IV. PROTÉllOGLYPHES 4 OU SERPENTS COLUJ3RIFORMES VENIMEUX
Des deux familles dont se compose ce quatrième sous-ordre des Ophidiens, il en est une, celle des Serpents de mer ou Platycerques, dont il ne doit point être
1 . Les figures, ajoute M. Jan, dans la lettre où il me transmet ces détails, n'ont pas une exactitude suffisante, comme il en a acquis la preuve par l'étude des animaux eux-mêmes.
2. Voyez plus haut, p. 209, ce qu'il est dit de l'Opétiodonte (O. cynodon.)
3. Il ne peut pas être fait ici mention d'un Serpent de Liberia, qui, inscrit par M. Hallowell {Proc. Ac. PhiL, 1844, t. II, p. 119) comme Dipsas carinalus, nom déjà donné par Reinwardt à une espèce javanaise du même groupe [Pareas carinalus, Wagl., Erpét. genér., t. VII, p. 439), a été ensuite décrit de nouveau par le zoologiste américain [ld., 1857, p. 69) sans dénomination générique. Toutes les dents manquant sur le seul spécimen qu'il ait eu à sa disposition, il ne lui a pas été possible d'assigner un rang déterminé à cet Ophidien. Il porte sur la liste de M. Gray le n° 63, mais il ne figure pas sur la nôtre par les motifs qui viennent d'être indiqués.
4. Quelles que puissent être les divergences d'opinion entre les zoologistes sur l'exactitude de cette dénomination (Fischer, S°eschlangen, Hamb., 1856, p. 19 et 20; Jan, Correspondance particulière), ]a réunion des espèces qui forment le groupe dont il s'agit, n'en est pas moins très-naturelle. Chez un certain nombre de ces Ophidiens, les dents antérieures sont, il est vrai, parcourues par un canal vénénifere, au lieu d'être simplement munies d'un sillon sur leur face convexe, contrairement à ce que le
question dans ce travail. Jusqu'à présent, en effet, on n'a trouvé ces singuliers Reptiles que dans l'Océan indien. L'autre famille, au contraire, celle des Serpents de terre et d'arbre ou Conocerques, est représentée dans l'Afrique occidentale par des espèces fort intéressantes.
Conocerques.
Deux sous-divisions peuvent être établies, suivant que les crochets vénéuifères sont, ou non, suivis de dents simples.
Première Sous-divisiom. — Conocerques à crochets a venin, sans autres dents solides, lisses ou sillonnées sur l'os sus-maxillaire '.
Le principal genre dans ce groupe est celui des Elaps, dont M. Jan a rapproché deux Serpents qui sont devenus, ajuste titre, dans son Prodrome d'une Iconogr. descript. des Ophid. (Rev. zool., 1858, p. 519 et 520), les types de deux genres nouveaux comprenant chacun une espèce : 1° Microsoma Xeuwiedi, Jan (Id., 1859, pl iv), de Christiansbourg (côte de Guinée), dont le seul exemplaire connu jusqu'à ce jour a été placé dans la riche collection de M. Westphal- Castelnau par le savant prince auquel M. Jan l'a dédiée; 2° Polemon Barlhii, Id. (/(/., 1859, pl. v). Le Serpent unique, décrit sous ce nom, appartient au Musée de Munich, et a été recueilli en Guinée par le célèbre voyageur allemand Barth, dont j'ai rappelé plus haut les hardies explorations dans le centre de l'Afrique (p. 142).
nom proposé par les auteurs de YErpét. génér. est destiné à rappeler. Cependant, il va toujours assez de caractères importants et tranchés pour conserver et aux Ophidiens colubriformes à mâchoires armées en avant de crochets venimeux, et aux Serpents de mer le rang si nettement délimité, qui leur a été assigné dans cet ouvrage. Les noms de Serpents fallaeif ormes ou Apistophides également proposés (t. VI, p. 71), ont d'ailleurs pour but d'appeler l'attention sur l'apparence trompeuse de ces espèces. Malgré leur conformation générale, fort analogue à celle des Couleuvres, elles sont, en effet, munies d'armes très-redoutables. Seulement, leurs crochets vénénifères se dislinguent de ceux des Solénoglyphes, en ce qu'ils ont de plus petites dimensions et sont moins mobiles à cause de la longueur plus considérable des os sus-maxillaires, qui, par cela même, ont plus de fixité dans leurs articulations avec les autres os du crâne.
1. Cette pr emière Sous-division comprend les sept genres suivants : * Microsoma, Jan ; * Polemon, Id.; Elaps, Wagl. (Schn.); * Àtractaspis, Smith; * Dendraspis, Schleg.; [* Sepedon, Merrem; * Causus, Wagl.
Les* signalent les genres dont on a, jusqu'à ce jour, rencontré des espèces dans l'Afrique occidentale. Voyez plus loin la deuxième Sous-division, p. 217.
214 ARCHIVES DU MUSÉUM
Quant aux Elaps, dont deux espèces anciennement connues [E. hygiœ, Merr., et lubriçus, Laur.) vivent au cap de Bonne-Espérance, on ne parait pas en avoir encore trouvé à l'ouest1.
Le genre Atractaspis a été établi par M. A. Smith à l'occasion d'un Serpent du Cap, recueilli plus tard sur la côte de Mozambique par M. Peters (Monatsber., 1854, p. 625). Le zoologiste anglais, le croyant nouveau, s'est plu (Illustr. zool. S. Afr., pl. lxxi) à l'appeler, par la dénomination spécifique dont il s'est servi pour le désigner, l'amitié et l'estime qu'il portait à Bibron : il l'a dédié à notre savant compatriote. — Ce n'est pas seulement dans le sud et à l'est que l'on trouve ce Serpent ; il vit aussi à l'ouest, et avait été déjà décrit par Beinhardt, sous ce nom : Elaps irregularis (loc. cit., p. 264, pl. m, fig. 1-3). M. Jan, de son côté, d'après un exemplaire du Musée de Stuttgart, provenant de Sierra-Leone, a reconnu l'identité de ces deux Serpents, et nous, du nôtre, nous avons fait récemment la même remarque depuis qu'un individu originaire du Cap, acquis par notre Musée, a pu être comparé à la description donnée par le zoologiste danois. Le Serpent dont il s'agit y devient donc, comme dans ceux de Stuttgart, de Milan et de Londres : Atractaspis irregularis.
M. Hallowell inscrit [Proc. Ac. nat. se. Ph., 1 857, t. IX, p. 70) , sous le nom de Atractaspis corpulentum, un serpent du Liberia qu'il avait d'abord considéré (hl., 1854, t. VII, p. 99) comme le type d'un genre particulier : Brachycranion corpulentum2. Il se distingue surtout de l'Âtr. irrégulier, en ce qu'il porte 25 ran-
1 . L'histoire intéressante des Elaps a été présentée avec beaucoup de détails dans VErpét. genér., t. VII, p. 1 191-1243. Les comparaisons auxquelles M. Jan a pu soumettre presque tous les Serpents de ce groupe conservés en grand nombre dans la plupart des Musées de l'Europe, lui ont permis des vérifications utiles pour les déterminations spécifiques. Elles ont donné lieu à des additions importantes, consignées dans le mémoire cité, auquel, outre les trois planches insérées dans la Revue de zoologie, 1859, sous les nos 4, 5 et 9, il a ajouté, dans un tirage à part, la représentation coloriée de quatorze espèces nouvelles, dont douze sont originaires de l'Amérique du Sud, une de l'Australie et une autre de l'Asie.
De plus, M. Giinther a repris dernièrement l'étude de ces Ophidiens, et il a fourni quelques nouveaux matériaux utiles à joindre à ceux que la science possédait déjà. [Proceed. zool. Soc. Lond., 1859, p. 79-89, pl. XVI-XVIII),
Enfin, par un examen attentif et tout récent des richesses du Musée de Paris, j'ai vu que d'autres espèces nouvelles doivent prendre rang dans ce genre où elles sont déjà si nombreuses. J'espère pouvoir en donner la preuve par une publication prochaine accompagnée de dessins coloriés, qui sont déjà exécutés par les soins de M. Bocourt. /
2. Le motif de cette coupe générique était que les plaques sus-céphaliques sont seulement au nombre
gées longitudinales d'écaillés au lieu de 20. Il y a, d'ailleurs, de grandes analogies, tant pour le système de coloration que pour les autres caractères, et peut-être ne sont-ce pas des espèces différentes.
Enfin, la sous-division des Conocerques sans dents derrière les crochets antérieurs renferme deux espèces arboricoles très-remarquables, qui peuvent être considérées comme les types d'une
Sous-famille, les Dendraspidiens.
Corps ol/ongé el mince; tête étroite, plus ou moins distincte du tronc; queue effilée et trèslongue; écailles du tronc lisses, grandes, obliques; gastrostcges remontant sur les flancs.
La teinte générale de ces Serpents d'arbre est verte et favorise leurs instincts destructcuis en laissant à l'oiseau qu'ils guettent une sécurité trompeuse, car leurs contours se perdent au milieu du feuillage qui les abrite.
Il n'y a, dans cette sous-famille, qu'un seul genre :
Dendkaspide, Dendraspis, Schlegel.
Aux caractères tirés de la conformation générale, et qui sont ceux que je viens d'énumérer en parlant de la sous-famille à laquelle il appartient, on peut joindre les suivants :
Neuf plaques sus-céphaliques régulières; frontale moyenne large et courte; plaque frênaie nulle, et dont la place est occupée par une portion repliée de la frontale antérieure ; narines percées chacune entre deux plaques; anale et gastrostéges divisées.