II. Hyljeformes
Un Batracien de cette famille, qui vit dans l'Afrique occidentale, et que M. Hallowell a nommé Rana albolabris [Pr. Ac. nat. se. Phil., 1856, t. VIII, p. 153) , offre tous les caractères sur lesquels M. Tschudi s'est appuyé pour former le genre Hylarana. Cette dénomination a, en effet, pour but de rappeler que les Anoures ainsi désignés sont des Rainettes, dont la conformation générale est très-analogue à celle des Grenouilles. Le nom de Limnodyle, qui est plus en rapport avec les principes de nomenclature posés par Linné , a été créé par les auteurs de YErpét. génér. (t. VIII, p. 510).
La Rainette dont il s'agit est donc devenue, dans ma Note sur les Rept. du Gabon (Rev. zool., 1856, p. 561), Limnodytes albolabris, dénomination que M. Hallowell a lui-même adoptée (Proc., 1857, t. IX, p. 72) dans sa liste des Reptiles du Gabon. Elle figure également dans celle de M. Gray (Proc. zool. Soc. Lond., 1858, p. 165, n° 103 ) et dans le Catal. de M. Gùnther, p. 73, où les Batraciens de ce groupe portent le nom générique de Hylarana.
L'Académie de Philadelphie nous a adressé un des types de cette espèce , et nous avons reçu du Gabon, par les soins de M. Aubry-Lecomte , des individus parfaitement identiques au précédent.
La représention que je donne de cette belle espèce , pl. xvm, fig. 2 et 2a, me dispense d'ajouter aucun détail à la description de M. Hallowell. On voit par ce dessin que la forme générale, la conformation et les grandes dimensions de la langue , la présence des dents vomériennes, puis le développement médiocre des disques digitaux, attestent de la convenance du classement de ce Batracien dans le genre Limnodyte.
Le même zoologiste a décrit (Proceed., 1844, t. II, p. 60) une Rainette du Liberia qui nous est inconnue , et dont les caractères bien tranchés sont ceux du genre Ixale, Dum., Bib. (Erpét. génér., t. VIII, p. 523). Il l'a nommée /. con color. Elle est, jusqu'à ce jour, la seule espèce africaine que renferme ce groupe : tous les autres Ixales sont indiens. Elle n'est pas mentionnée dans le Cat. de M. Gùnther, mais elle est portée sur la liste de M. Gray, n° 105.
Le genre Eucnemis , Tschudi , qu'il est plus convenable de nommer Hypero-
lius1. se trouve abondamment clans les différentes régions de l'Afrique. Notre Musée ne possède cependant pas une seule espèce de la côte occidentale. Celle qui est inscrite dans VErpét. génér., t. VIII , p. 528, (E. viridiflavus , Dum., Bib.), et dont le type est originaire d'Abyssinie, a été rencontrée, depuis cette époque, au Sénégal (Gûnther, Catal., p. 85) 2.
Le genre Rainette proprement dit (Hyla), tel qu'il est conçu maintenant par les erpétologistes, qui y ont laissé seulement les Hylœformes , dont nul caractère particulier ne permet le classement dans une autre coupe générique de ce vaste groupe5, comprend-il des espèces de l'Afrique occidentale?
M. Hallowell le pensait lorsque, en 1854 (Proc. Act. nat. se. Plu't.,t. VII, p. 103), il décrivait celle qu'il a nommée Hyla punctataà, et sur laquelle il a
1. De ÛTOpûa palais et Aeïov lisse, substitution de nom proposée par M. Rapp {Wiegm. Erichs., Arch., 4842, t. I, p. 290), à cause de l'emploi fait par Ahrens de la première dénomination, qui signifie bien membre ( eQxvvi^iç ) , pour un genre d'insectes coléoptères. Ce double emploi , signalé par mon père [Erpét. génér., t. VIII, p. 525 ) , a cependant été conservé dans son ouvrage.
2. Ce Catalogue indique la présence au Musée de Londres des espèces suivantes, qui ont été recueillies à l'Ouest, et en particulier dans le royaume d'Angola, sur la Côte d'Or et à Fernando-F'o : H. parallelus, Giinth., Catal., p. 86, pl. vin , fig. A ; H. ocellatus, Id., II. plicatus , Id., p. 88, pl. vu , fig. A, B et C; H. marmoratus , Rapp., loc. cit., p. 289, du Natal ( Catal., p. 85) ; //. modestus , Schl. ( Idem , p. 88 ) . Il y a , en outre , une espèce de la Côte d'Or que possède le Musée de Berlin : //. (Eucn.) bucephalus , Schl. [Nomenclator Rept. et Amph. Mus. Berolin., 1856 , p. 36, sans description). Ce même Musée, quia reçu de si nombreuses richesses de la côte de Mozambique par les soins de M. Peters, possède cinq espèces nouvelles décrites par cet habile zoologiste [Mono tsber. der Kœn. Preuss. Akad., 1854, p. 627, et Wiegm. Arch., 1855, 1. 1 , p. 56). M. Bianconi, dans son bel ouvrage [Specim. zool. Mozamb. , p. 1 6 , Rept., pl. v, fig. 1 et 2 ) , a fait connaître deux espèces également distinctes. En ajoutant à ces espèces les trois de l'Afrique australe nommées par M. Tschudi //. Horstockii, et par Suudevall //. verrucosus, et H. tuberilinguis, (A.Smith, Illustr. zool. S. Af'r., Appendix , p. 26) , puis celle que M. Gunther appelle H. guttulatus (d'Afrique, sans indication plus précise), etenfin, les H. seychellensis, Tsch., madagascariensis, Dum., Bib., le genre essentiellement africain, dont on ne connaissait que quatre espèces à l'époque de la publication du t. VIII de VErpét. génér., 1841 , en renferme aujourd'hui dix-neuf, et même vingt, si H. bicolor, Giinth., appartient réellement à ce groupe.
3. J'ai cherché, en 1834, à bien préciser les caractères du genre Rainette, et à lever quelques-unes des difficultés que présente l'étude comparative de ses nombreuses espèces , dans un travail ayant pour titre : Mémoire sur les Batraciens anoures de la famille des Hylœformes ou Rainettes ( Ami. des se. nat. Zool., 3e série, t. XIX, p. 167).
4. Cette dénomination spécifique ne peut pas être acceptée, Daudin, dès 1803 (Hist. Rain. Gren. Crap., p. 41 ), l'ayant appliquée à la Rainette dite par Schneider ( Hist. Amph. Fasc., 1 , p. 470 ) Calamita punctata.
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fourni ultérieurement des détails très- précis relatifs au système de coloration [Ici., 1857, t. IX, p. 65). Je le croyais également en 1856, car dans ma yVofesur les Reptiles du Gabon {Rev. zool., p. 561 ), j'ai signalé,. en la dédiant à M. Aubry-Lecomte (Hyla Aubryi), une espèce que je supposais nouvelle ; mais plus tard , en 1857, par suite de la seconde description de M. Hallowell, j'ai reconnu l'identité avec la R. ponctuée ; //. punclata) de ce zoologiste.
Il n'est cependant pas possible, comme le démontre une observation faite par M. Gùnther, de laisser ce Ratracien hylseforme dans le genre Rainette, dont l'un des caractères se tire de l'élargissement en palette triangulaire des apophyses transverses de la vertèbre sacrée. Ces apophyses, en effet, sont cylindriques ici, selon la remarque consignée dans le Cat. of the Batr. salientia (p. 89), et un peu renflées à leur extrémité externe ou articulaire.
Sous tous les autres rapports, cette espèce ressemble tellement aux véritables Rainettes qu'on ne peut pas supposer avec M. Gùnther [Cat., p. 144) qu'elle soit identique à celle dite par M. A. Smith (///. zool. S. Afr., Appendix, p. 25) Polypedates natalensis. Rien, en effet, dans les détails, et spécialement parmi ceux qui concernent les couleurs, ne motive cette assimilation à un Hylœforme inconnu dans les Musées de Londres et de Paris, mais qui doit offrir, on n'en saurait douter, d'après la détermination de l'auteur des lllustr., les caractères propres au genre Polypédate, et dont le principal consiste dans la forme et les grandes dimensions de la langue.
Il est également impossible de considérer la Rainette d'Aubry comme identique à l'espèce que j'ai nommée Hylambates maculatus (Ann. des se. nat. Zool., 3e série, t. XIX, p. 162, pl. vu, fig. 1, la, \b et 4). Ce rapprochement que M. Gùnther propose (Cat., p. 144) n'est fondé sur aucun des caractères spécifiques propres à l'une et à l'autre espèce1.
Ainsi, celle de l'Afrique occidentale, dont on doit la première indication à M. Hallowell, se distingue de VHyl tacheté, 1° en ce qu'elle a le museau plus court, moins plat; 2" parce que l'arc décrit par les mâchoires appartient à une courbe d'un plus petit diamètre. Le système de coloration, d'ailleurs, est fort différent. Ces dissemblances sont très-bien exprimées sur les figures que j'ai données de ces Ratraciens dans les Ann. des se. nat., loc. cit., pl. vu,
1 . UHylambate tacheté est compris au nombre des animaux que M. Peters a rapportés de la côte de Mozambique. Il le signale {Monatsb. Kœn. Preuss. Akad., 1854 , p. 626 , n° 77).
et sur la pl. xvm ci -jointe, où les fîg. 3 et 3a représentent, sons le nom de Rainette d'Aubry, l'Hylaeforme de la côte occidentale.
Ces réserves faites quant à la réunion proposée par M. Gùnther, mais complètement inadmissible, des trois Batraciens dont il s'agit (Hy la Aubryi, A. Dum. [H. punctata. Hall.], Polypedates natalensis, A. Smith, Hylambates maculatus, A. Dum.), sous une même dénomination spécifique, je reconnais, avec l'auteur du Calai, des Anoures du Musée de Londres, la nécessité, comme je le dis pins haut, de détacher l'espèce de M. Hallowell du genre Rainette, dont l'éloigné la forme des apophyses transverses de la vertèbre sacrée.
Le nom générique de Leptopelis (>£tcto;, mince, ttsWùç, bassin) serait convenable à cause de l'indication qu'il fournil du caractère anatomique essentiel. II n'était cependant pas nécessaire d'établir un nouveau genre, car la diagnose que j'ai présentée du genre Hylambate est tout à fait applicable à l'espèce dont je m'occupe en ce moment1. Elle devient donc dans nos collections :
X. Hylambate d'Aubry, Hylambates Aubryi, A. Dum. Pl. XVIII, 6g. 3 , 3a.
Tronc court et ramassé ; tête large , épaisse, à museau court , arrondi, à peine proéminent : yeux volumineux et saillants ; deux petits groupes de dénis voniériennes ne touchant pas aux arrière-narines ; région supérieure a granulations nombreuses , petites et inégales; celles des régions inférieures beaucoup plus prononcées sous le ventre et sous les cuisses que partout ailleurs; teinte générale d'un brun jaunâtre ou d'une nuance lie de vin, irrégulièrement marbrée de noir.
Les particularités suivantes indiquées par M. Hallowell se remarquent sur tous nos exemplaires et constituent de bons caractères distinclifs : « Immédiatement au-dessus de l'anus, on voit une ligne jaune, un peu ondulée, commençant, de chaque côté, sur la région postérieure de la cuisse; une semblable ligne longe le bord postérieur des avant-bras et se continue sur les mains».
4. Voici cette diagnose telle que je l'ai donnée {Ann. se. nat., loc. cit., p. 464 ) : « Langue cordiforme, médiocre , libre.cn arrière; deux groupes de dents voniériennes au niveau du bord postérieur des arrière-narines; tympan peu distinct ; orifices des trompes d'Eustachi médiocres; doigts complètement libres; orteils palmés dans la moitié de leur longueur; saillie du premier os cunéiforme peu apparente; disques digitaux bien développés; un sac vocal chez les mâles; apophyses transverses de la vertèbre sacrée non dilatées en palettes triangulaires. »
M. Hallowell dit que les doigts sont légèrement, palmés chez sa Rainette; mais, par le fait, cette palmure est si peu considérable qu'il n'en faut pas tenir compte. Il n'y a pas de sac vocal sur nos trois individus, qui sont peut-être des femelles. — Le genre Hylambate comprend donc deux espèces.
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