DES BAINS EN GÉNÉRAL
T ja santé rendit toujours l’usage du bain d’une absolue nécessité; aussi chez tous les premiers peuples voit-on les hommes et les femmes se baigner indistinctement dans les fleuves , dans les rivières et même dans l'onde des ruisseaux r. Les Grecs conservèrent long-temps cet usage, mais ils préféraient se baigner dans la mer, persuadés que les matières salines donnaient non-seulement de la force aux nerfs, mais encore chassaient du corps toute humeur maligne *. Ils regardaient cet usage comme un devoir à la suite d’un deuil , d’une calamité 3 , et croyaient par ce moyen se rendre une entreprise favorable 4 : aussi arrivait-il souvent qu’au milieu d’un combat , les soldats , dégouttants de sueur et couverts de poussière , se plongeaient dans la mer et venaient ainsi purifiés se baigner dans une onde limpide 5 , afin de se donner une vigueur nouvelle et obtenir une victoire assurée.
On faisait aussi usage des bains chauds, dont la découverte est attribuée tantôt à Vulcain6, tantôt à Minerve7; car dans l’une des sources du Xanthe, dont l’onde était bouillante , on avait disposé de vastes bassins où les femmes troyennes venaient se baigner 8, et à Galepsus , petit village de l’Eubée , il y avait des bains de fontaine d’eau chaude , où toute la Grèce se rendait 9. On établit même dans les palais et jusque dans les vaisseaux des bains particuliers 10 , dont les apprêts étaient spécialement réservés aux femmes 11 ; mais les Phéaciens , ces navigateurs dont la magnificence et la galanterie étaient renommées, faisaient particulièrement leurs délices de ces bains13. Comme rien n’indique que les villes anciennes eussent des établissements publics pour cet usage l3, tout porte à croire que ce ne fut que dans les siècles plus rapprochés, lorsque le luxe et la mollesse se furent introduits 14 , que chaque ville eut ses bains publics , Lacédémone exceptée ; les Lacédémoniens préférant les étuves, où ils venaient se faire suer après s’être baignés dans le fleuve Eurotas ,5.
Bientôt un raffinement de volupté établit l’usage de prendre le bain par degrés, et, comme en Laconie, on construisit des étuves pour ceux qui ne voulaient qu’une transpiration abondante : aussi ces vastes édifices servaient-ils d’asile aux pauvres pendant la rigueur de l’hiver l6.
Quoique l’usage de s’oindre et de se parfumer à la sortie du bain , pour adoucir la peau et fermer les pores 17 , soit trèsancien, puisqu’à l’époque de la guerre de Troie on se servait d’huile mêlée de plantes odoi'iférantes et surtout de roses 18 , une loi de Solon le défendit aux hommes : long-temps les Spartiates suivirent fidèlement cette loi , puisqu’ils chassaient de leur ville tous ceux qui vendaient des parfums 19 ; mais lorsque ce peuple eut échangé l’austérité de ses mœurs contre la mollesse des Ioniens , qui eux-mêmes, voisins de l’Asie, importèrent en Grèce toutes les inventions du luxe asiatique le plus raffiné30, cet usage devint général, et les Grecs poussèrent la recherche des parfums jusqu’à donner la préférence aux plus odoriférants, et comme plus propres à conserver la souplesse de la peau11. Pendant plusieurs siècles Rome n’eut d’autre eau que celle de quelques puits, de fontaine ” et celle du Tibre, dans lesquelles les Romains se baignèrent jusqu’à l’an de Rome CDXLI, époque à laquelle Appius Claudius fit venir les eaux de la source de Preneste jusque dans la ville par des aquéducs l3. D’autres censeurs ayant imité son exemple, Rome se trouva pourvue d’eau ; alors les Romains, plus par nécessité que par ostentation14, construisirent à l’instar des Grecs des bains publics15 et particuliers1®. Mais sous les empereurs ces édifices se multiplièrent et devinrent un point central de réunion d’un grand nombre d’établissements d’utilité et de
* Je dois les recherches qui composent cette Introduction à l'amitié de M. Macquet , architecte du Gouvernement.
Hom. Odyss. , liv. vi. Mosch. Idyll., n, vers 3i. Exod., cap. 62. Quint.-Curt., lib. ni, cap. 5. — 1 Athen., lib. 1, cap. ig. — 3 Honi. Odyss., liv. xv. — 4Artemidor., lib. i,cap. 66. — 5 Hom. II., liv. x. — c01ymp., od. xn. Poil. , lib. ix, cap. 6. — 7 Athen. , lib. ni, cap. 35. — ‘Hom. Il, liv. xxu. — 9 Plut., Propos de table, liv. iv, question 6. — Spanh. in Aristoph.Nub., vers. 987. — " Hom. II., liv. xxn.Id., liv. xiv. — “Hom. Odyss., liv. vni. — ,3 Athen., lib.i, cap. 14. — '4Artemid., lib. 1, cap. 66. — ,5 Furgault , Dict. d’antiquités. — ,6Aristoph. in Plat., v. 535. — '’Eustath. in II., 10. Athen., lib. xv,cap. 10. — "Plin., Nat. Hist., lib. ni, cap. 1. Hom. Odyss., liv. ni et xxiv. — ’9Fnrgault, Dict. d’antiquités. — ” Valer. Maxim., lib. n,eap. 6. — ” Athen., lib. xv, cap. 10. — *' Tite-Live, 1,19. Ovid. Fast., ni,v. i3. Ovid. Fast. v, v. 673. — 13 Diodor. , xx-xxxvi, an. 44i. — l4Senec., ep. 86. — ’s Horat. , ep. 1 , lib. 1, v. 92. Cic. Cœl. 26. — ,6Cic. deOrat. 2-55.