‹ Restauration des montagnes, correction des torrents, reboisementChapitre 31 sur 94 · RAVAGES CAUSÉS PAU LES TOHHENTS · texte numérisé non relu

RAVAGES CAUSÉS PAU LES TOHHENTS

Plus tard les oaux, quand elles rcdovicnncnl claires, remanient les dépôts en rangeant les matériaux suivant leur pente dccompensalion ; celle-ci élant plus grande quccelFc qui correspond aux galets les plus pelits qui tapissent le fond du lit de la rivière, il en résulte un exhaussement qui, après chaque crue, se propage en amont et en aval de chaque confluent, mais principalement en aval.

Ce serait une erreur de croire, conmie certains auteurs Tout affirmé, que les grandes crues de la rivière principale sont capables de tout balayer sur leur passage ; car, aux moments où se produisent ces grandes crues, les eaux sont saturées et ne peuvent, comme nous le savons, reprendre une partie des dépôts qu'en abandonnant un poids égal de galets plus volumineux (vo!r le chapitre V). Il ne saurait y avoir d'exception à celte règle que dans le cas où les eaux, augmentant accidentellement de vitesse, dans un passage plus resserré par exemple, acquéreraîent par suite une force d'entraînement plus considérable ; mais les matériaux entraînés ainsi, et enlevés aux dépôts déjà formés, s'arrêteraient fatalement en aval, sur les points où, par suite de la diminution de la pente ou de Télargissement de la section, la puissance d'entraînement reprend sa valeur primitive.

En r(f.sw;i6', quelles que soient leurs évolutions capricieuses, les eaux, dans leur marche vers les parties basses des vallées, abandonneront sur leur parcours le produit des dégradations causées par les torrents dans les parties hautes; et il en résultera fatalement un exhaussement général du lit à partir de chaque grand affluent.

Nous allons encore puiser, dans l'excellente étude de M. iMi. Charlemagne, une preuve des faits que nous venons d'énoncer. Le Drac prend sa source, comme on le sait, dans les contreforts occidentaux du massif du Pelvoux; il quitte la montagne à Saint-Georgos-de-Commiers, et de ce point jusqu'au Saut-du- Moine il s'étale en u:i vaste lit de déjection, appelé la Rivoire, sur 5 kilomètres de longueur et 1 kilomètre de largeur moyenne. Au Saut-du-Moine, son cours, resserré entre des rochers, change brusquement de direction vers le X.-O. ets'étale sur unedeuxièmc plage de divagation, de *i kilomètres de longueur sur 300 mètres de largeur, où il reijoit les eaux de la Gresse. A partir de là, son lit, se rétrécissant une seconde fois, traverse la coupure des ro-

\U CHAHTIŒ SEPTiKMK

chers de Rochcfort pour pénétrer dans la vallée, ciii il esl endigué jusqu'à risëre (voir la (igure 30).

Les dépôts des plages de la Rivolrc et de Uochefort sont constaoïment remaniés pendant les crues ; lorsqu'ils sont complètement recouverts, il s*établil vers le milieu un courant principal, de largeur très restreinte, que suit la majeure partie des eaux; la vitesse de ce coiu\uil peut alors devenir assez grande pour qu'il y ait aiïouillemeut et propulsion des matériaux vers l'aval.

Ces matériaux franchissent la coupure de Rochefort, pénètrent dans la partie endiguée du lit du Drac qui s'exhausse ainsi depuis Saint- Georges de Gommiers jusqu'à l'Isère; au pont de fer ce lit est suspendu à 2m. au-dessus des rues de Grenoble.

On ne possède pas de documents permettant d'établir Timporlance de cet exhaussement. Disons cependant qu'au pont suspendu on extrait tous les ans iO.OOOmc. de gravier pour les travaux de voirie ou de construction de la ville, et qu'à chaque crue la rivière, nivelant son lit, fait djsparaitre toute trace d'excavation.

Les désordres causés dans l'Isère par les apports du Drac sont encore plus graves que ceux résultant de l'exhanssement dont nous venons de parler. Depuis le coniluent jusqu'à Saint-Gervais, sur un développement de *U) kilomètres environ, cette rivière coule pour ainsi dire à lleur de soi, avec une pente très douce, propre seulement à la propulsion des sables et des menus graviers; à partir de Saint-Gervais jusqu'à la limite du déparlement, elle s'encaisse profondément et sa pente devient plus considérable.

Quand les cailloux du Drac, dont les dimensions sélî'vent jusqu'à Om.iO ou 0m.2(), pénètrent dans son cours, ils tendent, comme nous l'avons dit tout à l'heure, à y établir la ponte de compensation qui leur convient; et il en résulte falalcMuenl la formation, au conduent, d'un bairage dont les effets peuvent devenir désastreux.

La dilTérence qui existe entre les deux penles-limitcs eoin^spondant aux cailloux du Drac et aux graviers de l'isèrr, étant d'au moins 2ninî., si l'on inulliplie ce nombre par la distance {'.\0 kiloniî'liesi du eontluenl aux «jori^es de Sainl-Gorvais, on arrive» au cliiiïre énorme d(» tiOm. Si donc, en partant de Saint- Gervais, on remonte le cours d(^ l'Isî-re avec une pente supérieure

H.vvAGiis (;\i:sÉs vxh lks tokhents ii:;

<lo 2iiini. à celle qui e.xisle aclucllcmcnl, ou arrive, au confluciil (]u Drac, à une haulcur de 60m. au-dessus du lit aoluel.

Il résulte de là que si le Drar continuait à amener dans la vallée autant de matériaux que par le passé, et si les digues de 11sl-re élaienl relevées i^j^élinimenl, remplacement de Grenoble Unirait par èlre noyé sous une profondeur de plus de 30 mètres d eau.

Mais il faudrait évidemment pour cela plusieurs milliers d'années. — Hi(»n avant que celle «'alaslrophe puisse s'accomplir, Texhaussemenl du Drac aurait causé des désastres partiels qui feraient reculer peu à peu les habitants de la vallée.

Quoi qu'il en soit, dès maintenant la situation est pleine de périls. Des sondages comparatifs ont été faits en iS.'ii et en 1880 ; en voici les navrants résultats :

Uans 26 ans, le Drac a propulsé dans l'Isère un million do mèlres cubes, soit 38.00()nic. jiar an. L'exhaussement de Tlsère on amont du confluent est annuellement de 0m.0i2 ; au confluent le fond moyen s'élt've de Om.037 par année, et comme ce fond n'est que de 2m. 'J;) en contrebas du fond du lit au pont de pierre aval de flrenoble, si les exhaussenieiils continuaient à se produire dans les mêmes conditions, dans moins d'un siècle le lit actuel de llsore serait complètement obstrué, et la ville de Grenoble condamnée à une ruine certaine ^

3^. Riieoiiibrenicnt de» voicM clo eommaulcation. —

Quant aux roules rt aux «•honiins, que Ton ne peut établir dans les vallées étroites que sur les lils de déjection, ils sont coupés et recouverts de débris aprî.'s chaque crue, de sorte que la circulation se trouve interrompue. — On a souvent entrepris des travaux (le défensi' pour forcer les déjeelions à se déposer en dehors des chaussées; mais ces travaux n'ont jamais «ju'un caractère provisoire rjnand les routes traversent des torrents en pleine activité ; d(» l:i une sréne considérable pour les transports, et des dépenses tri's sérieuses chaque année.

Pour les chemins de fer, le mal est encore plus grand, car là il

1. l'!:i îi-lirnVJ;iril «lue l'apiiorl «les matériaux reslàl le irir'm(\ (îoinrne le barraire s'u'IniiLrc, dans lo soiis dii prnfil en Inn^ de la rivi«'re, au lur el à l^.o^ure que i'exiiaussi.'menl auiriuiMite. ra-^croissement de hauteur aunuel irait sans ees?e en diminuant ; mais la ruine delà ville, pourtHre relardée, n'en serait pas moina certaine.

116 CIIAPITHE SEPTIÈME

faul chercher à éviter à lout prix toute interruption de circulation, si grave pour Tinduslrie et le commerce et si coûteuse pour les compagnies. Aussi voit-on souvent les voies ferrées passer en tunnel sous les lits de déjection, le tracé étant rapproché du pied de la montagne. — Pendant la période delà 2* phase, on les établit en amont du point oîi commencent les divagations et elles paraissent on pleine sécurité. Mais pendant la 3* phase, le point où commencent les divagations remonte rapidement, et à moins que le tunnel n'ait une longueur considérable, il arrive souvent que le torrent, quittant son lit en amont de ce tunnel, se jette encore sur la voie en suivant les flancs du lit de déjection. D*oii la nécessité d'allonger la percée soit vers le flanc droit, soit vers le flanc gauche, sans pouvoir encore jouir d'une sécurité absolue. C'est ce qui est arrivé, il y a quelques années, dans la Maurienne. Le torrent de Saint-Martin, se déversant sur son flanc droit, a jeté tout à coup une partie de ses déjections sur le chemin de fer du Mont-Cenis et a interrompu la circulation pendant plusieurs jours.

Voilà quels peuvent être les ravages causés dans la plaine.

an. Ravages oaniiéA datin la iiiontaKiie — Dans la montagne, les éboulemcnlH des berges entraînent jusqu'au fond du lit les propriétés cultivées qui allaient jusqu'à leur sommet; ces berges sont, comme je l'ai déjà fait remarquer, généralement très profondes, et les parties qui tombent sont souvent considérables.

D'autre part, quand des glissements se produisent, les masses en mouvement peuvent s'étendre très loin de la cnMc dos berges, et l'on remarque, à de grandes dislances des rives, dos crevasses parallèles au torrent. Des villages biltis dans la montagne se trouvent compris dans ce mouven^ent de glissement, dos maisons sont lézardées et menacent de s'écrouler avec le liane do la montagne dans la gorge du torrent.

C'est ainsi que dans le bassin du torrent de la Grollaz, situé dans la Maurienne, près du Mont-Coilis, le hameau de Villard n'a pas une maison qui ne soit lézardée. Quelques-unes ont déjà comnioncé leur mouvement de descente, et ont dû être abandonnées. On voit mémo des ruines d'anciennes maisons dans le milieu dt»s talus des berges du torrent. — Sur la rive gauche du Bugeon et du torrent de Sainl-Jullien, deù.>: villages descendent

HAVACES CAUSÉS PAR LKS TORRENTS il7

insensiblement vers le lorrcnl et se Irouvenl compris dans des lignes de crevasses qui les englobent co:npliîle:n:î:it. Dans Tun d'eux, certaines maisons ne sont plus qu'à 10m. do la crèle do la berge. Nul ne doule que ces villages ne soient abandonnés et enliferemont détruits, si l'on ne se 1k\Io de porter remède à uno situation si pleine de périls.

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Tll.U'4l\ DE (10ltRË(!TI0)i DES TORRENTS

PROPOSITIONS PRELIMINAIRES

UÉSISTANCK ET STABILITÉ DES CONSTRUCTIONS EN MAgONNKFlIR

La premièro coiulilion îi remplir pour qu'une couslruclion en mnçonnorit? aifune longue durée, c'est que les malériaux ([ui la composent résislent aux agents «leslrucleurs atmospliériques, tels que le irel, le tl»\irel, Teau, etc. Il est bien clair que si Ton eni- ])loyail (1<'S pierres frclives dans les coulrées où les gelées se répi'IcMil souvent, les ooMSiruetions se (lélérix)reraienl rapidement. De mén)e une maçonnerie faite dans un torrent avec un mortier peu ou point liytlrauliquc serait hienlol détruite.

La deuxième condition, c'est que les matériaux ne doivent pas être soumis à doselîorts supérieurs à ceux qu'ils peuvent supporter en toute sécurité.

La troisirm»' enfin, c'est que la construction soit parfaitement stable», c'est-à-dire établie de telle façon qu'aucun mouvement de son ensnnbîe.si jxMit (]u'il soit, ne puisse se produire.

Mous nr nous oi.'cuperons pas ici de la première condition ; nous n'exaniinrrons (|ue les deux dernières, celles relatives à la résislaïu'e et à la stabilité.

IlESISTAiNCE DES CONSTRUCTIONS EN MAÇONNERIE

40. IVotion» préliniiiiaires. -■ Réniiitancc des corps «o* liilcM h la compression dniis le cns d'une char^re nnlformément répartie. — Dans les constriiclions en maçonnerio, les nialériaux étant généralement soumis à des efforts de compression, nous allons rappeler brièvement les lois de la résistance des corps solides à la compression.

Nous ne nous occuperons d*abord que des prismes à section constante.

Il y a deux cas à examiner, suivant que la charge qui tend à raccourcir le prisme est ou non répartie d'une manière uniforme sur la base supérieure de ce solide.

Voici les faits que Ton observe dans le premier cas :

Quand on fait cesser Teffort après l'avoir laissé agir pendant un certain temps, le corps ne revient pas entièrement à son état primitif; un raccourcissement permanent a pris naissance. Mais, ce premier raccourcissement produit, si l'on fait croître l'effort, les raccourcissements augmentent proportionnellement aux cbarges, et cette loi persiste jusqu'à une certaine limite pour laquelle cette proportionnalité cesse, autrement dit au-delà de laquelle les raccourcissements croissent plus vile que les charges jusqu'à ce qu'on arrive enfin h la rupture.

De plus si Ton fait varier dons les expériences l'eflort P, la longueur L et la section S du corps expérimenté, on trouve que

PL le raccourcissement / est chaque fois proportionnel à —, de

sorte qu*on peut écrire :

PL i

E étant un nombre constant pour une même substance, nombre ju'on a désigné sous le nom de coefficient délasùcUê. On mol erénéralement cette égalité sous la forme :

KÉSISTANCR ET STABt* DES CONSTRUCTIONS EN MAÇONHe 424

Le coefficient d'élasticité a été déterminé expérimentalement pour les principaux corps solides employés dans les conslruclions.

Le premier membre - de Téquation fondamentale exprime la

charge, par unité de surface, supportée parle corps considéré.

Si Ton veut calculer les dimensions d'une pièce de telle sorte que cette dernière, sous rinduence d'une charge donnée, n'éprouve qu'un raccourcissement non dangereux pour la sécurité

de la conslruclion dont elle fait partie, on donnera à r- une va-

leur convenable, suivant la nature du corps ; en multipliant cette valeur par le coefficient d'élasticité, on obtiendra un nouveau coefficient N qui exprimera la limite de charge permanente par mètre carré qu'on peut faire supporter à la pièce avec sécurité.

La formule précédente deviendra alors :

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