis et

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V. Ojvychocéphale aveugle, Onychocephalus cœcus, À. Dum. Idem., Id., Revue de zool., 1856, p. 462, pl. xxr, fig. 4, 4a, 46, 4c. ■.

Plaque rostrale à bord antérieur mince et tranchant, à portion sus-céphalique très-grande et irrégulièrement ovalaire ; yeux invisibles; queue conique, courbée, d'une longueur à peine égale à la largeur de la tête et armée d'une petite épine; teinte d'un brun clair uni/orme.

La forme générale de cet Onychocéphale est analogue à celle des autres Serpents de la même famille, mais il se rapproche surtout des espèces les plus effilées.

De chaque côté de la rostrale, qui est très-grande, il y a une fronto-nasale prolongée en arrière, aussi loin que cette plaque médiane, et repliée sous le museau, où l'on voit, entre elle et la portion inférieure de la rostrale, une très-petite nasale commençant en pointe au niveau de la lèvre supérieure, et se terminant à la narine. Quant aux autres plaques de la tête, la détermination de celles que l'on pourrait considérer comme oculaires, pré-oculaires et sur-oculaires, est rendue impossible par le fait même de l'absence des yeux, et il n'y en a véritablement qu'une seule à signaler de chaque côté : elle est plus petite que la fronto-nasale, dont elle suit le bord postérieur. Enfin, derrière la rostrale, on en voit une plus large que longue : c'est une frontale; toutes les autres pièces squammeuses, qui entourent ces dernières, ne sont pas plus grandes que les écailles du tronc 2.

On compte quatre paires de sus-labiales séparées, sur la ligne médiane, par un petit prolongement de la rostrale, qui complète le revêtement squammeux de la lèvre. La queue est extrêmement courte: elle porte 0m005, et ne représente ainsi que la soixante-seizième partie de la longueur totale; celle-ci est de 0m, 38 sur le plus grand de nos deux exemplaires, à peine plus long que l'autre.

Le système dentaire est semblable à celui des autres Typhlops formant la famille des Épanodontiens, c'est-à-dire que la mâchoire inférieure manque de dents, et qu'il y en a seulement trois ou quatre sur chacun des deux petits os sus-maxillaires 5.

verticalis; enfin, les quatre espèces du Mozambique, dont on doit la connaissance à M. Peters [Monatsber. Kœn. Preuss. Akad., 1854, p. 620) : On. mucruso, mossambicus, trilobuset dinga.

Quant aux Typhlopiens que M. Gray (Catalogue of Liz., p. 132 et suiv.) place dans son genre Onychophis , un seul : {On. punctata), de Fantin, sur la Côte d'Or (Guinée), devrait, en raison de cette origine, être signalé ici, mais ce n'est qu'un synonyme de YOphthalmidion Eschrichtii, Dum., Bib., décrit d'abord par M. Schlegel (Abbild., p. 37, pl. xxxn, fig. 13-16) comme Tijphlops Eschr.

1. La liste des Reptiles de l'Afrique occidentale dressée par M. Gray (Proceedings zoological Soc. Lond., 1858, p. 155-167), et dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, ne mentionne pas cette espèce, ni celles dites Anisoterme sphénopsiforme , A. Dum., et Stenodactylus caudicinctus, Id.; les deux premières ont été décrites dans les n°* de la Revue de zoologie, 1856, où sont signalés d'autres Reptiles du Gabon que j'ai fait connaître, et qui figurent cependant sur cette liste. J'ai signalé la troisième en 1851 (Id., p. 479, pl. xiii). Outre ces oublis et plusieurs autres, relatifs à des espèces anciennement connues, il y aurait à relever quelques erreurs de dénominations ou de citations qu'on remarque dans ce Catalogue nominal, rédigé sans doute un peu hâtivement.

2. H est à observer, au reste, que les dénominations employées pour les plaques sus-céphaliques dans les Serpents ordinaires sont souvent d'une application difficile chez la plupart des Typhlopiens, dont la région postérieure delà tète est revêtue de pièces très-peu différentes du reste de l'écaillure.

3. Ce système dentaire si remarquable et celui des Catodoniens, qui n'ont des dents qu'à la mà-

En terminant, je mentionne Typhlops maculatus, Schl., de Guinée (Nomencl. mus. Berolin, 1856, p. 21 ;) T. Troscheli, Jan de la même contrée, que possède le Musée de Milan ; puis T. cœcatus, Jan, de la Côte-d'Or (Musée de Bàle). — Enfin, il y a, à Milan et à Stuttgart, un Catodonien : Stenostoma Sundevalli, Jan (Àfr.occid.). — Voy. pour les Typhl., la pl. xix, d'après M. Jan.

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