X INTRODUCTION. — DES BAINS EN GÉNÉRAL
Le spliéristère (sphœristerium ) , la palestre, l’éphébée ( ephebeum J, et le xiste, étaient les lieux destinés à ces exercices gymnastiques, ainsi appelés parce que pour s’y livrer on quittait ses habits et l'on se mettait presque nu ‘ : de-là on nommait gymnaste ou gymnasiarque celui qui présidait aux jeux2, xistarque, la personne chargée seulement de surveiller les exercices du xiste3; de même ceux qui se livraient à ces jeux prenaient indistinctement le nom de palcestrici ou xïstici 4 , et discoboli lorsqu’ils lançaient le disque dans l'éphébée. 11 y avait des professeurs, exercilatores , qui enseignaient ces exercices dont l’ouverture avait lieu entre la huitième et neuvième heure6; les préteurs seuls, vu leur occupation publique, s’y rendaient à la dixième heure7.
Dans les Thermes les Romains se livraient à tous les exercices du champ de Mars; ils faisaient voler dans la lice le disque de Sparte lourd et brillant a, quelquefois ils fendaient l’air avec le palet, avec des boules de fer, de plomb ou de pierre, garnies d’une courroie 9, lançaient le léger javelot 10 , exercice auquel les habitants de Silas étaient habiles " , faisaient des courses à pied et à cheval I2, et s’exercaient à la lutte ou à franchir un espace ou un cerceau ‘3. Ceux qui se livraient à ce dernier exercice se chargeaient quelquefois la tête ou les épaules de poids assez lourds , pour mieux montrer leur force, ou portaient des chaussures de plomb , et prenaient dans leurs mains des masses pour former balanciers '4, et ainsi chargés s’élancaient à travers un grand cerceau de fer ou de cuivre, sans en toucher les bords, en jetant en même temps en l’air ces mêmes masses pour donner à leur corps plus d’élasticité l5.
A l’exemple des Lacédémoniens '6, ceux qui prenaient l’exercice de la lutte, après s’être fait frotter le corps d’une huile de peu de valeur17 ou d’une espèce de cérat appelé ceronta ,8 , pour pouvoir se prendre plus facilement, se roulaient dans la poussière, ou se couvraient réciproquement d’un sable fin conservé dans le conistère, lieu destiné à cet usage1®. Quelquefois même pour appesantir leurs mains, ils les accoutumaient à tenir de fortes masses de plomb dont le poids les tirait en bas, et dans la lutte devaient faire seulement usage de leurs bras20. La lutte prenait le nom de pancratium lorsque les athlètes, couchés par terre, se roulaient l’un sur l’autre et s’entrelaçaient de mille manières différentes21. Il était encore une infinité d’autres exercices auxquels les Romains se livraient; mais, accoutumés à la vie molle des Grecs, ils donnaient la préférence à la paume, trouvant cet exercice moins pénible22. Les uns, le bras garni de brassards, s’échauffaient avec l’exercice de la paume triagonale, pila trigonalis , ainsi appelée parce quelle se jouait à trois personnes placées en triangle23; d'autres, moins robustes , poussaient avec le poing le ballon gonflé de plumes ,fbllis pugillaris ou foUiculus'li: tandis que ceux que l’ardeur du jeu empêchait d’en sentir la fatigue, s’arrachaient et lançaient avec vigueur la paume villageoise, pila paganica ou harpastum , jeu pénible et difficile vu la grosseur et la dureté de la balle 25 .
Ceux qui ne se livraient point à ces différents amusements , se promenaient à l’ombre sous les plantations qui entouraient les bains proprement dits 26 , sous les portiques , sous les galeries27 et dans les bibliothèques28, dans les exèdres ou salles de conversation, dans lesquelles les philosophes se rendaient pour enseigner leurs doctrines 2®, les orateurs pour y lire à haute et intelligible voix , afin de s’exercer à parler en public 30 , et les auteurs pour y réciter leurs ouvrages 31 ; la voix retentissant plus agréablement dans un lieu renfermé32. Dans les mois de juillet et août surtout, époque où l’on était en pleine vacation33, il était presque impossible d’éviter certains poètes fâcheux qui, bravant les rayons du soleil le plus ardent34, fatiguaient vos oreilles de leurs œuvres importunes, et vous poursuivaient jusqu’au milieu des bains, ne considérant point s’il y avait du bon sens dans cette conduite 35.
Tant que la puissance des Romanis fut dans sa splendeur, ce peuple entretint les Thermes et les mit en harmonie avec sa propre grandeur ; mais après que la mollesse , plus cruelle que le glaive , eut détruit son courage et corrompu ses mœurs par le luxe le plus honteux36, les Romains adoptèrent, avec la servitude, des usages étrangers et abandonnèrent ces vastes et somptueux édifices , où naguères ils entassaient les dépouilles de l'univers 3’.
‘ Mart. , lib. in, ep. 68. — 'Diod. , lib. iv-xxvii. — 3 Id. — 4 Pline, 23-75-63. — 5 Idem. — 6 Mart. , lib. iv, ep. 8, lib. u, ep. 53 , lib. ix , ep. 4 et i9,lib. xi, ep. 48. — 7 Macrob. , lib. iii, cap. i3. — 8 Mart., lib.xrv, ep. 164. — 9 Horat. , lib. i , Ad. 8,v. 11. Horat., lib. n, sat. 2, v. 10. —
10 Juv. , sat. 6 , v. 246. — “ Mart. , lib. iv , ep. 55. — ” Suet. , Aug. 83. — '3 Mart. , lib. xi , ep. 22. — 14 Hieronym. mer. de Arte gym. , lib. n.
11 Mart. , lib. xi , ep. 22. Lucian. de Gym. — '6 Mart. , lib. xi, ep. 48. — 17 Plin. , lib. xv, cap. 4-7- Mart. , lib. vu, ep. 3 1 . — ‘8 Juv. , sat. 6, vers 245.
— ‘9Ovid. Metam. , g-35. — 30 Quintilien , lib. xi, cap. 2. — ” Hieronym. mer. de Art. gym., lib. u. — ” Horat. , lib. 11, sat. 2, v. 11.
33 Mart., lib. xiv, ep. 46. — 24 Mart, lib. xiv, ep. 47. — ,5 Onomastiwy , lib. ix. cap. 7. Mart., lib. xiv, ep. 48. — 16 Mart., lib. n,ep. 48. 17Cic.
Dom. 44. Juv. , sat. iv , v. 5. — 18 Senec. , de Tranquill. anim. 9. — 19 Suet. , Aug. 85. — 30 Plin. , epist. g-36. — 3' Horat. , lib. 1 , sat. 4, v. 74. — Juv., sat. 1, v. 12. Suet., Aug. 89. Claud. 4i. Domitien 2. — 31 Horat., lib. 1, sat. 4, v. 74. — 33 Plin., lib. vin, epist. ai. — 34 Juv., sat. 3,v. 9. — 35 Horat., lib. 1, sat. 4, v. 76. — 36 Juv. , sat. 6, v. 96. — 37 Histoire des Arts, Wincleman, t. u, p. 34 1.
THERMES DANTONIN CARACALLA