LA RÉSECTION EST SUPÉRIEURE A L'ARTHROTOMIE
La nécessité d'intervenir une fois confirmée, il faut faire le choix de l'intervention. Bien des chirurgiens et surtout l’école allemande ont préconisé l’arthrotomie avec remise en place pure et simple des surfaces luxées. La plupart d’entre eux ontrenoncé à ce mode de traitement, qui avait fait espérer beaucoup et qui donnait peu. Nous allons passer en revue les divers procédés employés et les résultats obtenus. Chemin faisant nous mettrons en parallèle la réduction par arthrotomie et Ja résection et nous montrerons combien cette dernière est supérieure.
En 1881, chez un enfant de quatre ans atteint d’une luxation du cubitus en arrière avec fracture du condyle externe, Von Lesser ouvrit larticulation par une incision latérale externe, enleva le condyle fracturé et put remettre l’olécrane dans sa position normale. Sulure et guérison sans réaction inflammatoire.
Von Woh!, dans deux cas de luxation ancienne én arrière, ouvrit l'articulation par uneincision latérale externe, détruisit les adhérences et ne parvint pas à réduire la luxation. Il pratiqua alors la résection totale et obtint un bon résultat.
Un enfant de dix ans rentre dans le service de M. Fochier pour une luxation du coude en arrière, datant de deux mois. L’épicondyle s’était détaché avec le radius. De nouvelles ossi-
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fications simulaient à ce niveau une fracture du condyle. Quelques jours après, résection humérale du coude. Deux incisions latérales, ostéotomie préalable de l’humérus, conservationde la gaîne périostéo-capsulaire. Pansement de Lister. Neuf mois après, grâce à la mobilisation, au massage, aux douches, à l'électricité, le malade sort de l'hôpital avec une flexion active presque normale, des mouvements de pronation et de supination intacts. L'extension est limitée de 150° environ à cause de la saillie du bec de l’olécrane.
Maydl, en 1884, voit un sujet porteur d’une luxation irréductible du coude en arrière, datant de six mois. Il ouvre l'articulation par une incision postérieure, transversale, fait la résection complète de l'articulation et obtient une guérison complète et définitive. La mobilisation de l'articulation et la faradisation des muscles est commencée quinze jours après.
L'année d’après Maydl pratique une nouvelle résection pour une luxation latérale incomplète irréductible du coude
gauche, datant de sept mois. Le malade est âgé de quarante-
quatre ans. Le coude est ankylosé dans l’extension. Les tentatives de réduction amènent une fracture de l’humérus audessus de la trochlée. [ncision transversale, ablation de l’extrémité fracturée, résection de l'olécrane. Suture et guérison un mois plus tard.
Sümson pratique la simple arthrotomie chez une jeune fille de onze ans atteinte d'une luxation en arrière des deux os de l’avant-bras. Il fait une incision latérale externe, enlève les masses fibreuses qui s'étaient formées. Il est pour cela obligé de sutionner l’olécrane qu’il suture ensuite. Le membre est laissé dans l'extension. Guérison opératoire. Au point de vue fonctionnel le résultat est négatif, La luxation se reproduit.
Il intervint de nouveau, deux mois plus tard. Incision courbe postérieure. Section du triceps. Résection de l’extrémité humérale et de la tête radiale. Guérison de la plaie treize jours après. La malade quitte l'hôpital avec une extension complète etune flexion à angle droit. Stimson pensa qu'il ne libéra pas assez le fragment supérieur de l’olécrane. Il ajouta : « Une autre fois, je donnerai la préférence à la méthode des deux incisions latérales sans division de l'olécrane ».
Des deux sujets opérés par Nicoladoni en 1885, l’un était un jeune garçon de seize ans, porteur d’une luxation complète en dehors datant de huit mois. L'épitrochlée était brisée et ramenée sous la trochlée. Le membre était dans l'extension, la flexion impossible ; les mouvements de pronation et de supination étaient conservés. Nicoladoni fit une incision latérale externe, enleva les morceaux brisés du condyle en séparant les parties molles du radius et de l’humérus. A travers une incision longitudinale du triceps, il détacha les adhérences à l’olécrane et à l’humérus, et réséqua les extrémités osseuses, de façon à remettre les os en place. La plaie guérit rapidement. Huit mois après le malade quitte l'hôpital pouvant fléchir son bras jusqu’à 35 et 40°. Neuf mois après il écrivait qu’il pouvait étendre son bras librement, mais que la rotation n’était pas tout à fait aussi libre.
Le deuxième opéré est un homme de quarante et ün ans, très robuste, porteur d’une luxation irréductible du coude en arrière, datant de six mois. Membre ankylosé dans l’extension. Quelques mouvements de rotation. Deux incisions latérales de 0,16 centimètres de longueur. A travers la première incision au dessus du condyle externe, en face la tête radiale, section des parties molles de l'os. La grande cavité
ONE sigmoïde était remplie de tissu fibreux qui futenlevé par le raclage. Après un mois, le malade sort avec une bonne rotation du membre, extension complète et flexion à angle droit.
Au Congrès de Chirurgie de 1886, la séance du 3 octobre porte sur l'intervention opératoire dans les luxations traumatiques irréductibles et une large part est faite aux luxations irréductibles du coude.
Mollière, après avoir défiai une luxation irrédactible: La luxation d’une articulation dont les surfaces articulaires sont déformées, envisage le traitement. « Quand la luxation est irréductible, dit-il, on peut arriver à rendre au membre sa fonction par diverses opérations. »
I. PAR LA FRACTURE DE L’OLÉCRANE. — Cette opération systématiquement pratiquée, permet souvent de rendre à l'articulation du coude une mobilité presque normale. Elle a souvent été faite involontairement pendant les tentatives de force essayées pour réduire une luxation. Et, dans ces cas, les malades croyaient souvent à la réduction de leur luxation, alors que les fonctions du membre n'étaient pas dues à d’autre cause. Après la fracture, on observe la soudure de l’olécrane à l’humérus. Entre les deux bords de fracture de l’olécrane, s'établit une bande cicatricielle comparable au tendon rotulien. Mais si le membre recouvre une flexion assez étendue, peut-on dire aussi qu'il conserve assez de force pour lui permettre un travail utile? Cela n'est pas probable, en raison de l’atrophie consécutive du triceps, qui est inévitable.
D'ailleurs Mollière lui-même ne conclutil qu'à la restitution à Particulation de mouvements assez étendus sans y ajouter l’idée de force récupérée.