CHAPITRE III
NOUVELLES INSTALLATIONS MARITIMES DU ROSARIO DESCRIPTION GÉNÉRALE DES TRAVAUX
Los améliorations et nouvelles installations maritimes du port sont situées en aval des <|iiais nationaux et s'étendent devant la ville sur une longueur d'environ, 4 kilomètres de la rive droite du Parana.
Elles comportent :
La construction de 3 510 mètres de quais eu bordure de la rivière avec 6'", r>0 d'eau à leur pied et l'aménagement d'un bassin de cabotage ayant 370 mètres de pourtour, soit une longueur totale de 3870 mètres de quais nouveaux en bordure du chenal du Parana le plus proche de la ville.
La régularisation et l'approfondissement à 7 mètres de ce chenal; la création, en arrière des quais, de terre-pleins clôturés sur lesquels seront établies toutes les rues et voies de circulation, voies ferrées et gare de triage, ainsi que la liaison entre toutes les compagnies de chemins de fer, aboutissant au Rosario, soit, en tout, environ 100000 mètres carrés de chaussées, 37 kilomètres de voies ferrées et 0 kilomètres de grilles de clôture.
La construction de 25 entrepôts et magasins d'une surface totale de 51500 mètres carrés et celle d'un élévateur à grains avec silos d'une capacité de 30 000 mètres cubes.
La fourniture de tout l'outillage du port, soit une station génératrice d'une puissance de 1 500 chevaux pouvant produire la force et la lumière, 2 grues fixes de 10 et 30 tonnes, 35 grues électriques mobiles de 1500 kilogrammes, des cabestans et locomotives, des bouées d'amarrage, une bouée lumineuse, et toute l'installation d'éclairage électrique.
La construction d'un puissant matériel de dragage destiné d'abord aux travaux et devant ensuite revenir au Gouvernement.
Enfin, plusieurs bâtiments et ateliers pour le Gouvernement, la Douane, la Préfecture Maritime et le service de l'Exploitation.
Nous allons décrire successivement Unis ces travaux et installations, ainsi que l'outillage du port.
A) Murs de quais en rivière. — Bassin de cabotage. — Cale de halage.
Murs de quais en maçonnerie. — La ligne des nouveaux quais en rivière prend son point de départ à l'extrémité des quais nationaux. Elle se dirige ensuite vers le Sud suivant une courbure légèrement convexe dans son ensemble et formée d'alignements droits et de deux courbes ayant respectivement 4 et 5000 mètres de rayon.
Le mode de construction des quais répond à deux types différents, l'un en maçonnerie et l'autre en bois. Les quais en maçonnerie s'étendent du kilomètre 0 au kilomètre 1,075 et du kilomètre 2,275 au kilomètre 3,650, soit sur une longueur de 2450 mètres; les quais en bois du kilomètre 1,325 au kilomètre 2,275 sur une longueur de 950 mètres. L'importance relative de ces deux types de construction peut d'ailleurs être modifiée ultérieurement suivant la nature du trafic.
Les ([liais en maçonnerie sont du type de murs par piliers et linteaux construits pour la première fois au port de Lisbonne; ils sont constitués par une succession de piliers en maçonnerie espaces tous les 10 mètres d'axe en axe et arasés à la cote + l'",50.
Ces piliers sont réunis entre eux, à leur partie supérieure, par des linteaux métalliques contenant des voûtes surbaissées en maçonnerie armée. Au-dessus de ces voûtes on construit un mur continu, jusqu'à la cote + 8 mètres. Un cordon d'enroebements ou de fascinages, placé en arrière du mur, ferme les espaces libres entre les piliers, absorbe une partie de la poussée des terres et maintient ainsi les remblais qui constituent les terre-pleins en arrière des quais.
Le parement vu du mur de quai présente un fruit de 1 p. 10, et dans l'axe de chaque pilier est placée une défense d'accostage en bois dur de 0m,30 sur 0'",30. Tous les 10 mètres, il y a un bollard d'amarrage encastré dans le couronnement, puis, de place en place, des organaux, des écbelles et des escaliers.
Les piliers sont fondés au moyen de l'air comprimé et leurs bases reposent sur la couche de sable tertiaire dans laquelle ils pénètrent au moins de 1 mètre. Du kilomètre 0 au kilomètre 1,075, la profondeur des fondations a été prévue en moyenne à 23'", 50 sous zéro, du kilomètre 2.275 jusqu'au kilomètre 3.050, à 15'", 5i au-dessous du même zéro, avec un minimum de 15 mètres.
Au point de vue de l'exécution, les piliers sont formés à leur base d'un caisson métallique comportant à la partie inférieure une chambre de travail de 1m, 80 de hauteur et de 5"', 40 de largeur sur lim,65 de longueur. Le poutrage du caisson est rempli d'abord de maçonnerie en béton de ciment , puis on exécute les maçonneries au-dessus, à l'air libre ou à l'abri de batardeaux nié-
talliques. Ces maçonneries sont faites en moellons on briques avec mortier de chaux hydraulique. Lorsque le caisson a été amené à sa place définitive, il est échoué sur un terrain préalablement dragué, et ensuite enfoncé dans le sol, au fur et à mesure de l'extraction des déblais, en même temps que l'on continue à exécuter les maçonneries du pilier en dessus du niveau de l'eau. Une fois le fonçage terminé et le caisson arrivé sur un bon terrain de fondation, on remplit la chambre de travail de béton au mortier de chaux hydraulique et l'on termine l'arasement supérieur du pilier, après avoir rempli également en béton les évidements Laissés pour faciliter le fonçage. Celte dernière partie du travail se l'ait à l'abri d'un batardeau métallique spécial.
Les linteaux sont formés de poutres à treillis convenablement entretoisées et renfermées dans une caisse rectangulaire métallique ouverte à la partie supérieure. Ces caisses ont 15m,50 de longueur, 6"',2o de largeur et l'",o0 de hauteur. Suivant les besoins du travail et pour faciliter la construction des maçonneries à l'abri de l'eau, elles sont surmontées de batardeaux métalliques. A l'intérieur de cette caisse, on construit une voûte de 12 mètres d'ouverture, 6m,25 de largeur et lm, 30 de ilèche, voûte qui a lm,4§ d'épaisseur à la clé et 1 '",70 aux retombées. Le joint existant entre deux linteaux successifs est rempli avec du béton.
La pression moyenne des piliers sur le terrain de fondation a été admise- à 3k-,6o et la pression maxima à 5ke,50 y compris une surcharge de 2000 kilogrammes par mètre carré. Afin de ne pas dépasser ces pressions, on a dû exécuter les caissons avec un avant-bec sur le devant, de manière à augmenter la base des fondations sans donner un excès de poids aux maçonneries.
La construction de ces quais s'effectue en pleine rivière au moyen d'installations flottantes, spécialement organisées pour recevoir les matériaux ou fabriquer le mortier, et possédant les machines soufflantes nécessaires à la production de l'air comprimé. La force pour la mise en mouvement des grues, transporteurs et autres machines est fournie par un courant électrique venant d'une station centrale établie à terre.
Trois installations semblables peuvent travailler simultanément chacune à la construction d'un pilier, et lorsque plusieurs piliers sont terminés, on commence à écbouer sur eux les linteaux en maçonnerie armée que l'on amène llottants.
Le mur se trouve ainsi continu dans sa partie apparente et il suffit, pour le terminer, de construire la superstructure au-dessus de l'eau.
Une mâture flottante de 50 tonnes de puissance dessert les différents chantiers et permet l'enlèvement des batardeaux métalliques surmontant les caissons et les linteaux.
Les approvisionnements de pierres, briques, ciment, chaux et sable sont
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effectués par une véritable ilôt tille de bateaux construits spécialement à cet effet et dont le nombre dépassera cinquante unités.
L'étendue de ce chantier, en pleine marche, sera de près de ï à 500 mètres et permettra de construire environ 1 kilomètre de quai par an.
Quais en bois. — Les quais en bois ont une longueur de 950 mètres, ils sont formés de palées successives espacées de 2m,60 les unes des autres, chacune d'elles est constituée de quatre pieux verticaux et d'un pieu oblique sur la façade extérieure. Les pieux sont moisés à trois hauteurs différentes au-dessus de l'eau et solidement entretoisés dans le sens longitudinal et transversal. La partie supérieure du quai est formée d'une plate-forme en béton armé, inclinée du côté du terreplein et surmontée de remblais sur une épaisseur moyenne de 1 mètre.
Un cordon de fascinages ou d'enrochements, déposés en arrière du quai et entre les pieux, maintient la poussée des remblais.
Au point de vue de la construction, tous les pieux de fondation, jusqu'au zéro, sont en pitchpin de ftm,30 sur 0m,30 enfonces par injection d'eau sous pression.
La partie supérieure est, au contraire, entièrement exécutée en bois dur du pays, tels que quebracho Colorado, curupay du Chaco ou du Paraguay et autres bois analogues. Les défenses extérieures sont en lapacho.
Ces essences, généralement peu connues en Europe, sont d'une qualité extraordinaire au point de vue de la conservation et de la résistance, elles n'ont que l'inconvénient de ne pouvoir être obtenues en longueurs dépassant I à 5 mètres environ, ce qui en rend l'emploi difficile pour pieux de fondation.
Bassin de cabotage. — La ligne générale des quais sera interrompue sur 250 mètres de longueur à remplacement du bassin de cabotage, soit du kilomètre 1,075 au kilomètre 1,325.
Ce bassin s'enfonce d'environ 80 mètres dans les terre-pleins et présente un développement de 370 mètres de quais. Ceux-ci ont été surtout aménagés en vue de faciliter les opérations de la batellerie et du petit cabotage, avec n'importe quelle hauteur d'eau de la rivière, ainsi que pour permettre le tirage à terre des bois. Ils sont arasés sur 190 mètres à la cote + 6 mètres et pour le
Coupe du quni en bois du kilom. 1,325 aukilom. 2,275.
restant, à la cote + i mètres. La crête du quai est ensuite reliée par une rampe pavée au 1/5, avec le niveau général de tous les terre-pleins à la cote + S mètres.
Le fond du bassin est creusé à 2 mètres sous zéro et les murs de quais sont formés de 2 ou 3 lignes de blocs artificiels superposés, fondés à 0m,50 sous zéro, sur un cordon d'enrochements de 2m,50 d'épaisseur.
Cale de halage. — A l'extrémité de la ligne des quais, du kilomètre 3,650 au kilomètre 3,750, soit sur une longueur de 100 mètres, il est établi une cale de halage pour le tirage à ferre des navires.
Quais du bassin de cabotage
La pente de la cale est de 5 centimètres par mètre, ef sa profondeur en arrière du quai atteint 75 mètres. Elle doit permettre le tirage à terre de bateaux de 1200 à 1500 tonnes, connue à Buenos-Aires.
B) Régularisation et approfondissement du chenal en face de Rosario.
Dragages, fascinages et balisage. — Dans la région de Rosario, le Parana sépare les terres hautes de la province de Santa-Fé des plaines ou îles basses de l'Entre-Rios. Son bras principal, en amont de la ville, coule ainsi entre la barranca ou falaise abrupte sur sa droite et l'île Invernada sur la gauche. II offre dans cette partie une largeur de 1800 mètres environ où ses fonds atteignent jusqu'à 20 mètres. Puis, il rencontre l'île de l'Espinillo, qui le divise en deux sur un parcours d'environ i kilomètres, et forme le chenal oriental ou bras principal et le chenal occidental au pied même de la ville.
Les deux bras se réunissent à nouveau presque en face de l'origine du nouveau port et présentent alors une largeur totale d'environ 2 kilomètres ; en même temps la majeure partie des eaux du chenal occidental rejoint en cet endroit le bras oriental par le chenal de la Quebrada.
Le Parana poursuit ainsi son cours sur 4 kilomètres, lorsqu'une nouvelle fois il esl divise par l'île du Français, son bras principal restant sur la même rive que Rosario. (Voir planche V.)
Le problème, que l'on s'est posé pour la régularisation du Parana en face Rosario, a pour principales données le maintien, par des ouvrages préventifs, de la situation actuelle du partage des eaux dans les deux bras du Parana en face de Rosario, alîn de ne troubler en rien le cours de cette immense masse d'eau et afin d'éviter de mettre en jeu les forces vives considérables qu'elles représentent, puis de régulariser, approfondir et fixer, d'une manière définitive, le chenal des quais passant au pied même de la ville.
11 ne faut pas oublier à ce sujet que le débit moyen du Parana, au Rosario, pour une hauteur d'eau de S mètres au-dessus du zéro, représente 20 360 mètres cubes par seconde et que, d'un autre côté, les crues y peuvent atteindre 6n\.*>0 et même 7m,20 au-dessus duzéro hydrographique. Ces crues sont presque régulières, elles ont lien généralement dans le premier semestre de l'année; le relevé général des hauteurs donne comme niveau moyen 3m,70, c'est-à-dire que les eaux sont, environ six mois, au-dessus et, autant de temps, au-dessous de ce niveau.
Pour la solution du problème à résoudre, on s'est surtout inspire'' du résultat des ouvrages analogues exécutés tant en Hollande h l'embouchure de la Meuse et du Rhin qu'aux États-Unis pour la régularisation du cours et l'approfondissement de l'entrée du Mississipi, travaux très importants, qui ont été réalisés avec plein succès, grâce à des moyens très simples, appliqués avec méthode. Dans cet ordre d'idées, on a été d'avis de maintenir la situation actuelle du débit des deux bras, en fixant, par des ouvrages de défense en l'ascinages, la tête amont de l'île Espinillo, premier point de partage des eaux. De celle manière, l'entrée du chenal du port se trouvera fixée el limitée entre la barranca et ces ouvrages de protection. Quant à l'autre chenal, on a appliqué au maintien de son débit actuel le procédé suivant appliqué aux États-Unis el qui consiste à immerger à son entrée sur le fond même de la rivière une plate-l'orme de l'ascinages de 30 à 40 mètres de largeur, dont les extrémités atterrissent aux deux rives. Cette plate-forme, une fois solidement fixée au sol par le poids des enrochements, doit empêcher toute érosion du fond dans la section d'entrée et, par conséquent, limiter le débit de ce bras à ce qu'il était.
Dans le même esprit, des ouvrages en fascinages doivent fixer la tête amont de l'île du Français, afin de ne pas modifier la situation actuelle des deux autres bras en aval de la ville.
La régularisation du chenal des quais constitue en réalité le travail le plus important de cette partie des améliorations du port, elle consiste dans le rescindement d'une partie de l'île Espinillo de manière à assurer à l'entrée du chenal
imc largeur un peu plus grande; puis, à creuser devant la nouvelle rive des quais un chenal de &35 mètres de largeur au zéro (1) et de 360 mètres au plafond, avec 7 mètres de profondeur sous zéro et 6m,50 le long des quais. Il s'agit ensuite de maintenir le courant dans ce chenal avec une digue de direction submersible, distante de 700 mètres environ des quais et se dirigeant parallèlement à eux sur une longueur d'environ 2500 mètres.
dette1 digue prend son origine en aval de l'île Espinilllo, coupe le chenal de la Quebrada et doit ainsi assurer, pendant les eaux basses, un volume d'eau important dans le chenal des quais.
Au point de vue de l'exécution, les travaux de protection des rives et du fond sont faits au moyen de plates-formes en fascinages, construites avec du saule ou autres espèces de bois analogues, que Ton trouve sur les bords du Para na. Les matelas de fascines sont réalisés dans les mêmes conditions qu'en Hollande ou sur le Mississipi, ils ont une épaisseur approximative de 0m,60 et leur immersion est opérée en les chargeant de sable et de 50 kilogrammes environ de pierres par mètre carré.
La digue de direction est construite avec des plates-formes de fascines, échouées les unes sur les autres, en observant du côté du chenal un talus de un et demi de base pour un de hauteur. La première plate-forme repose directement sur le sol qu'elle fixe et l'on rachète ensuite les inégalités du terrain. La partie supérieure de la digue a S mètres de largeur et elle est arasée à la cote + 3'", 70 soit à la hauteur du niveau moyen des eaux; du côté opposé au chenal, la digue est appuyée contre des déblais provenant des dragages.
Le volume total des plates-formes en fascinages, pour ouvrages de protection et pour la construction de la digue de direction a été prévu de 280000 mètres cubes.
Les dragages, pour la régularisation du chenal des quais, sont exécutés au moyen d'un puissant matériel comprenant une drague marine à godets, deux dragues suceuses, des chalands à clapets, remorqueurs, etc.. qui sont décrits plus loin. Les déblais sont formés en majeure partie de sable mélangé quelquefois d'argile; ils sont extraits par les dragues, puis refoulés ou transportés directement en arrière de la ligne des quais pour y former les terre-plein»; l'excédent des déblais est refoulé à proximité du lieu d'extraction dans des emplacements où cela n'a pas d'inconvénient. Le volume des dragages à réaliser s'élève à 7000000 de mètres cubes et celui des remblais à I3o2ol0 mètres cubes.
(1) Le programme du concours prévoyait un chenal de 500 mètres de largeur au zéro avec des talus de 1/10 de chaque côté, ce qui donne 360 mètres de largeur au plafond à — 7m . Le projet exécuté n'a rien changé à ces prévisions; le quai est simplement implanté sur le talus du côté de la ville à la distance correspondant à la cote (— 6,50).
Le chenal, une fois régularisé, doit être balisé au moyen de 7 balises fixes placées le long de l'île Espinillo et de la digue de direction.
Une ligne de 8 bouées indiquera en plus la largeur de ce chenal, dont les extrémités amont et aval seront éclairées par un feu à la tète de l'île Espinillo et une bouée lumineuse à l'extrémité de la digue.
Dix coffres d'amarrage mouillés parallèlement à la ligne des cpiais faciliteront, en outre, l'accostage des navires.
C) Matériel de dragage.
Le programme du concours prévoyait la fourniture d'une drague marine susceptible de pouvoir faire 1300 mètres cubes de dragage par heure, soit avec des godets, soit par succion. Le type d'appareil envisagé était la drague américaine du système Bâtes, avec l'adjonction d'une chaîne à godets de 1500 litres de capacité chacun, afin de pouvoir extraire aussi bien du sable que de l'argile à des profondeurs de 10 et même 15 mètres. Elle devait, en outre, être munie de pompes auxiliaires, pour refouler les déblais dragués dans une conduite flottante jusqu'à 700 mètres de distance avec une surélévation de 5 mètres au-dessus du niveau de l'eau.
On devait fournir, en [tins, "2 remorqueurs, l'un pour le service des ancres et des bouées, l'autre pour le service de la canalisation flottante. Les constructeurs étaient toutefois libres de proposer d'autres systèmes de dragues, à condition qu'elles soient en mesure de répondre, d'une manière générale, aux mêmes conditions de rendement.
La fourniture d'un appareil unique aussi puissant, qui pouvait avoir de l'intérêt pour le Gouvernement, en vue des ouvrages ultérieurs de correction à faire sur le Parana, devenait un danger réel pour réaliser un travail continu. Si l'un des organes de la machinerie, de l'appareil dragueur ou de la conduite de refoulement, était en réparation, toute cette énorme usine flottante représentant plusieurs millions devenait aussitôt inutilisée et tout travail suspendu. La plupart des propositions, alin d'éviter cet écueil, préconisèrent donc le remplacement de la drague unique par plusieurs dragues d'un rendement total équivalent ou même supérieur à celui du programme.
Nous allons donner ci-après la description détaillée du train de dragage ; tel qu'il a été adopté et fourni, il comporte :
1° Une puissante drague marine, de 700 chevaux de force, susceptible de refouler les déblais chargés ou de les débarquer latéralement en bateau;
2° Deux dragues suceuses, porteuses et refouleuses, de 600 chevaux de force, et d'une capacité de 500 mètres cubes chacune ;
3° Une conduite flottante de 1000 mètres de longueur;
4° Deux remorqueurs de 250 chevaux de force;
5° Trois grands chalands à clapets de 250 mètres cubes de capacité.
Dragues marines à godets. — Cet appareil est disposé, dans son ensemble, suivant le type des plus puissantes dragues marines existantes et constitue un outil de tout premier ordre, comme on peut s'en rendre compte par la description qui suit et l'examen des dessins ci-joints.
Les principales opérations qu'elle doit pouvoir réaliser sont les suivantes :
1° Draguer jusqu'à 10 mètres de profondeur, avec un rendement théorique de 583 mètres cubes par heure soit près de 6000 mètres cubes par jour;
2° Déverser directement les déblais dans des chalands de 250 mèires cubes de capacité ;
3° Refouler les déblais dans une conduite ûottante jusqu'à une distance de 500 mètres du lieu d'extraction, avec une surélévation de 5 mètres au-des>us du niveau de l'eau ;
4° Naviguer et se déplacer par ses propres moyens à une vitesse de 15 kilomètres à l'heure.
Cette drague est d'une construction très robuste, et elle a été exécutée, dans tous ses détails, en conformité avec les règlements et sous le contrôle spécial d'un inspecteur du Bureau Veritas, aussi bien pour la coque et les charpentes, que pour les machines et les chaudières.
La coque a des formes marines et ses dimensions sont :
Mètres.
Longueur 47,b00
Largeur 9,300
Creux 4,000
Calaison maxima en chaige 3,000
Le puisard, pour le passage de l'élinde et de la chaîne à godets est placé à l'arrière et la charpente du beffroi qui supporte l'appareil dragueur se trouve vers le tiers avant. La drague est entièrement construite en acier et les tôles des bordés ont des épaisseurs variant de 8 à 11 millimètres; le pont est en lùles de 0 millimètres et le beffroi est composé de poutres en forme de caissons ré unies entre elles par des tôles
Comme dans toutes les dragues analogues, l'appareil dragueur se compose d'une chaîne sans lin à longs maillons d'acier, sur laquelle sont intercalés régulièrement les godels. dette chaîne est guidée ainsi que supportée par l'élinde et 2 tourteaux, dont l'un, placé en haut du beffroi, transmet le mouvement d'entraînement. Ce tourteau supérieur à ï pans est en acier coulé d'une seule pièce, et son axe se trouve à 11"1, 75 au-dessus du fond de la coque. L'élinde est formée de deux poutres d'acier, à âmes pleines solidement entretoisées et contre-
ventées, dont la hauteur au centre atteint lm,350; elle est fixée par un arbre au haut du beffroi et sa longueur lui permet de draguer à 10 mètres ou au besoin à 1:2 mètres (le profondeur. Sur sa l'ace supérieure, l'élinde est garnie de galets de support pour la chaîne à godets; à son extrémité inférieure, elle est munie d'un tourteau à 6 pans, qui permet d'engager les godets dans le terrain à extraire. Ce tourteau est également en acier coulé d'une seule pièce, comme le tourteau du haut.
Les godets ont une capacité de 650 litres, ils sont construits en tôle d'acier de 10 millimètres d'épaisseur, sauf le dos qui est renforcé à 13 millimètres, et leur ceinture a 220 millimètres sur 22 millimètres. Les maillons sont en acier laminé, leur section a 160 millimètres sur i0 et les bagues et boulons d'assemblage des maillons sont en acier au manganèse.
Les machines de la drague sont réglées de manière à taire passer 15 godets à la minute, ce qui correspond à un rendement théorique de 583 mètres cubes par heure. La transmission est faite par courroies et le chargement des déblais en bateaux peut, à volonté, être effectué sur bâbord ou sur tribord, au moyen d'un déversoir mobile.
Au point de vue mécanique, la drague est munie de 2 machine-- semblables qui peuvent actionner soit la chaîne à godets et les pompes refoulantes, soit les deux hélices de propulsion, puis, de deux chaudières principales, d'une chaudière et d'une machine auxiliaires pour l'éclairage électrique et de deux pompes Worthington. Toute cette installation est disposée dans la moitié avant de la coque. Les machines motrices sont symétriques, du type compound vertical à condensation par surface, elles développent chacune 350 chevaux, soit une force totale de 700 chevaux. La vapeur est fournie par deux chaudières marines dont, les foyers intérieurs sont doubles et à nervures. Ces chaudières sont semblables; elles ont respectivement 3 mètres de diamètre et .'5m. :{<>(> de longueur, 120 mètres carrés de surface de chauffe et sont timbrées à 8 kilogrammes. Elles sont en plus disposées de manière à pouvoir, si on le désire, travailler séparément.
Lorsque la drague navigue, les machines motrices actionnent chacune directement une Indice de propulsion, et lorsque, au contraire, elle travaille pour charger les déblais directement en chalands, l'une ou l'autre des machines suffit à l'entraînement de la chaîne à godets au moyen d'une transmission par engrenages et courroies.
Il nous reste maintenant à décrire la disposition spéciale adoptée pour le refoulement des déblais à longue distance. Cette installation comprend d'abord un puits en tôle, dont le fond est formé d'une grille à barreaux et dans lequel tombent les déblais dragués. Là, ils sont délayés sous l'action combinée d'un puissant jet d'eau sous pression, représentant 6 fois leur volume, et d'un désa-
grégateur mécanique. Le mélange liquide est ensuite dirigé vers une forte pompe centrifuge qui le refoule dans la conduite flottante. L eau pure, pour délayer les déblais, est fournie par une autre pompe centrifuge actionnée par la machine de tribord, qui, en même temps, entraine la chaîne à godets. L'arrivée de cette eau, à la partie supérieure du puits, peut être réglée par un clapet, de manière à maintenir le puits toujours plein et permettre de donner ainsi au mélange liquide une charge d'environ S mètres, avant son entrée dans la pompe de refoulement.
Quant à la désagrégation mécanique elle est effectuée par des couteaux d'acier coulé recourbés et montés sur un arbre faisant environ G révolutions à la minute; les extrémités de ces lames traversent les intervalles de la grille formant le fond du puits, divisent les déblais friables et les forcent à traverser la grille tandis qu'ils rejettent vers l'extérieur les corps durs. La désagrégation ne peut par conséquent s'effectuer que sur des terrains de consistance moyenne, sables et argiles ordinaires. La pompe de refoulement est construite en tôles et cornières d'acier avec plaques d'usure intérieures sur le type des pompes à sable. Le mouvement est imprimé au mélange au moyen d'un disque à i branches munies de palettes d'acier. Ce disque est lixé sur l'arbre de la pompe et son entraînement est fait directement par la machine de bâbord. Un jet d'eau pure sous pression, envoyé dans le presse-étoupe de l'arbre de la pompe, empêche la pénétration du sable et protège l'arbre contre une usure trop rapide.
Le tuyau de refoulement des déblais a Om.6.jO de diamètre; il passe entre les chaudières et débouche à l'avant du bateau.
La machinerie auxiliaire de la drague comporte, en outre, un treuil à vapeur spécial pour le relèvement de lelinde, des treuils à vapeur pour la manœuvre des chaînes d'avancement et de papillonnage, ainsi que pour le levage des ancres et une grue de trois tonnes, à deux vitesses, installée à proximité de la chaîne à godets.
La drague a une passerelle de timonier, à l'avant du beffroi, pour la navigation, et un mal de signaux. Sur la partie arrière et des deux côtes du puisard sont disposés les cabines et aménagements pour loger le chef dragueur, les mécaniciens et l'équipage.
L'éclairage électrique du pont est l'ait par 3 lampes à arc de 730 bougies pour permettre le travail de nuit; les logements, ainsi que la chambre des machines et la chambre de chauffe, sont éclairés avec des lampes à incandescence ou fanaux divers.
Des embarcations avec mats, les chaînes, amarres, ancres, bouées, ainsi (pie l'outillage nécessaire aux machines, complètent l'armement de la drague (1).
(1) La construction de celle drague a été faite par la maison A. F. Smulders de Rotterdam.
Drague suceuse. — Dans son principe, la drague suceuse que nous allons décrire est un véritable bateau ayant des formes marines. Son appareil moteur est placé à l'arrière et peut, à volonté, commander directement, soit l'hélice de propulsion du bateau, soit la pompe d'aspiration des déblais. Le sable aspiré par la pompe, au moyen d'un tuyau mobile extérieur, est refoulé dans de vastes compartiments occupant le centre du bateau; et il peut ainsi être transporté en \\\\ autre point, par la simple translation du bateau et l'ouverture des portes ou clapets fermant la partie inférieure des puits à déblais. Des dispositifs spéciaux pour la manœuvre des portes et du tuyau d'aspiration, ainsi que pour le refoulement direct des déblais, complètent l'installation de la drague.
Le type de la drague suceuse adopté correspond, comme on va le voir, au modèle le plus perfectionné construit jusqu'à ce jour. Cette drague peut réaliser les opérations suivantes :
1° Aspirer des déblais du fond de l'eau et les charger dans ses puits, poulies transporter et les déposer en un autre endroit par simple ouverture des clapets du fond ;
2° Remplir ses puits comme ci-dessus, se transporter à distance et aspirer les déblais de ses puits pour les refouler à terre ;
3° Aspirer des déblais du fond de l'eau et les refouler directement à distance par une conduite flottante;
4° Aspirer des déblais et les charger directement en bateaux.
La production de la drague est de 5*00 mètres cubes de sable en 25 minutes environ pour le chargement ou la vidange des puits par aspiration.
Les dimensions principales de la coque sont :
Mètres.
Longueur 00,00
Largeur 9,80
Creux 4,10
Les puits à sable ont une capacité de 500 mètres cubes et. toute chargée, la drague aura un tirant d'eau maximum de 3m,90. La coque est construite entièrement en acier et les membrures, contre-membrures, varangues, tôles, etc.. ont les dimensions stipulées dans les règlements du Bureau Veritas, sous le contrôle spécial duquel elle a été construite.
La machine motrice est verticale, du système compound à triple expansion, avec condensation par surface. Sa force est de 600 chevaux indiqués, et elle peut imprimer au bateau une vitesse de translation d'environ 18 kilomètres à l'heure.
La commande de l'hélice ou de la pompe à sable est directe, par simple embrayage de l'arbre de la machine avec l'arbre de couche ou avec celui de la pompe.
Ëtoi-
HT
ys5
L;i vapeur est fournie par deux chaudières cylindriques, type marine à retour de flammes, présentant une surface de chauffe totale de 250 mètres carrés et timbrées à 11 kilogrammes de pression par centimètre carré.
Un condenseur spécial, pour la vapeur des treuils et des machines accessoires, permet de rendre les manœuvres de la drague plus économiques.
La pompe à sable est placée entre la machine et les puits à déblais: c'est une pompe centrifuge d'un système consacré par l'expérience; son diamètre a 2m,25 et sa largeur 0m, 35; elle est entièrement construite en tôles d'acier avec des doublures remplaçables à l'intérieur. L'hélice d'aspiration a 3 brandies en acier forgé, à l'extrémité de chacune desquelles est rivée une palette en tôle. In réservoir d'eau sous pression, placé à proximité de la pompe, permet d'injecter, pendant sa marche, de l'eau entre les coussinets et l'arbre de la pompe, afin d'empèclur l'infiltration du sable et l'usure trop rapide de l'arbre à l'endroit de la portée. La liaison de la pompe avec le tuyau d'aspiration est faite au moyen d'un joint flexible.
Le tuyau d'aspiration a 0m,650 de diamètre; il est disposé de manière à pouvoir draguer jusqu'à 15 mètres de profondeur et pouvoir être ensuite relevé complètement en dehors de l'eau et déposé sur le pont, afin de rendre la navigation de l'appareil plus facile. Le refoulement de la pompe à sable se fait verticalement jusqu'au-dessus du niveau du pont; le tuyau se recourbe alors horizontalement ei se divise en deux tuyaux longitudinaux qui régnent au-dessus des puits à déblais. Le mélange de sable et d'eau est ainsi amené dans les puits par une série de petites portes ménagées dans ces tuyaux. Les puits à déblais tiennent toute la partie médiane du bateau; ils sont formés latéralement de parois inclinées permettant le déversement facile des déblais et sont fermés au bas par deux séries de portes superposées, laissant entre elles une sorte de caniveau libre rempli seulement d'eau.
Une passerelle centrale réunit l'avant et l'arrière de la drague au-dessus des puits à déblais et facilite la manœuvre des chaînes supportant les portes. L'ouverture simultanée de ces portes permet le déversement direct des déblais remplissant; les puits, tandis que l'aspiration de la pompe dans le canal longitudinal, formé par la superposition des deux séries de portes, permet de reprendre le sable emmagasiné dans les puits et de le refouler à terre ou de le charger en bateau. Un dispositif spécial de refoulement permet d'opérer le chargement des puits, aussi bien à l'avant qu'à l'arriére et, en facilitant la décantation du sable, rend l'opération du chargement plus rapide. Les machines auxiliaires placées sur le pont comportent un treuil à vapeur pour le levage des ancres, un treuil à vapeur pour fermer les clapets inférieurs et la bouche du tuyau d'aspiration, une machine à vapeur pour hisser le tuyau d'aspiration sur le pont, une machine à vapeur pour la manœuvre du gouvernail et une machine pour la
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manœuvre des tuyaux de refoulement. Un joint cylindrique disposé au-dessus de la pompe permet de réunir très rapidement celle-ci, soit avec la conduite flottante, soit avec une conduite placée à terre.
La drague est éclairée électriquement par des lampes à incandescence et par deux lampes à arc pour permettre le travail de nuit. Le pont du bateau est eu bois de teak, sauf sur les côtés des puits où il est en tôle slriée. L'avant de la drague est occupé par les aménagements et cabines pour le chef dragueur, les mécaniciens et l'équipage. Ces logis sont bien aérés et ventilés. Une tente protège le pont à l'avant et à l'arrière. Un canot à vapeur et un canot ordinaire complètent l'outillage de la drague.
Le contrat comprend la fourniture de deux dragues semblables il).
Remorqueurs. — Le matériel de dragage comprend aussi deux remorqueurs; ces bateaux sont destinés, l'un au service de la canalisation flottante et l'autre au service des ancres et bouées. Ils sont semblables entre eux et présentent les dimensions principales suivantes :
Mètres.
Longueur entre perpendiculaires 27,500
Largeur hors membrures 5,500
Creux au milieu de la longueur 2,800
Tirant d'eau moyen, environ 1,700
Vitesse en eau calme à l'heure 18 kilom.
(les deux bateaux, entièrement en acier et mus par deux Indices, sont de forme absolument marine. Ils présentent de bonnes conditions de navigabilité el leur construction répond aux prescriptions du Bureau Veritas.
Les machines motrices sont du type pilon, système compound avec condensation par surface; elles développent chacune une force de 125 cbevaux de T.". kilogrammètres (soit 250 chevaux par bateau). La vapeur leur esf fournie par deux chaudières possédant une surface de chauffe totale de 94 mètres carrés et timbrées à 8 atmosphères.
Les soutes à charbon peuvenl contenir 20 tonnes de combustible.
Les bateaux sont éclaires au moyen de l'électricité produite par un groupe électrogène comprenant une dynamo, une machine à vapeur et nue chaudière spéciale de 7"'-,50 de surface de chauffe; celle dernière alimente au besoin le treuil à vapeur des ancres quand les grandes chaudières ne sont pas sous pression.
L'un des remorqueurs est muni d'un mât de charge capable de lever 5 tonnes avec l'aide du treuil des ancres et de palans nécessaires, on pourra ainsi embarquer des bouées d'un poids maximum de 5000 kilogrammes.
L'autre remorqueur est muni dune pompe de secours d'un rendement de
(1) La construction de ces deux dragues a été faite par MM. Sniit et Zoon à Kinderdijk.
250 mètres cultes par heure, pour un orifice de refoulement de 200 millimètres
de diamètre.
Les aménagements comprennent le logement du capitaine, du mécanicien et de l'équipage, ainsi qu'une cuisine.
Conduite flottante. — La conduite flottante destinée au transport des déblais liquides a une longueur totale de 1000 mètres, et elle se compose en principe d'éléments rigides, raccordés entre eux par des joints flexibles.
Chaque élément rigide comprend la conduite proprement dite et deux