‹ Résignée (volume 2)Chapitre 6 sur 32 · DEVANT DEUX CORBEILLES. IO · texte numérisé non relu

DEVANT DEUX CORBEILLES. IO

union grave et sainte; et vous, qui avez été élevées au Sacré-Cœur de Jésus, vous ne pensez pas à Dieu la veille de cette solennité....

— J'espère bien que Charles ira à la messe avec moi.

— Livrange m'aime trop pour ne pas m'accompagner assidûment aux offices.

— A la bonne heure! Je suis protestante, et j'aime à vous entendre parler avec respect de votre religion , à vous la voir pratiquer ; elle est un adoucissement aux chagrins de la vie. Je n'ai jamais connu mon père, et ma mère ne m'aimait pas ; elle n'avait d'affection que pour mes deux frères : l'aîné est mort au Brésil. Elle me repoussait quand je voulais l'embrasser.... Alors j'ai compris qu'il y avait des peines dans la vie....

— Sans doute ! sans doute !

— Prends garde, Eudonie; tu vas renverser mon écrin.

— Alors, j'ai eu défiance ; alors j'ai senti qu'une femme qui n'a pas de protecteur dans la société

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doit y être exposée à bien des malheurs , et personne ne venait dire à ma mère : « Elle est votre fille ; aimez-la donc ! n Je me suLs pix)mise de ne me marier qu'avec un jeune homme qui m'aimera de tout son cœur, à cause de moi et à cause de Dieu , afin qu'étant deux nous soyans plus forts contre la vie, et que le chagrin, partagé à deux, nous soit plus léger. Si notre mutuelle affection est telle que je la conçois dans. moi> cœur, malgré mon ignorance,, s'il m'aime comme je l'aimerai , oh [ aloF*; le bonheur sera.... (mon Dieu', je ne trouve pas le mot).— une sorte d'enivrement calme, et au sein d'une aussi intime union, la douleur nous deviendra une mélancolie douce, un plaisir avec larmes.

— Cela va sans dire, ma chère.

— Je pense comme toi Ohî la jolie corbeille'..... j'en suis folle l

— La mort de ma mère, qui parut s'attendrir sur moi en expirant, me fortifia dans cette résolution. Je la pleurai comme si elle m'avait aimée. Mon oncle est mon tuteur ; mais il est

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Vieux et toujours malade. Mon frère a uu exicellent cœur; mais il est si étourdi 1 Tout mon avenir est dans le choix d'un mari ; je dépendrai de lui-, mon bonheur et mon malheur reposeront en luL Mon existence ne sera que ce qu'il voudra bieit la faire : ainsi toute cette existence dépend de ce choix; et quand nous di- «sons : « Oui » devant le ministre de Dieu , nous âgnorons presque toujours ce que nous faisons.

— Ton oncle est un vilain goutteux qui désire te garder le plus long-temps possible auprès de lui , dans son vieux château d'Estanceley.

— Je ne m'y ennuie pas.

— Il te flatte, il t'effraie, il te domine, pauvre petite ; il te nomme sa belle Résignée, et ce surnom, qu'on te donne dans l'intimité, peint k merveille ton caractère.

— Vous croyez , mes bonnes amies ; vous croyez!... Parfois les apparences trompent.

— Comment peux-lu te plaire pendant neuf mois de l'année dans ce château à donjons, à grandes salles humides.-*

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