A ROME
Au pied du mont Aventin, entre les murs de Rome et la voie Triomphale, existent encore les ruines de ces Thermes, qui étaient les plus grands de Rome, et qui formaient un des plus vastes et des plus magnifiques édifices de cette ville. Construits par l’empereur Antonin Caracalla dont ils prirent le nom, ils furent achevés dans la quatrième année de son règne, c’est-à-dire l’an 217 de l’ère chrétienne1. Selon Lampridius ces Thermes n’avaient pas de portiques. Héliogabale et Alexandre Sévère y en ajoutèrent dans la suite’. Caracalla fil aussi refaire la voie Appienne ou Triomphale, qui passe au-devant de l’édifice; cette voie prit alors le nom de voie Neuve3. Olimpiodore nous apprend qu’il y avait dans ces Thermes mille six cents sièges en marbre 4. Elius Spartien nous donne une idée de leur étonnante magnificence , lorsqu’en parlant de la Cella Solearis, dont il donne la description, il dit qu’elle était construite d’une manière si extraordinaire, que les artistes de son temps, quoique d’un mérite très-distingué, ne concevaient pas le moyen de pouvoir l’imiter5. Cette magnificence nous est démontrée, non-seulement par les immenses ruines qu’011 en retrouve présentement , et qui passent toute description , mais encore par les monuments de sculpture qui y ont été trouvés. Les plus remarquables sont l’Hercule de Glycon, le Torse antique, le Taureau dit Farnèse, la Flore, Atrée et Thieste, deux Gladiateurs, les deux Vasques de granit de la place Farnèse, diverses terres cuites, les deux belles urnes de basalte vert qui sont dans la cour du musée du Vatican, et une infinité d’autres sculptures, de médailles et de camées. La dernière colonne de granit de la grande salle du milieu a été enlevée à ces Thermes en 1064, par le duc Cosme de Médicis; elle est présentement sur la place de la Trinité à Florence6.
Sébastien Serlio qui nous a donné le plan de ces Thermes, s’exprime ainsi : «De tous les Thermes « qui existent dans Rome , ceux d Antonin me paraissent être les meilleurs; et quoique ceux de Dioclétien
' Antonius Caracalla Romæ Thermas suo nomme ædificavit A. D. 217, regni 4- ( Eusèbe .)
5 Opéra publica ipsius pretio, ædem, etc., etc., et lavacrum, quod Antonius Caracalla dedicaverat, et lavando et populum admittendo. Sed porticus defuerant, quæ postea ab hoc subdititio Antonino exstructæ sunt, et ab Alexandro perfectæ. [Lampridius , c. 17.)
3 Atque aucta urbs magno accessu viæ novæ, et ad lavandum absoluta opéra pulchri cultus. ( Sextus Aurelius. )
4 Erant autem et lavacra publica ingentis magnitudinis , et quæ Antonianæ vocantur , in usuin lavantium habebant sedilia mille et sexcenta a marmore polito fabricata. ( Olimpiodore.)
5 Opéra Romæ reliquit Thermas nomiuis sui eximias, quarum Cellam Solearem architecti negant posse ulla imitatione, qua facta est, fieri: nam et ex ære vel cupro cancelli superpositi esse dicuntur , quibus cameratio tota concredita est, et tantum est spatium, ut id ipsum fieri negent potuisse docti mechanici. ( Spartien , c. 9.) Ces antiquaires n’étant nullement d’accord sur la signification du nom de Cella Solearis , ni sur la place qu’elle occupait, dans ces Thermes, je ne puis m'appuyer sur aucune certitude à cet égard. Toutefois j’en reparlerai dans mes descriptions, lorsqu’il s’agira des pièces qui par différents auteurs ont été diversement désignées pour être la Cella Solearis.
6 Note de Nibby, 4' édition de Nardini, v. 3, p. 273 et 274.
xij THERMES D’ANTONIN CARACALLA A ROME.
« soient plus vastes je trouve que ceux-là sont mieux décorés, et que toutes leurs parties sont plus par- « faitement arrangées par rapport les unes aux autres. »
Le travail de Palladio sur ces Thermes est encore ce qu’il y a de plus satisfaisant, quoiqu’il ne soit pas exempt de quelques inexactitudes. C’est ce dont on peut se convaincre en comparant son plan avec les ruines qui subsistent encore.