INTRODUCTION
plaisir, et prirent une grandeur telle qu’on pouvait les regarder moins comme des villes que comme des provinces entières 1 : ces édifices prirent alors le nom de Thermes 3. Mécènes fut un des premiers qui de ses propres deniers fit élever des Thermes à Rome3; et plus tard un grand nombre furent construits tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la ville4. Dans la suite les empereurs donnèrent à ces édifices la plus grande magnificence , ils les décorèrent des chefs-d oeuvre de peinture , de sculpture , que les Romains , par suite de leurs conquêtes , enlevèrent aux principales villes de la Grèce et de 1 Asie. Agrippa, pendant son édilité,enfit élever cent soixante et dix; mais parmi les Thermes les plus importants et auxquels leurs fondateurs attachèrent leurs noms on remarquait :
Les Thermes d’ Agrippa bâtis vers l’an io de 1ère vulgaire.
de Néron 64
de Yespasien 68
de Titus 75
de Trajan 110
d’Adrien 120
de Commode 188
d'Antonin Caracalla 217
d’Alexandre-Sévère 23o
de Philippe 245
de Dèce 25o
d’Aurélien 272
de Dioclétien 295
de Constantin 324
Indépendamment de ces Thermes, sous le règne des Antonins on comptait huit cents bains dans la ville de Rome: les principaux étaient ceux de Paul Émile, de Jules César, de Mécènes, de Livie, de Salluste, d’Agrippine , etc. 5. Les Thermes renfermaient de vastes salles qui avaient chacune leur destination et leur nom particulier en raison de leur emploi ; aussi les Romains appelaient-ils apodyterium ou spoliatorium , le heu où l'on se déshabillait avant de prendre le bain®, et où se tenaient les capsarii , esclaves chargés du soin des vêtements7; elœothesium , la salle où l’on conservait les parfums 5 ; unctuarium, celle où les esclaves appelés unctuarii étaient chargés du soin de parfumer avant d’entrer dans le bain comme aussi à sa sortie9 : ces esclaves prenaient indistinctement le nom de pueri unguentarii IO , aliptæ ", parce qu’ils étaient également chargés de la garde des essences ou des huiles parfumées déposées dans de petits vases d’albâtre 13 , ou dans des fioles de corne à long col appelées guttus 13 et quelquefois rhinocéros l4.
Les salles destinées à l’usage des bains proprement dits avaient en leur milieu de grands bassins appelés baptisteriurn , natatio, quelquefois piscina l5. Les baigneurs se mettaient pêle-mêle dans ces vastes bassins où l’on pouvait nager ainsi que dans une petite mer 16 ; aussi arrivait-il souvent que le désir de se placer vous faisait recevoir de si rudes coups , que l’on était renversé et foulé sous les pieds de la foule empressée1’. Les Romains, qui adoptaient en tout point les mœurs et usages grecs , prenaient le bain par degrés. Ils passaient du froid au tiède, ensuite au chaud , de là aux étuves , et revenaient ensuite aux bains chauds, de ceux-ci aux tièdes, et puis ensuite aux froids.
Ils appelaient frigidarium ou cella frigidaria , la salle où l’on prenait le bain froid*8, celle du milieu tepidarium ou cella tepidaria 19 , quelquefois cella media 30 , car cette salle, où l’on prenait le bain tiède, tenait, par l’air tempéré quelle contenait, le terme moyen entre le frigidarium et le caldarium ou cella caldaria , salle du bain chaud 3I, qui elle-même servait de passage au sudatorium, lieu disposé pour favoriser la sueur 33 et attenant, lequel était le laconicum ou étuve. Ces dernières salles étaient chauffées par Xhypocauste ou par des fourneaux , propnigeum 3\ Le balneator, ou la personne chargée du détail des bains34, avait sous ses ordres des esclaves publics attachés aux diverses salles pour le service des baigneurs.
‘ Ammien Marcellin, liv. xvi, chap. 57. — 1 Tite-Live, 36-i5. — 3 Dion Cassius, liv.iv, p. 553. — 4 Plin. , Epist. 4-8. 3 Victor etRufus.
6 Cic. Q. Fratr. 3-17. Plin. , lib. v , epist. 6. — » Pignor. de Serv. 1 19. - s Vitruve. — » Plin. , lib. 11 , epist. 1 7. Mart., lib. vu , ep. 3i . — "Pignor. de Serv. 4o. — " Cic. Fam. 1,9-35. Juv. sat. 3, v. 76. — " Serv. in Virg. œn. 1-697. — '3 Juv., sat. ni, v. 263. — Juv. , sat. m , v. i3o. — *s Cic. Q. Fratr. 3-i. — “Plin., lib. 11 , epist. 17. — '■> Plin. , lib. 111 , epist. 14. — “Cic. Q. Fratr. 3-i. — «Cic. Q. Fratr. 3-i. — ï0 Selon Pline. — *■ Cic. Q. Frat. 3-i. — ” Senec. Epist. 52. Cic. Q. Fratr. 3-17. — ,J Plin. , lib. 11, epist. 17. — *< Cic. Cœl. xxvi , Phil. i3-I2.
DES BAINS EN GÉNÉRAL. ix
Leurs noms désignaient leur emploi; les fornacatores chauffaient et entretenaient les bains1, les alipili étaient destinés à épiler3, les tractatores étaient chargés de frotter les muscles 3 , usage encore en vogue chez les peuples orientaux ; plus tard cet emploi fut confié à des femmes4, ainsi que celui d’épiler non-seulement les poils du visage et ceux des jambes, mais encore ceux des aisselles5 : ces femmes prenaient alors le nom d ' ustriculce6 .
Le sti’igile était composé de deux parties, le manche et la languette, qui, courbée en demi-cercle, était creusée en forme de rigole à son extrémité, afin de former canal pour l’écoulement de l’eau et de la sueur : cet instrument était de corne 7 , de cuivre s, d’argent et même d’or 9 ; mais les plus estimés venaient de Pergame , ils étaient en fer 10, et servaient aux alipili pour racler la peau de ceux qui se baignaient , après leur avoir lavé le corps avec des éponges blanches ou frotté avec des liuges appelés lin te a “.Ils employaient également la pierre-ponce du mont Etna pour adoucir et unir la peau 13 , et ensuite la résine ou le suc des végétaux pour rendre flexible l’épiderme desséché par la pierre-ponce ,3. Mais dès que le préteur Verrès eut introduit à Rome l'usage de se parfumer et de se couronner de roses, les Romains employ èrent les huiles parfumées de la fleur appelée cyprus, qui fortifie les membres et mollifie toutes les parties du corps 14 . Poppée , femme de Néron , imagina une espèce de pommade , appelée depuis poppœanum , faite de lait d'ànesse, pour conserver la souplesse de la peau ,5: quelques hommes, à son exemple, se servaient de semblable pommade, entre autres Othon16.
Comme se faire épiler dans les bains publics était la marque d’un caractère efféminé 17 , quelques hommes employaient uue composition pour faire disparaître des bras, des jambes, de la figure les poils qui y naissent 18 ; cet onguent ou pommade était appelé psilolhrurn ou dropax 19 : quelquefois ils se servaient de bandelettes enduites de gomme ou de résine de la forêt des Brutiens 30 , ou brûlaient ces poils à la flamme des coquilles de noix31 , comme faisait Denis-le-Tyran33.
Les bains qui furent premièrement inventés pour aider la digestion et conserver la santé, passèrent en délices et devinrent un objet de volupté. Long-temps l’usage fut de se baigner avant le souper 33 , à la huitième heure en été , à la neuvième heure en hiver34, et plus tôt les jours de fêtes35; mais sur les derniers temps les Romains se baignaient jusqu’à sept fois par jour: aussi la santé en était-elle affaiblie ’6. Ceux pour qui la décence et l’honnêteté n’étaient point un frein, en sortant de table se jetaient dans le bain pour reprendre de l’appétit 37 ; mais cette coutume était regardée comme une marque d’intempérance ’8. Antonius Musa, médecin, ayant délivré Auguste d’une maladie grave par les bains froids, cet usage devint général’9; mais il fut de courte durée , et tomba dès qu’ Antonius Musa eut fait périr Marcellus , par suite d’une fausse application de ce remède30. Pline le naturaliste avait coutume après s’être couché au soleil en été de se mettre dans un bain d’eau froide5, , de composer , de se faire lire ou de dicter ses œuvres pendant qu’il sortait du bain et qu’il se faisait essuyer , regardant comme perdu le temps qu’il n’employait point aux lettres33. Les hommes studieux en agissaient ainsi33, tandis que de riches efféminés affichaient un luxe et une mollesse révoltante : ces derniers s’exposaient à la chaleur la plus intense de l’étuve, et, ainsi qu’Héliogabale , ne se baignaient jamais que l’eau n’eùt pris la teinture du safran ou d’autres herbes plus précieuses, et livraient leur corps à la dextérité des pinces épilatoires, appelées volsellœ 31 ; craignant peu d’annoncer des mœurs dissolues, ils portaient une bague à chaque doigt35, et mettaient tant de recherche dans le choix des bijoux, qu’ils avaient des bagues plus légères pour l’été et d’autres plus lourdes pour l’hiver36, qu’ils quittaient toujours aux bains et donnaient avec ostentation aux esclaves 3?.
Le son de la trompette annonçait l’ouverture des bains 38 ; alors les balneatores , ceux qui venaient prendre le bain 3fl, donnaient au balaeator une faible rétribution, un quadrans 40 (*), et pouvaient alors à leur volonté se baigner dans chaque salle, après s’etre livrés aux exercices variés du corps4', dont la bonne disposition influe tant sur les opérations de l’esprit43.
Pignor. de Serv. 42. — 1 Pignor. de Serv. 42. — 3 Pignor. de Serv. 42. — 4Mart., lib. ni, ep. 82. — sJuv., sat. vm, v. 16-1x4. Senee. , epist. 54. — “Tertull. dePall. 4- — ’Suet., Aug. 80. — 8Perse, sat. 5, v. 126. — ’Horat., lib. u, sat. 7, v. 84- — '"Mart., lib. xrv, ep. 5i. — 11 Juv. , sat. xi, v. i58. — "Juv., sat. vm , v. 16. — ,3Plin. 34-21 , S. 42- — 14 Selon Pline. — 15 Plin. 11-41-28-12, S. 5o. Juv. , sat. vi, v. 46».— '6Juv., sat. xi, v. 107. Suet.,Oth. 12. — '7 Gell. 7-12. Juv., sat. xi, v. i5y. — 18 Suet., Cœs.45, Galb. 22. — '9Mart., lib. ni, ep. 74, lib. iv, ep. g3.
— ”Juv., sat. ix, v. 14. — ” Suet., Aug. 68. — "Cic. Tusc. 5-20, Off. 2-7. — j3Plaut. Stich., v. 2-19. — 34 Plin., lib. ni, epist. 1. Martial., lib. x , ep. 48. — ,s Juv. , sat. xi , v. 2o5. — 16 Plut., Préceptes de santé ,8. — 37 Hor. , lib. 1 , ep. 6 , v. 62. — 38 Perse et Juvénal. — 39 Suet., Aug. 5g-8i. — 3°Dio, 43-4o — 51 Plin. , lib. vi, epist. 16. — 33 Plin., lib. m,ep. 5. — 33 Suet., Aug. 85. — 34 Mart., lib.ix,ep. 28. — 36 Mart., lib. v, ep. 1 1, ep. 62. — 36 Juv., sat. 1, v. 28. — 3jTerent. Heaut. 4-1-42. Ovid. Amor. 2-1 5-23. — 38 Mart. , lib. i4, ep. i63. — 39 Horat. , lib. 1, sat. 2, v. 2.
— 40 Horat. , lib. 1 , sat. 3 , v. 237. — Juv. , sat. vi , v. 446. — 41 Horat. , ep. i-5g. — 43 Plut. , Préceptes de santé , 33.
(*) Selon 1 opinion de Gassendi, l’<w romain valait neuf deniers de notre monnaie (l’once d’argent était estimée de son temps soixante et dix sols); le denier romain valait dix as, c’est-à-dire sept sols six deniers de notre monnaie, le sextertium cent une livre dix sols (en 176g I once d argent valait six livres et le marc cinquante livres ; il est aisé de faire l’évaluation des monnaies romaines, en tout temps l’once d’argent étant la base fixe) : le quadrans étant la quatrième partie de l’as valait donc deux deniers et demi.