V. SOLÉNOGLYPHES OU SERPENTS VENIMEUX PROPREMENT DITS
YlPÉRIENS
(Serpents venimeux sans fossettes nasales.)
Les serpents de celte première famille recueillis dans l'Afrique occidentale sont très-remarquables par l'ensemble de leurs caractères et aussi par leur système de. coloration. Ils appartiennent au genre Echidnée de Merrem , surtout distinct par l'extrême aplatissement de la tête , par sa largeur en arrière et par la direction des narines, qui sont ouvertes, non sur les côtés, mais en dessus.
Trois espèces, dans ce groupe, doivent être mentionnées. La plus anciennement connue est la Couleuvre hébraïque de Lacépède, qui, déjà figurée dans Séba, est devenue, pour Cuvier, la Vipère à vomie (/nette, et plus tard pour Merrem, Echidna arietans, dénomination qu'elle doit désormais conserver. Elle a été représentée par Wagler (Icônes amphib,, pl. xi, avec texte explicatif) et dans V Atlas de YErpét. génér., pl. lxxix bis, très-bonne figure. Elle est assez connue pour qu'il soit inutile d'en donner une description dont tous les détails d'ailleurs se trouvent dans l'ouvrage que je viens de citer (t. VII, p. 142G). Nous l'avons reçue du Cap et de l'Ouest. Plusieurs individus originaires du Sénégal ont vécu h la ménagerie du Muséum-.
Nous y avons également conservé pendant un temps assez long un exemplaire d'une très-belle espèce du Gabon. C'est la suivante :
1. Des deux familles que comprend ce Sous-ordre, les Vipériens et les Crotaliens ou Bothrophides , la première doit seule nous occuper, car toutes les espèces du second groupe sont américaines ou asiatiques.
2. Une autre espèce de l'Afrique occidentale, qui nous est inconnue, a été nommée par M. Gray Clotho lateristriga [Zool. mincell., -1812, p. 69, et Cat. of Snakes. 1849, p. 26).
ARCHIVES DU MUSÉUM
Échidnée rhinocéros, Echidna rhinocéros (Vipera rhin.), Schlegel, (Mus. de Leyde) *.
Echidna gabonica, D., B., Erpét., t. VII, p. 1428, pl. lxxx bis. On croyait l'espèce nouvelle. Elle avait été cependant déjà décrite et figurée par M. Hallowell, sous la dénomination improprede : Cérastes nasicornis, Wagl., Proc.Ac. nat. se. Philad., 1 847, t. III, p. 319, avec fig. 2.
Museau court et obtus, portant entre les narines, qui sont três-rapprochées et dirigées en dessus, deux grandes écailles fortement carénées et comme épineuses ; treize à quinze plaques sus-labiales 3 ; teinte générale, d'un brun rougeâlre velouté, formant : 1° sur les flancs, de grandes taches circonscrites par du brun verdatre, bordé de blanc; 2° sur le milieu du dos, des parallélogrammes réguliers.
Le système de taches dorsales est complété par d'autres taches triangulaires, d'un brun verdàtre, appuyées par leur base sur les extrémités de chacun des parallélogrammes, qui se trouvent, par cela même, séparés entre eux, en avant comme en arrière, par deux de ces taches en triangle, dont l'adossement, sommet à sommet, rappelle la figure d'un sablier. Ce remarquable ensemble de figures géométriques sur la ligne médiane constitue un caractère tout à fait tranché 4. — Du Gabon.
Échidnée nasicorne, Echidna nasicornis, Merrem.
1790. Coluber nasicornis, Shaw, Natur. miscell., t. III, pl. xciv.
1802. Idem, Id., Gêner, zool., t. III, part, n, p. 397, pl. civ.
1803. Viper a nasicornis, \)mà.,Rept., t. VIII, p. 322; et 1 843, Reinhardt, Nogle nye Slangearter in Kongel. Danske vidensk., t. X, p. 273, pl. m, fig. 8 et 9.
1830. Cérastes nasicornis, Wagler, Syst., p. 178.
1 . Je donne ici la synonymie de cette espèce et celle de la suivante, E. nasicornis, parce qu'il règne quelque confusion sur ce sujet dans des écrits récents, où la distinction spécifique entre ces deux Vipériens n'est pas suffisamment indiquée.
2. Il est convenable d'employer ce nom de Céraste uniquement pour les Serpents venimeux, dont le bord sus-oculaire est revêtu d'écaillés plus ou moins saillantes. Les espèces rapprochées par ce caractère remarquable d'une saillie surciliaire doivent former un genre. Elles ne constituent cependant, avec les vraies Vipères, les Échidnées et les Échides, que de simples groupes dans le Prodrome de M. Jan, qui éloigne seulement du grand genre Vipère YAcanthophis cerastinus, Daud.
3. Pour cette espèce, comme pour les deux autres Échidnées de l'Afrique occidentale (E. arietans et E. nasicornis), il n'y a pas identité absolue entre les nombres offerts par les exemplaires du Musée de Paris, et ceux que M. Jan a indiqués dans son Prodrome (Rev. dezool., 1 859, p. 152). Ces nombres ne constituent peut-être donc pas de vrais caractères spécifiques.
4. On trouve de très-intéressantes indications sur les mœurs et sur les effets terribles du venin de cette redoutable Echidnée in Proc. Ac. nat. se. Phi/., 1848, t. IV, p. 37. Elles sont dues au Révér. docteur Savage, missionnaire dans l'Afr. occid., où il a recueilli de nombreux et importants documents sur l'histoire naturelle de ces contrées. Ainsi, sur les Amphisbéniens dont j'ai parlé plus haut (p. 1 83), il a donné de curieux détails relatifs à la crainte inspirée aux nègres par ces animaux qu'on rencontre, d'ordinaire, dans les nids de Termites, et auxquels ils attribuent la plus funeste influence. {Id., p. 37.)
1842 et 1819. Clotho na.sieornis, Gray. Zoolog. miscell., p. 09, et Cat. snakes, p. 25. 1854. Fipera hexacera Dum., Bib., Erpét. génér., t. VII, p. 1416 et Atlas, pl. lxxviii bis, fig. 2, la tète vue de profil.
1857. Echidna nasicornis, Hallow., Proceed. Je, nat. se. Philad., t. IX, p. 62.
Museau obtus, portant, entre les narines, qui sont très-rapprochêes et s'ouvrent , non pas directement en haut, mais en dehors et en dessus, trois paires d'écaillés, dont la troisième ou la postérieure est la plus longue, et simule une sorte de petite conque triangulaire, à concavité dirigée en dehors; dix-sept à dix-huit plaques sus-labiales ; sur le dos, de grandes taches en parallélogrammes, angulairement échancrées à chacune de leurs extrémités.
La teinte générale est un brun verdàtre plus foncé sur la région médiane que partout ailleurs, et formant, sur cette région, une grande tache sus-céphalique triangulaire, bordée de jaune, dont le sommet antéiieur très-aigu, vient se perdre entre les narines. Celte teinte foncée est relevée tout le long du dos, par des lâches allongées, à bords parallèles, verdâtres, entourées de jaune et traversées dans leur milieu, d'avant en arrière, par une ligne également jaune. Ces taches représenteraient des parallélogrammes, si elles ne se terminaient, à chacune de leurs extrémités, par deux prolongements angulaires, de façon qu'elles sont comme bifurquées en avant et en arrière.
Ce système de coloration, non moins remarquable que celui de l'espèce précédente, dont il se distingue et par la teinte générale et par la forme des grandes taches dorsales, suffirait pour éloigner l'une de l'autre ces Échidnées. Elles diffèrent, en outre, par l'aspect et lê nombre des prolongements écailleux de l'espace inter-nasal.
Reçue primitivement de la Guinée, cette Échidnée a été prise au Gabon par M. Aubry-Lecomte. Les Musées de Milan et de lia le ont des exemplaires de la Guinée et de la Côte d'Or.