CAUSES DE L\ FORMATION DES TORRENTS
Le signe presque lotijoiirs caracléi-islique lie ia présence d'uu lorrcnl, c'esL l'exislenco d'iui lit de déjection. Ce duniiLM' iHanl dû généralement à l'alfouillenionL qui s'exerce dans le sein de la montagne, il y a lieu de recbertlier les causes de cet affonillttnent.
Or, raffouillemenL ne peut se produire qne par l'action d'nnc grande force tl'érosion sur un terrain susceptible d'être faciliîmcnt ctirrodé. Je vais démontrer que ces conditions se trouvent réunies dans les Alpes, et que ta formation des torrents est due à la nature géologique et à la siluiilion climiitérlque de ces montagnes.
■ 1. InOueuce de la nature géolag:ique dan« les Alpeit.
— Les principaux terrains qu'on rencontre sont les terrains massifs et strato-cristallins, les terrains jurassiques et infra-crélaeés, des depuis tertiaires, cl enfin quelques terrains de transport.
Les terrains jurassiques, au lieu d'être formés, comme dans les \ autres régions de la France, de couclies alternantes d'argile et de calcaire résistant, y sont habituellement constituas par des argiles, des marnes ou des calcaires argileux qui se désagrègent très facilement sous l'influence des agents extérieurs, et qui, en se délitant , subissent une véritable décomposition chimique, grftce h laquelle la désagrégation s'accélère.
Los marnes argilo-schisleuses du lias, qui occupent la base dos montagnes, surtout dans l'Embrunais et dans la vallée de l'Ubaye, peuvent passer par tous les degrés de consistance : les unes, â l'état de bouc durcie, sont d'un noir très foncé, se ramollissent par la pluie, puis se durcissent de nouveau après quelques
ura de sécbcresse ; d'autres présentent une texture feuilletée el
chapetrï: troisième
se délilent si facilcmeiil et si profoiidénieul (juen cssayanl de gravir des berges qui en soni formées on enfonce jusqu'aux genoux dans les dêtriluB. Ce sont ces marnes qui, délayées dans IVan, (lonnenl naissance ii une boue noirâtre tiont linlluence est si consid(?rable, comme on le verra dans le chapitre suivant.
Un certain nombre de bassins de réceplipn se sonl formés dans le gypse ; ce genre de terrain, comme le fait remarquer M. Surell, se dissout avec une extrême facilité sous l'influence de l'eau.
Les terrains de transport que l'on rencontre dans les Alpes se présentent tantôt sous l'aspect d'agglomérations puissantes de débris de rochers et de cailloux rouk's empâtés dans un ciment argileux, ou bien forment des amas considérables de galets se touchant les uns les autres, où les vides remplis par le ciment se trouvent réduits au minimum. Oiïnéraicment, quand ils sonl ravinés, les parties saillantes vont toujours en s'amincissant et présentent une successiou d'arôles effilées du plus triste aspect, ou bien une suite d'aiguilles ou de pyramides d'un effet pittoresque ; quelques-unes do ces pyramides ont jusqu'à 40 m. de hauteur; elles sont ordinairement coilîées d'une large pierre plate qu'on a appelée chapeau dans le pays et qui leur a fait donner le nom de demoiselles. Ces terrains de transport sonl dus, selon M. Cézanne, aux forces glaciaires, et d'après M. Costa Ji l'action torrentielle des temps préhistoriques.
Eu résumé, tous les terrains dont je vien.s de parler, îi part les roches primitives, forment des masses peu solides et facilement altérables ; certaines d'entre elles sont même tellement friables qu'elles se délitent sons l'inlluence seule du soleil, sans le concours do l'humidité ni de la gelée; on cite certaines variétés de calcaire qui présentent «ne grande dureté, qu'on a employées comme enrochements et qui, au bout de deux ans, étaient coniplfetomeut transformées en terreau.
Il n'est donc pas étonnant que des torrents aient pu se former dans do pareils terrains ; et l'on remarque, du reste, qu'ils abondent dans les roches les plus tendres, qu'ils deviennent plus rares dans les roches plus compactes, et qu'ils manquent complêlomcnl ilans les lermius primîlih.
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CAUSES DE l\ FORMATION ^ES TORRENTS Cki
eslrèmemenl remari|iiji.i!o. r:i«'iMsoat|f otvlo do Frôaux marque le passage descalcair«-5 a-JXirnoiss. Du cOtlê Jo> çïhmss la mon:a- «rne se dresse à pic sur uno hanlonr do près de 500 m. ol los cours d'eau :?e précipîlonî en ra<..'a'lr-s. Du côté des calcaires, le nu^me revers s'incline suivant uîï prôti. accidente, et les cours dVau le creusent en v formant des torrents. Ceu\-ci. à la vérité, ne sont pas remarquables par leur énergie : mais l'intluenco de la nature du sol. observée sur ces deux terrains de formation ditTérente. qui se touchent et sont soumis au même climat, n'eu est pas moins démontrée d'une manière décisive. >«
19. InOaeBee de Taeti^n elimatériqae. — Je passe à l'action climatérique.
L'expérience a démontré que les crues des torrents ne se produisent jamais qu'à la suite d'orasres ou de fonte de neige. Or ces deux causes sont accompagnées dans les Alpes de circonstances qui les rendent plus dangereuses que dans les autres régions montagneuses.
El d'abord les Alpes étant plus élevées pénètrent plus avant dans la région des hautes neiges, où se produit un amoncellement plus considérable : de plus, quand le printemps ramène le soleilja chaleur, à cause de la latitude, ne tarde pas à avoir une intensité suffisante pour opérer la fonte de ces neii»es. lat|uelle est activée encore par l'arrivée des venls chauds qui soufflent du Sud. et la débâcle se fait en quelques jours.
D'autre part les pluies, étant très rares dans les montagnes, tombent, chaque fois quelles se produisent, en flaques énormes ; et la pureté du ciel étant l'état normal do Tatmosphère pendant six mois de l'année, il en résulte une grande sécheresse qui ne fait qu'augmenter rappauvrissement de ces terres déjà si dénudées.
C^est surtout dans les Ilaules-Alpes et dans la vallée de rUbaye (Basses-Alpes) (jue le climal est aussi dissolvant ; dans le département de Tlsère, les pluies deviennent plus fréquentes, et le climal se rapproche de celui du Nord, ("es différences vont nous donner une nouvelle preuve de riniluenco de l'action climatérique sur la formation des torrents.
Dans la vallée de la Romanche, on rencontre les mêmes niarnes noires que dans rEinbrunais,el cependant les torrents y sont beaucoup moins redoutables ; cela ne peut tenir évidemment
S4 CIIAPITHE TROISiftME
qu'à ce fait que le sol, dans la valléfi do la Romanche, se couvrant sponlanément de végélalion sous l'inlluence d'une almosplifere liuniidc, donne moins de prise aux eaux pluviales,
ËiiHu, si l'on parcourl une vallée allant de l'Est k l'Ouest et présentant la même nature de terrains sur les deux versants, on remarquera presque généralement que les coteaux exposés au Sud sont plus înfesl(î3 par les torrents que ceux tournes vers le Nord ; et il est bien certain qu'une pareille différence ne peut s'expliquer que par l'inlluence de l'csposition, qui looipëre sur les versants tournés au Nord les effets pernicieux du soleil méridional.
La situation particulièrement mauvaise de l'Embrunais vient ajouter une dernière preuve à toutes celles que nous venons de donner. Cette contrée repose sur un calcaire feuilleté très tendre, et elle est placée sous le ciel de la Provence, deux circonstances tout il Fait favorables à la formation des torrents. En allant du cAlé du Nord, ou marche sur le mfime terrain, mais on trouve un climat plus humide; en allant vers le Sud, le ciel est le même, mais les terrains ont plus de consistance. A Embrun, on trouve la triste coïncidence du plus mauvais terrain et du climat le plus funcsle,di-s lors il n'est pas élonnantqne celle région présente un aspect aussi désolé.
13. I.n dcatruetiou des fordts ravori^e In rortnation dFH «orrentH, — Il nous parait donc suffisamment démontré que c'est à la nature géologique du sol et à la situation clîmatérique des Alpes qn'ostVIue la formation des torrents. II est facile en outre de reconnaître que la naissance d'un certain nombre d'entre eux ne remonte pas au-delà des temps liisloriques. — Dans la vallée du Devoluy, par exemple, on aéttS obligé de construire une digue pour contenir les eaux d'un torrent qui menace une église bfllie au XIII* siëclc, et l'on ne peut admettre que l'église eât été construite sur ce point si le torrent avait existé à cette époque. On pourrait multiplier les exemples de formalioi plus récentes encore.
Mais alors comment se fait-il que hs'a dant de longs siècles sont resléos ^ans é|i mencenl t l'altaquer aujm' n'a pas changé, il fan' niio-^ ni'finiicf un