DIFFICULTÉS «E L'ENTREPRISE
i. Conuldérationa xénéralri». — Nous n'avons nullement 'intention défaire une élutlc approfondie sur les travaux de reloisement ; mais il nous était difficile de ne pas parler de ces 'avaux qui, sur certains versants, ne peuvent être exécutés sans me consolidation préalable du sol. Notre lâelie se trouve du !Ste simplifiée par la publication de livres spéciaux et notamleul du traité de M. DemonUey, dans lequel nous avons larg'elent puisé. C'est uu simple récit que nous alloiis faire, notre ntention étant uniquement tle montrer aux lecteurs de l'Ëncycloidle les conditions dans lesquelles ont été entrepris la restaulion et le reboisement dos montagnes du midi de la France, nsi que les résultats obtenus par l'administration foresive.
Ces montagnes se présentent sous l'aspecl de trois cliatncs irincipales ; les Pyrénées, les Cévennes el les Alpes.
Dans les Pyrénées les roches, de formation ignée, sont très soldes et peu aiïouillables ; l'e^posilion générale est colle du Nord, climat est assez buniide; les forêts et les pAturages, que lionime n'a pu encore détruire, y sont dans un état de conser- 'ation relative ; et si, sur certains points, d'importants travaux
de consolidation sont nécessaires, les travaux de reboisement ne sont pas appelés à occuper de vastes étendues, et sont relativement faciles à exécuter.
Les essences qui croissent spontanément dans les Pyrénées sont principalement le hêtre et le sapin dans la haute montao^ne, le chêne mélangé au hêtre sur les versants d'altitude moyenne, le chêne seul sur les derniers contreforts du massif. On rencontre, indépendamment de ces essences principales, quelques peuplements de pin sylvestre dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Orienlales ; des massifs de pins de montagne dans les Hautes- Pyrénées, la Haule-Garonne, TAriège et surtout dans les Pyrénées Orientales ; puis, à l'étal isolé, des érables, des tilleuls, des frênes et des ormes. L'épicéa y est inconnu, el il y aurait témérité à l'introduire en dehors de sa station naturelle.
Dans les Cévenncs les roches sont surtout granitiques et schisteuses. Malgré Taptitude bien connue de ces terrains pour la culture forestière, les sommets y sont complètement dénudés, et de nombreux torrents se sont formés sur les versants. Les pluies s'y manifestent avec une violence inconnue dans d'autres régions ; lors des inondations du mois de septembre 1890, des pluviomètres placés à Génolhac, sur la rive droite de la Cèze, ont accusé 87 centimètres d'eau en 72 heures. Cependant les travaux de reboisement accomplis en exécution de la loi de 1860 n ont pas présenté de très grandes difficultés. Los populations ont accepté sans trop murmurer les conséquences de l'application do cette loi, et les bras n'ont pas manqué pour mener à bien l'œuvre entreprise. D'un autre côté ces montagnes ne s'élèvent guère au-delà do ISOO mètres ; et quoique le climat présente, au point de vue de la réussite des repeuplements, quelques-uns des inconvénients que nous signalerons plus loin en parlant des Alpes, les terrains conservent toujours une certaine fraîcheur grâce à l'imperméabilité de la roche sous-jacenle et à la végétation arbustive que l'on y rencontre encore hahituellemonl. Il en résulte que les procédés employés pour les semis et les plantations rentrent généralement dans les conditions ordinaires, tout en réclamant néanmoins plus de soins et de précautions que dans les Vosges ou dans le Jura.
Les (iévennes sont caractérisées fonîstièrenient par la végétation spontanée du clullaignier dans les régions basses, du chêne rouvre et d Ure dans les régions moyennes, du hêtre
REBOISEMENT. DIEf JCUITliS IIK L'ENTREPRISE
asft
et du sapin dans les rég;ion3 les plus élevées. Oii lrouv«, en mélange avec le liètre, h frûnc el l'aune blanc dans les parties humides, I '(arable à feuilles d'obier et l'alisier blanc dans les parties sèches.
Nous nous sommes assez étendu dans la première partie (article 11) sur ta nature niiuéralogiquo des roches qui constituent les Alpes pour être dispensé d'y revenir ici. Les essences forestières qui croissent spontanément sur les lianes de ces monlag'nes sont dans les rég;ions basses le pin d'Alep, le chêne vert, le chêne rouvre ; dans les régiuns moyennes l'orme, le frêne, le sapîu, le pin sylvestre; dans les régions élevées l'épicéa, le mélèze, le pin de montagne, l'aune vert, le pin cembro qui monte jusqu'à S500 mètres.
Ici, les diflicuUés furent.nombreuses au début des travaux. Les forestiers se Irouvaieiit en face d'une œuvre grandiose, mais tout il fait neuve pour laquelle tout leur manquait, guide et tradition; Don seulurncnl ils eurent à lutter contre toutes les forces aveugles de la nature, mais encore à combaltrc les résistances qu'ils trouvaient chez ceux-là même qui auraient dû les aiderdans leur tftche ingrate.Nousallons d'ahord dire queliiucs mots des difficullés morales de l'entreprise, puis nous passerons en revue les diflicultës matérielles qui tiennent à la disposition des terrains à reboiser, au climat et à la nature du sol.
91. DinicuKéM morales. — La loi (le 1860 avait divisé en deux classes les travaux de restauration des montagnes.
Dans la première classe étaient rangés les travaux dont l'exé- .cution dlait réclamée par l'intérêt général, et qui portaient le nom de Iravatix ofiHi/atoires. (Chaque fuis que rinlérèl public était en jeu, l'Elal, apri's avoir déterminé les périmiitres des terrains à reboiser, mettait eu demeure les propriétaires d'avoir à exécuter les travaux el. eu cas de refus, se mettait immédiatement en mesure de procéder lui-même au reboisement. Lorsque les terrains appartenaient à des particuliers l'Étal pouvait les acqui^rir, soit à l'amiable, soit par voie d'expropriation ; lorsqu'ils appartenaient iKux communes, il pouvait les occcupcr et y exécuter d'ofHce les iravBUS de reboisement, mais il était tenu de les restituer, soit contre le remlioursenient des sommes avancées par lui, soit twntre l'abandon de la moitié de la partie reboisée, partie sur laquelle la commune conservait un droit de parcours pour les
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troupeaux. Enfin, pour bien montrer son caractère conciliant, la loi stipulait que le reboisement ne pouvait annuellement porter que sur un vingtième de Télendue de chaque périmètre.
Dans la seconde classe étaient rangés les travaux qui, bien qu'utiles au point de vue général, n'avaient pas un caractère d'urgence assez accentué pour justifier une dérogation au respect du droit de propriété. L'Etat se bornait à y favoriser le reboisement par des primes en argent ou par des distributions de graines et de plants. Ces travaux portaient le nom à^ facultatifs.
Ces dispositions, pourtant conciliantes, mécontentèrent les propriétaires intéressés, à cause des restrictions qu'elles apportaient au droit de pâturage ; et c'est pour faire taire les nombreuses réclamations qui s'élevèrent à cette époque que le gouvernement fit voter la loi de 1864, d'après laquelle le regazonnement pouvait remplacerle reboisement d'une partie des péri mètres. Le parlement, en adoptant cette loi, espérait donner satisfaction aux réclamants, et trouver dans la reconstitution des pâturages un moyen efficace, comme la forêt, d'éteindre les torrents. Les événements trompèrent cette attente ; on reconnut bien vite que le gazonnement ne peut avoir d'utilité, au point de vue de l'amélioration des pâturages, que dans les hautes régions; car c'est là seulement que la végétation herbacée se maintient à l'état serré. Dans les régions situées au-dessous, ce ne sont plus les mêmes espèces végétales ; on ne rencontre que des touffes isolées qui, séchant pendant l'été, sont sans la moindre influence sur les eaux versées sur le sol par les orages. Devant ces constatations, il fallut revenir aux prescriptions de la loi de 1860.
La lutte fut souvent vive entre les forestiers et les montagnards que les premiers s'efforçaient de sauver, malgré eux, des ruines qui les menaçaient.
Bien souvent l'on manqua de bras pour commencer les travaux, et il fallut faire venir des ouvriers étrangers, notamment des Piémontais. Mais les montagnards cherchèrent à les empêcher de travailler, et Ton dut quelquefois avoir recours à la force armée comme en témoigne le récit suivant, que nous empruntons à un article publié en 1881 par M. Clavé dans la Revue des Deux Modules, Il s'agit du torrent de Vachères *.
l. Le reboisement ries Alpes, par M. Clavé, Revue des Deux Mondes, tome 43, année 1881.
REBOISEMENT. niFriCL'LTÉS DE l-ENTriEPRISE
■Mi
a Débouchant sur la rîvo gaucho de la Dnrance, à loOO m, en 1 aval d'Ehihrun, ce ton-ent occupe le fond d'une grande vallée t dont les versants ont environ 3000 m. d'altitude. Le }ias.sln de r réception, dont l'étendue n'a pas moins de 6000 hectares, cora- I prend plusieurs communes dont l'existence même était niena- I céo au momeni des crues. Celles-ci étaient prolong;ées et ter- I ribles, surtout lorsque les neiges accumulées dans les parties I supérieures fondaient subitement sous l'action des pluies du 1 printemps ; les eaux alors coulaient entre des berges de plus I de 100 m. de hauteur, qu'elles minaient par le pied, et qui s'é- 1 boulaient avec fracas, entraînaient avec elles des masses X énormes de boues, de sables et de rochers, et se répandaient f dans la Durance en détruisant les routes et les ponts et en fort mant un immense lit de déjections de plusieurs kilomètres I d'étendue. Le soi de la montagne, crevassé de tous c&tés, ck- [c posait les cultures et les habitations à être enlralnt^es par le ( courant. Il était impossible delaisserles choses dans cet état, et M diîs la promulgation de la loi on s'occupa de fixer le pôrimfetre ï des terrains à reboiser et à consolider. Il semble qu'en pré-
< sence des dangers qu'elles couraient, les communes auraient 1 dû se montrer favorables à celle opération ; il n'en fut rien. « L'une d'elles, il est vrai, celle de Baratier. ne s'y montra pas I hostile ; mais les deu.'; autres, colle des Orrcs et celle de Stt Sauveur, liront une opposition des plus vives. Néanmoins, on c passa outre, et dî-s IStii, les travaux commencferenl.
u Tout alla bien pendant quelques jours, mais bientôt les po- » pulations de ces deux villages se ruèrent sur les chantiers et t forcèrent les ouvriers îi les abandonner. Le soos-préfet, qu! ï vint sur les lieus, vit son autorité mt^connue et dût se retirer. « Le juge d'instruction, bien qu'escorté par la gendarmerie, dût i en faire autant et laisser entre les mains des émeutîers les prir sonniers qu'il avait d'abord fait arrêter. L'agitation no se cal- :i ma quo sur une dépèche arrivée de Paris, annonçant que l'opér ration serait suspendue jusqu'après la promulgation de la loi ( sur le gazonnement. En 1863 les travaux furent repris sur la K commune de Baratier, avec le consentement des habitants. En ( 1867, nn fît mettre en défends, c'est-à-dire à l'abri du p4tu-
< rage, une partie des terrains des communes des Orres et de •t St-Sauvour et, grilce à la prudence et Ji la fermeté qu'on dé- K ploya, on riussil à retourner '^i complètement l'opinion que
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« les plus opposants durent reconnaître l'utilité de cette me- « sure. »
Ajoutons que les monlagnards, voyant Therbe et Tarbre pousser sur des versants qu'ils avaient toujours vus dépouillés de végétation, se rapprocheront peu à peu. L'argent fit le reste; on donna de bons salaires, on occupa les ouvriers aux mooientsoii ils n'avaient rien à faire ; on utilisa même les femmes et les enfants.
Le bien-être qui s'en suivit montra l'œuvre du reboisement sous un aspect plus favorable. Knfin, quand les habitants virent des ravins^ dos torrents maîtrisés par les arbres qu'ils avaient plantes, par les clayonnages et les fascinages qu'ils avaient construits, ils furent bien obligés de reconnaître Tutilité des travaux entrepris.
(^est dans cette période si difficile du début que Ton put cous- ' taler l'antagonisme entre les sections d'une même commune; celles du fond de la vallée réclamaient constamment des secours contre les incursions que faisaient les torrents sur leurs propriétés, tandis que celles des montatrnes protestaient contre tous travaux de nature à restreindre la jouissance de leurs pâturages.
En face de cet antagonisme, qui n'était que l'expression locale des besoins des populations de la plaine et de la montagne, le législateur dut rechon*her les causes du mauvais vouloir des populations pastorales, et il tinit par reconnaître que leur résistance n'était pas sans reposer sur (juelque fondement.
Malgré les atténuations dont le législateur de 1860 avait entouré son (imvre (primes, subventions, indemnités pour privation temporaire de pâturage), le reboisement était, on réalité, exécuté aux frais des populations de la montagne. L'administration forestière exécutait sur les propriétés des communes des travaux que celles-ci devaient payer un jour, soit en argent, soit en terrain.
Sans doute les abus du pâturage étaient la cause principale du mal, et les populations monlagiiardos pouvaient en être rendues responsables vis-à-vis des cultivateurs des vallées inférieures. Mais b^s communes de la nïontagne répondaient *à juste titre (|u'elles étaient pauvres et hors d'état de n'tnbourser de pareilles dépenses, que les abus tant reprochés «Haienl rci'uvie de générations depuis Ion' ' 'teintes, que la génération actuelle n'a-
nnnOISEMENT. niiriCtTI.Tl'iS de r/ENTREPItlSE 3(13
vailusé Hu pAturage que. su i vaut les traditions et la pratique locale ioujonrs lolérf'o. el qu'il ii'v a de faille à réparer que lorsqu'il existe un devoir légal méconnu el violé.
La nécessité s'imposait des lors d'examiner à fond la principale question du problème économique do la restauration dos montagnes : qui doit supporter la di'pensc dos travaux ?
Fallait-il continuer à l'imposer uniquement aux fils des ailleurs du mal, pauvres, désliéril(!8 et souiïnint eus mômes de l'état «ctuel ?
Fallait-il, ainsi que cela sepralique on Suisse et en Aliemae-ne, répartir la dépense au moyen de taxes locales entre les propriétaires des riches vallées du bas, qui scroril appelés ii bénéficier un jour des travaux à exécuter?
Pallail-ilcnnsliluerdes syndicats entre auteurs el victimes, c'està-dire entre les communes de la montagne el les communes delà plaine, pour répartir la dépense dos travaux exécutés par l'État aux frais des inléressés ?
Les diriicullés que présentaient les dilWrenlos combinaisons, lusciléee par la recherche do l'absolue justice, en ont démontré l'inopportunité el ont inspiré le seul principe praticaliic, éminemment national el digne d'un ^rand el généreux pays comme la France.
La loi du 4 avril 1882 dispose que tonlô la dépense do la restauration de» montagnes sera supportée par l'État; en mémo temps elle a sagement gradué l'importanco des travaux suivant l'état de dégradation dos terrains à reboiser.
Distinguant le mal existant el ie niiii probable, elle a créé, suivant une expression lri>s jusle du rapporteur, les mi'sures curatives elles mesures d'bygifene.
Harlouloù la montagne est ravagée par les turrents. un périmfelre de restauration établi par une loi spéciale viendra permultro i l'administration d'acheter les terrains (particuliers ou communaux) à l'amiable ou par voie d'expropriation (loi du 3 mai IBil], et d'y eirectuer tous travaux de consolidation el de roboi- 'Sement, avec la sécurité du maître opérant sursoit terrain. Telles pont les mesuras curalives.
Les simples mesures d'hygiène sont de deux natures ;
1" Quand la dégradation e,\isle sans présenter des dangers imb)ineuls,un périmêlre de ruine en di' fends, rendu exécutoire par 'un décret rendu en conseil d'État, viendra interdire aux proprié-
iaircs particuliers ou communaux tout acte de jouissance, mais à charge d'indemnité annuelle débattue contradictoiremcnt avec l'administration. Celle-ci ne pourra faire exécuter que Icstrayaui qui, sans changer la nature de la superficie, lui sembleront utiles pour assurer la consolidation du sol. Ce périmètre de mise en défends ne durera que dix années, à l'expiration desquelles l'administration sera libre de l'abandonner ou de l'acquérir.
2** Quand l'abus du pâturage fait craindre pour l'avenir des dégradations analogues à celles qui existent ailleurs, une réglementation du droit de parcours peut être imposée aux communes des régions montagneuses désignées dans des décrets d'administration publique.
Cette réglementation porte sur la possibilité du pâturage, le nombre de tètes de bétail à admettre, la saison du parcours. Comme elle n'enlève aucune jouissance aux propriétaires, et qu'elle a uniquement pour but d'éviter les abus autant dans leur intérêt propre que dans l'intérêt général, elle ne donne lieu tout naturellement à aucune indemnité.
Le législateur de 1882 a réglé le sort des travaux efifectuds en vertu des lois de 1860 et de 1864. Les périmètres de reboisement ont été revisés ; les terrains les moins dégradés ont été rendus aux communes et en partie soumis au régime forestier ; les autres ont été compris dans des périmètres de restauration que l'Etat a achetés à l'amiable ou par voie d'expropriation.
Enfin, par une disposition généreuse, l'Etat a fait abandon aux communes de la créance qu'il avait contre elles pour les travaux exécutés de 1860 à 1882; il a été seulement tenu compte delà plus-value acquise par les terrains restaurés, quand il s'est agi de les acheter.
Cet ensemble de dispositions très sages et très libérales permet de proportionner Timportance des travaux aux crédits alloués annuellement par les Chambres. Le caractère de travaux publics reconnu à Tœuvre du reboisement lui assure la garantie d'une jurisprudence ferme et bien assise. Il y a lieu d'espérer dès lors que les plaintes dont la montagne a si longtemps retenti n'auront plus occasion de se faire entendre, ce qui mettra fin à des difficultés morales et économiques si pénibles pour tout le monde.
9H. Difiiculté'^ mit de la nature du climat. —
REboisiiMKNr. ini'ricLLïKs iJi: i.kmhki'Hise so;;
ïoiisidéréos au poinl de vuo du climat, les Alpes peuvent ôlre diûsées en deux catégories dislincles: la liaule Provence vallée B la Durance), le comté de Nice cl les liautes régions de la Saoie d'une part ; le Uaupliiné et les vallées inférieures de la Savoie lire pari. Dans la premiire le climal est très sec par suite de a rareté des brouillards el des pluies, de la courte durée dos orales; dans la seconde l'air est plus humide, les pluies plus fréquonfis. les orages de plus longue durée.
Dès le début des travauxon se trouvait donc, pour la majeure larLie des terrains a reboiser, en présence d'un ennemi redouable, la sécheresse du climat. Celte séchcreKse se manifeste suroul dans les régions basses olsur les versants situés aux ex- )osilions cliaudes des régions moyennes. Ceux-ci sont généralcaont déboisés et là, comme partout, on voit jusqu'où peut aller à cupidité humaine qui, peu soucieuse des intérêts de l'avenir, tétruit les forêts sur les terrains où pousseronlles meilleurs lierel sur lesquels la durée du parcours sera prolongée par suite de la di.spariliijn plus rapide de la neige â chaque printemps.
Quand plus tard le forestier intorviendra pour réparer les lommages, il se trouvera en face de tcrraiii nus, desséchés, priréH de très bonne heure de la neige qui les abritait et exposés dks ors à tous les dégâts des gelées prinlanières. S'il n'y prend ^ardCfJesjeuues plants qu'il va introduire sur ces I errai ns seront >ieatAt soulevés par lesalternalives de gel et de dégel. Chacun sait, eu effet, que les piaules restées sans abri, et exposées alternativement aux premiers soleils du printemps el aux gelées qui leur succf^denl, se déchaussent avec la plus grande facilité. Ce phénomène s'explique aisément : quand le sol est sous l'inlluencc d'un grand froid, l'eau qu'il contient se transformant en glace augmente de volume et soulève les jeunes plants avec les terres qui les soutiennent ; puis lorsque la chaleur revient brusque- I ment, sans transition, l'eau reprend rapidement son volume pri- Linitif, et les matières terreuses les plus lourdes retombent, laissant en l'air les Jeunes tiges avec les particules de terre les plus rères.
Nous verrons plus tard comment on remédie, dans la mesure l-du possible, aux effets des gelées. Nous ne nous occuperons ici que p'des moyens à opposer à la sécheresse du sol.
La question qui se posait au début des travaux était celle-ci;
faul-il défoncer le sol avant de pratiquer les semis ou les plantatations, ou bien introduire directemenl la végétation ligneuse dans des terres non ameublies? M. Parade, auteur de la Culture des bois de r Ecole forestière , y enBiil d'écrire en 1860 les lignes qui suivent:
« Il est d'expérience que les labours profonds et répétés, ainsi c que le nettoiement trop soignd du sol, ne sont pas en généFal « favorables k la réussite des semis d'essences forestières. L*a- « nalogie qu'on a prétendu exister sous ce rapport entre la cul- « ture des bois et la culture des céréales est une erreur.
a Les céréales, en effet, germent promptement cl, aussitôt « levées, elles ne demandent que quelques semaines pours'en- « raciner à une profondeur assez considérable ; puis, continuant c< à croître rapidement, elles ne tardent pas à devenir assez hautes € et assez fournies pour couvrir entiëremetit le sol et empêcher (( son dessèchement. EnKn ces plantes, qui sont annuelles, « atteignent leur maturité à l'époque des fortes chaleurs etne « courront plus aucun risque de périr.
« Il en est tout autrement de nos essences forestières. La plu- « part d'entre elles, d'abord, ont des graines qui ne supportent « que d'être très peu recouvertes, et néanmoins demeurent quelce quefois longtemps en terre avant de germer; en second lieu, « les jeunes plants pendant la première année (et souvent même c jusqu'à la deuxième et la troisième) restent petits et délicats € déracines et de tige, etnecouvrenlpoint le terrain. Il peut donc « arriver que, par un défoncement complet et très soigné, la terre « ameublie se dessèche à une profondeurplus grande que celle à « laquelle la semence est placée, et qu'ainsi la germination se « trouve entravée; il peut arriver encore que la jeune plantule, « bien que formée, soit entièrement saisie par la chaleur, elpri- « vée ainsi de la fraîcheur indispensable h sa nutrition. Certains « sols même (principalement les sols calcaires), lorsqu'ils sont (C trop ameublis, présentent un danger de plus, celui de donner (( prise aux gc^lées de Tarrière saison et dn printemps. Ces gelées « dans ce cas, bonrsonOlent la terre ii sa surface et soulèvent ainsi « les jeunes plants uiiissants ; puis, lorsque vers le milieu du « jour, le soleil opère rapidement le dégel, I ;s radicelles se dé- « chaussent et, privés dt; leur asîsiiille, les plants tombent et dé- « périssent. »
Quelques an' , à la suite d'une mission dans les Alpes
DEBOISEMENT. LU FACULTÉS DK I.'KNTKIîl'RISE ;tl)7
ccomplie par M. MaHiiou, alors professniir d'hisloïro nalurolln à Ecolo forestière, l'opinion conlraire commença ii percer, cl elle
complëtemeiil prcWalu aujourd'hui. Tout le monde esL d'accord lainlcnant pour rrcoonailre que ramcublissemdiit du soi est néissairc, car c'est sculcmeot dans ce caa que la racine, ou raison e son mode de croisaane*, peut faciiempiila'allnnger ; en outre ït ameubIJsscment, en détruisant la cohésioo des particules lerîuses, permet k l'air de circuler librement; le sol, devenu plus lOrou.^, absorbe plus facilement rbumiditi^ de l'atmosphère, et «lienl une parlio des eaux pluviales qui glissaient auparavant nr des surfaces lassées; eutin la lerre, présentant plus d'aspétéfl, devient plus favorable k la produclion des rosée.s.
Toutes ces condilions réunies font qu'un jeune plant unraciné laus un terrain défoncé peut résister plus facilement au.x ardeurs iu soleil et aux sécheresses prolongées. C'est si vrai que l'on eut élever dans des pépinières, sans abri et sans arrosage, les Bsences d'un tempérament délicat, telles que le h^tre et le ipin.
L'ameublisseinunt du sol trouve surtout son utilité dans tes limais chauds; car, loin de favoriser la dessiccalion du sol,
Dmmoon l'a prétendu bien longlenips, il en maintient au con~ 'aire la fraîcheur. Quand, en effet, un terrain n'est pas cultivé, is particules terreuses qui le constituent sont liées entre elle» 'une façon 1res intime ; «t si la surface vient à se dessécher. Ile produit un appel incessant de l'humidité dos couches situées n-dessous d'elles, de sorlc que le dessfechomenl se propage rapiement de haut en bas. Si, an conlraire, on défonce un terrain !r, on rompt la solidarité des diiïérenles couches entre elles ; Celle delà surfnce ne peut plus attirer vers elle l'humidité inférieure et joue le râle d'un écran protecteur contre la chaleur du dehors.
Des faits nombreux son! venus confirnier celte théorie mise on lumière par M. Mathieu.
<• Il suffit, dilM. Deraontzey (pa^e 180 de la deuxième édition « de son ouvrage), de cnlbuler, en plein été, au milieu des plus K fortea sécheresses, une fourmi 11 ièi-e ou une butte de terre nicu- « ble d'un certain volume, pour constater que son intérieur « iTciie onrore une humidité qu*on n'avait pas soupçonnée.
u Dans les reboisements que nous dirigions il y a plus de ■ viu^tans enAlgérie, à Urtéanaville, un des climats les plus lor-
368 CIIAPITIU-: DIX-NEUVIÈMB
« rides de celle colonie, nous ne sommes arrivé, après de nom- (< breux essais infructueux de toutes les mélhodes connues, à des « résultais certains qu'en défonçant profondément un terrain (( calcaire sec et rocailleux, soumis à des chaleurs qui atlei- « gnaienl jusqu'à près de 70 degrés au soleil et 48 degrés à « Tombre^ et à un climat où le plus souvent, du mois d'avril aa « mois de décembre, les pluies, absolument absentes, étaient « remplacées par les bouffées brûlantes du siroco. Dans les « divers reboisements que nous avons fait exécuter depuis, dans « les climats chauds en France, le défoncement des plus mauvais « sols a produit les mêmes bons résultats. C'est donc sur une « longue et constante expérience que nous pouvons nous baser « pour poser en principe que le défo7icement préalable devra « être d autant plus la règle que le climat sera plus sec et le sol « plus sujet à la dessiccation par sa nature ou son exposition, »
C'est surtout dans les climats secs de la Provence que c^tte règle doit recevoir son application ; dans le Dauphiné, dans la Savoie, dans les régions montagneuses du plateau central, le climat est plus humide^ les pluies plus fréquentes. Bien que Tameublissement dusol soit, là comme ailleurs, une excellente opération, il n'est plus aussi généralement indispensable, il ne s'impose plus, et les meilleurs guides à suivre pour savoir s'il y a lieu de cultiver les terrains à reboiser ne peuvent être que des raisons de rapidité et d'économie bien entendue.
En envisageant la question au point de vue de l'altitude, on reconnaîtra que si le défoncement du sol est souvent nécessaire dans les régions inférieures, il n'est indispensable dans les régions moyennes, qu'aux expositions chaudes, et qu'il devient Texception dans les régions supérieures, où diminuent considérablement les chances de dessiccation. Il existe une règle pratique qui peut servir de guide sur les sols renfermant des traces de végétation herbacée; celte règle consiste à prévoir le défoncement du sol partout où les herbes sèchent dès le mois de juillet. Si cette observation fait défaut, on se guide sur les résultats obtenus dans les régions soumises aux mêmes conditions climatériques, et l'on fait, si c'est nécessaire, quelques essais préalables sur de faibles étendues.
Il est une remarque très importante à faire au sujet de la culturc du sol sur les versants méridionaux des régions moyennes: Nul ne peut contester ([ue le soulèvement des terres produit par les alternaliv- • -^-^ orelct de dégel ne soit favorisé parle défonce-
HEliOl.SKMiîM'. UIFI''ICLXrÈ.S lit: L'ENTRKPHISli: Hm
meiiL, ainsi que l'a fuit remarquer M. Parado. Il importe de combaltre ce phéiiomJjiie, et pour trouver les moyens de défense, il Buflit comme toujours d'observer la nature. Or, il est à reuiarquer que, sur les sols couverts d'iierbcs et de broussailles, les dangers de soulèvement sont atténués, qu'une simple pierre protégeant le pied d'un jeune plant suffit quelquefois pour éviter le déchaussement. Les abiis rendent moins brusques les passages du froid h. la chaleur, les gelées deviennent moins fortes parsuite de la diminution du rayonnement nocturne, et l'échantrement a sol se fait moins rapidement. Prenons bonne note de ces ob- Bcrvationa dont nous nous servirons plus tard.
Signalons une dernière difficulté résultant du climat et qui n'est pas de minime importance. Nous avons vu dans l'article Uti que la végétation forostière s'arrête dans les Alpes h 2,300 m. Or nous avons montré, dans la deuxième partie de cette étude, que pour arriver à l'estinclion complète des torrents, il faut pousser les reboisements aussi haut que possible dans les bassins de réception. On a été obligé quelquefois de faire des semis et des plantations à 2900 m. ou 3000 m. et l'on comprend combien ces travaus sont difficiles à exécuter dans ces hautes régions, dont rien n'égale la rudesse du climat.
Il peut arriver que les bassins de réception pénétrent plus haut que la limite de la végétation forestière; dans ce cas ce serait folie de fonder les moindres espérances dans le reboisement dos terrains les plus élevés de ces bassins; nulle puissance humaine ne saurait y faire venir des arbres. On se contentera do restaurer l'état gazonné. de développer les rares espèces arbuslives qui peuvent y réussir et de consolider les ravines provoquées ir les eaux pluviales et la fonte des neiges.
••. DirUeultéM iiroveuaiK de la diiipoititîau et «le la «•natîtutiou de» (errainit. — Celui qui n'a pas visité les Alpes ne peut se faire une idée des difficultés de toute nature que l'on xoncontro H chaque pas, si l'on veut remonter un torrenljusqu'à source. Ces obstacles n'ont pas arrêté les forestiers dans l'accomplissement de leur lâche ; st^ournant des mois entiers dans la montagne, n'ayant souvent pour refuge qu'une simple baraque en |)lancbâs, ils étudiaient le régime des torrents et levaient tous les plans qui pouvaient les guider dans les mesures à prendre ipoor en arrêter les ravages. Plus tard, dans l'exécution, il fallut
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aller s'installer au milieu des chantiers d'ouvriers pour stimuler leur zèle en donnant l'exemple du devoir poussé jusqu'à l'abnégation ; il fallut faire transporter des plants et des graines par des chemins que les mulets eux-mêmes avaient de la peine à, suivre. Parfois des gardes furent descendus par des cordes dans de véritables précipices pour y semer quelques poignées de graines.
Il n'y avait qu'un moyen de remédier à de pareilles situations, c'était de créer des chemins et des sentiers. Nous montrerons dans l'article 105, comment Ton effectue la distribution de ces chemins, et comment on les trace.
Ainsi que nous l'avons fait remarquer précédemment (article 14), les principaux terrains que l'on rencontre dans les Alpes sont les calcaires, les marnes noires et les terrains de transport.
Or l'expérience de nombreuses années a démontré que ce sont les terrains calcaires qui ont le plus besoin d'une culture préalable, car ce sont ceux qui perdent le plus facilement leur humidité en cas de dessèchement. D'autre part, ce sont évidemment les sols les plus légers qui sont le plus aptes à subir les soulèvements provenant des alternatives de gel et de dégel ; et il est remarquable que, parmi ceux-ci, les terrains calcaires sont aussi ceux qui donnent le plus de prise à ces soulèvements. Il résulte de laque ces terrains sont plus difficiles à reboiser que les terrains argileux ou siliceux.
Les marnes, plus connues sous le nom de terres noires, sont également très accessibles à la dénudation et au soulèvement. Mises à sec, elles deviennent très afTouillables, et ce sont elles qui donnent nai-ssance aux torrents les plus dangereux. De plus, les sulfures de fer qu'elles renfermenl se transforment en sulfates au contact de l'air. Ces derniers finissent par se décomposer, et l'acide sulfurique se combine avec la chaux et la magnésie pour former des sels se présentant sous l'aspect d'efflorescences blanches.
Ces efflorescences, d'une saveur stiptique très prononcée, forment un obstacle à la germination des plantes qui n'ont pas une croissance très rapide, et dont les racines peuvent rester longtemps en conlacl avec ces principes qui, d'après M. Mathieu, sont trop abondants pour ne pas être vénéneux.
D résulte de laque le repeuplement des terres noires constitue,
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comme nous le verrons plus lard, Tun des problèmes les plus difficiles du reboisement des Alpes.
Les terrains de transport ne renferment pas de poison à leur surface, mais ils sont très affouillables, et Ton a de la peine à y installer la végétation, parce que les jeunes plants sont exposés à être entraînés avant de se développer.
Certains terrains, quoique présentant une couche de terre végétale suffisante, ne sont pas assez stables pour qu'on puisse y introduire immédiatement les essences définitives. Ces terrains, soit qu'ils présentent des pentes trop raides, soit qu'ils reposent sur des talus n'ayant pas encore atteint leur pente naturelle, ou pour toute autre cause, se décapent constamment à la surface. Ici les travaux à exécuter sont assez compliqués; avant de faire des plantations, il faut stabiliser le sol qui doit les supporter; le but que l'on se propose d'atteindre n'est pas la constitution immédiate de forêts susceptibles de grands revemis,maîs seulement la création d*obstacles naturels à l'enlèvement des terres.