CHAPITRE XLIII
Valeur des faits.
Ayons plus de respect pour les faits. Les faits forment l’ensemble des moyens dont Dieu s’est servi pour amener l’homme au point où nous le voyons.
Les faits ne sont pas uniquement de l’homme. La Pro-
(I) Par opposition aux Sociétés de secours mutuels, qui forcément se multiplient à mesure que se dissolvent, dans les villes industrielles, les liens sacrés de la famille.
videace tend le cavenas sur lequel nous venons fixer le dessin.
Les faits ont passé dans la Création. S’ils n’arrivent pas tous au but, ils sont souvent, eu égard à la faible humanité, une tendance à ce but. Beaucoup de choses pouvaient être, et ne sont pas; mais dans les faits universels, ce qui a existé avait sa raison d’être.
Certes, ne prenons point les faits pour modèle! triste mesure de l’homme, ils sont souvent l’opposé du modèle. Mais voici la sagesse des faits : ils offrent la loi du possible. Grande loi ici-bas... t
C’est dans les faits que l’on voit réellement l’homme; qu’on juge ce qu’il a fait, où il en est; qu’on sent l’indicible faiblesse et les dignes efforts de sa douloureuse nature. Les faits, c’est tout ce que peut l’homme.
Nous sommes dans le temps. Sa mesure est notre mesure ; ou, plutôt, nous lui donnons la nôtre. Ne disons rien contre le temps : il nous contient et nous dénonce. Prenons donc en grand respect les faits; les faits, c’est l’homme.
Quand ce monde finira, il ne sera composé, en définitive, que de faits. Ils seront la mesure de cette création. Que nos cœurs se portent donc en avant dans le bien, pour que les faits ultérieurs soient de plus en plus parfaits. Quant aux faits universels et permanents, c’est nous que nous attaquerions en eux.
Attaquons-nous à nous-mêmes, et non aux faits, il serait étrange que l’homme vint aujourd’hui renier les faits! Sont-ce les anges qui étaient jusqu’à présent sur la terre?
C’est une grande sagesse de recueillir la sagesse des faits, avant d’en remarquer le vice. Et comme les faits
l’ordre social.
viennent de nous, ce sont les cœurs qu’il faut changer.
Les âmes les plus précieuses aux yeux de Dieu, après celles qui ne cessent de l’adorer, sont celles qui l'aident à conduire le monde selon ses lois. Ce sont deux espèces d’hommes sur lesquelles se répandent les plus grandes bénédictions. Si nous méprisons les grands faits, nous passerons hors du Possible, nous sortirons de toute voie, nous n’aboutirons qu’à une politique étrangère, nulle, sans réalité1; nous rentrerons dans le néant.