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CHAPITRE XLIV

Liberté illimitée de l'homme I

Continuons de suivre les erreurs dont la classe régnante a formé ses principes.

Reconnaître à l’homme, comme on le fait, une liberté illimitée, c’est lui conférer le droit de faire tout ce qu’il lui plaira. La Société est établie pour la solidarité du bien, car là est son avantage, et non pour la solidarité du mal.

(1) Le philosophisme u rendu les esprits bien faibles en politique. Ce n'çpt point toujours les doctrines qu'il faut consulter, mais la force des choses. La multitude des doctrines vient de la faiblesse de l'homme, a II est » bien aysé d'accuser d'imperfection une police, dit Montaigne : toujours » choses mortelles en sont pleines. Dieu aysé d'engendrer à un peuple le

• mépris de ses anciennes observances : jamais homme ne l'entreprit qu'il » n'en vint à bout. Mais d'y rétablir un meilleur état en place, en ceci plu-

• sieurs se sont morfondus. » (Liv. I, chap. 17.)

La liberté de penser et de dire a comme conséquence la liberté d’agir. Voulez- vous l’accorder aux méchants, aux voleurs et aux assassins?

Pour se donner la liberté illimitée de la presse, une nation peut-elle répondre de tous ses membres?. La Société a charge d’âmes vis-à-vis du peuple, lequel, n’ayant point le loisir de juger, accepte tout écrii pour doctrine.

Est-ce donc de la liberté que la France aurait peur? Non certes pas! elle ne craint que les mains des sicaires entre lesquelles la Révolution veut déposer la liberté..

Toujours nous prenons l’homme pour bon : et il n’est mis en ce monde que pour le devenir. De là découlerait comme conséquence une Société toute parfaite. La Société n’est au contraire qu’un grand système d’éducation et de préservation. Quand vous en apercevrez-vous?

Le peuple n’est qu’un enfant. Allez vers lui, et dites : Tu es souverain ; il le croit. Tous les hommes sont égaux : il le croit ! associez-vous donc tous ensemble : il le croit ! la propriété est un vol : il le croit! le capital est à tous: il le croit! on pourra même s’en passer : il le croit! on va doubler la richesse : il le croit ! on n’a pas besoin d’argent : il le croit ! la religion est usée : il le croit ! nous t’en donnerons une meilleure : il le croit ! une banque et ses coupons feront tout : il le croit ! la Société reposera sur le crédit : il le croit! on peut doubler tous les salaires : il le croit ! si les hommes ne sont pas heureux, ce sont les gouvernements qui en sont cause : il le croit ! c’est toi qui es législateur : et il le croit! Oui, « tu es »beau, tu es magnanime, ô mon peuple ! et tous les peu- »ples te regardent» : il le croit! Troupier, maçon, sabotier, coutelier, cordonnier, sois notre représentant, fais nos

L ORDRE SOCIAL

lois : il le croit! il part, il pose le pied sur la mer, comme le lui a dit son prophète... C’est lorsqu’il se noie qu’il voudrait ne plus croire, si l’orgueil ne l’avait déjà réduit à l’état d’insensé. .

Liberté illimitée de la presse ! vous voulez donc que le peuple appartienne au premier venu1?

Telle est l’entente que vous avez de la liberté; voyons celle que vous avez de la vérité.

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