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CAUSES DE LA FORMATION DES TORRENTS

eo parcourant les montagnes, on voit, à côté de lorrenls redoutdliles, d^'autrcs torrents presqu'inofTcnsifs ; el cependant le climalf Texposition, la nature géologique du terrain sont les mêmes. Quelques-uns, aujourd'hui inoffensifs, montrent, par la dimension de leurs lits de déjeclion, qu'autrefois ils étaient en pleine aclivité, rongeaient la montagne et recouvraient la vallée de leurs dépôts. D'où vient celle différence? Pour s'en rendre compte, il suffit d'examiner les bassins de réception.

Lorsqu*on voit des torrents en activité, on remarque toujours que les terrains au milieu desquels ils se forment sont dépouillés d'arbres et de toute espèce de végétation touffue. On voit mémo des revers récemment déboisés où se sont formées déjà de peliles ravines qui vont en s'élargissant cl donneront bientôt naissance à un torrent.

D'un autre côté, partout où les bassins de réception sont boisés, les torrents n'existent pas ou n'existent plus. Il serait facile de donner de nombreux exemples, car chaque torrent porte avec lui son enseignement. On peut d'ailleurs interroger les habitants de la montagne : on entend souvent raconter que sur tel ou tel coteau, aujourd'hui nu et dévoré par les eaux, existaient de belles forêts sans trace de torrent.

Dans bien des terrains ravinés et dépouillés de toute végétation, on rencontre souvent des souches de pin ou de mélèze qui attestent qu'à une époque peu reculée ils étaient recouverts par de magnifiques forêts. Il y a peu de temps encore on arrachait ces souches pour se procurer du bois de chauffage au moment des pâturages.

Aussi, des Tannée 1811, M. Surell, dans son ouvrage devenu classique, émettait-il les principes suivants qui sont hors de discussion aujourd'hui :

V La présence d'une foret sur un sol empêche la formation d'un torrent ;

2* La deslruction d'une forêt livre le sol en proie aux torrents.

11 expliquait ces faits de la manière suivante (je cite textuellemont) :

« Quand les arbres se fixent sur un sol, leurs racines le consolident en Tenserranl de mille libres; leurs rameaux le protègent, comme une lente, contre le choc violent des ondées. Leurs Ironc», el en même temps les rejetons, les broussailles, le gazon

m CHAPITRE TROISIÈME

cl cette multitude de végétaux de toute espèce qui croissent à leurs pieds, opposent des obstacles accidentés aux courants qui tendraient à Taffouiller. L'effet total est de recouvrir le sol, meuble par lui-même, d*une enveloppe plus solide et moins affouillable. En outre, elle divise les courants et les disperse sur toute la superficie du terrain, ce qui les empêche de se concentrer en masse dans les creux du thalweg, ainsi que cela arriverait si elles couraient librement sur les surfaces lisses d'un terrain dénudé. Enfin, elle absorbe une partie des eaux, qui s'imbibent dans Thumus spongieux, ce qui diminue d'autant la somme des forces d'affouillement.

« II suit de là qu'une forét^ lorsqu'elle s'établit sur une montagne, en modifie réellement la superficie, qui, seule, est en contact avec les causes atmosphériques; et toutes les conditions se trouvent alors modifiées, comme elles le seraient si au premier terrain on avait substitué un terrain totalement différent. Dès lors, il n'est pas plus étonnant de voir le même sol, tour à tour infesté ou libre de torrents, selon qu'il est dépouillé ou revêtu de forêts, qu'il n'est étonnant de voir les torrents cesser dans les roches primitives ou resurgir brusquement dans les calcaires friables. »

il. iBfluenee de la deHtmeti^ii des pàturaipes. —

La destruction des pâturages est venue ajouter ses désastreux effets à ceux provenant de la suppression des forêts. Depuis un temps immémorial, tes communes des Alpes afferment leurs montagnes aux bergers de la Provence, qui amènent au printemps des troupeaux de moutons dont Timportance est en désaccord avec les maigres terrains qui doivent les nourrir. Ces troupeaux, qu'on désigne dans le pays sous le nom de tramkumanls, dévorent l'herbe jusqu'à la racine, foulent et écrasent les jeunes arbres, piétinent le sol qui, soulevé par des milliers de sabots étroits et pointus, est bientôt entraîné par les eaux. M. de Kirwan, dans l'excellent article intitulé Montagnes et torreiUs \ évalue à KOO.QOO le nombre des moulons qui viennent babituellemont se fixer pendant l'été dans les Alpes occidentales, tandis qu'il n'y a que 150 à 160.000 bêtes à laine indigènes. Il fait

* Hn^ ' publiée par la Société scieDtiftque de

Bv \ Ou de Kirwao.

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