‹ Restauration françaiseChapitre 106 sur 197 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Métaphysique qui domine les partis.

Au lieu d’aller au fond des choses, l’esprit français court en avant. On improvise une victoire dans les faits sans savoir si elle est dans les consciences. Vous tracez des révolutions sur le sable; les enfants les effaceront. L’Empire nous conduisit de l’Egypte à Moscou : où sont aujourd’hui nos frontières? Il faut créer la monarchie universelle dans les esprits avant de la vouloir imposer à l’Europe. On ne porte pas la main en païen sur le beau fruit que mûrissait le Catholicisme!

De là, l’unité de concours se perd dans une nation échelonnée sur tous les degrés de l’erreur. Les classes de la société se trouvent aujourd’hui embusquées sur toutes les étapes manquées. Il n’y a plus que des partis en

France. Une révolution se montre, chacun s’y résigne par peur; puis, une réaction nouvelle en fait connaître le néant. Quelle marche prendre? on ne sait pas où est la France, on ne sait pas où courent les esprits.

Toutefois, voici les deux termes de l’échelle des partis. Le point de vue religieux dépassé aboutit au jansénisme, c’est-à-dire à l’absolutisme. Le point de vue humain complété aboutit au socialisme. Ce sont là effectivement les deux pôles. L’Absolutisme consiste à déclarer ceci : La Chute a perverti complètement la nature humaine. Le Socialisme consiste à prétendre ceci : Sortie de Dieu, cette nature est nécessairement parfaite. L’orgueil tire toujours ou à droite ou à gauche...

L’Absolutisme, ou le jansénisme français, a pour morale l’abolition delà volonté humaine, qu’il tient pour totalement pervertie, et de là sa transformation dans une obéissance aveugle et absolue. Le socialisme a pour morale la glorification de l’homme ici-bas, et de là son accomplissement dans la jouissance universelle. Par suite, deux politiques.

La première veut dans la Société une autorité qui étreigne toute la nature humaine, pour contenir les effets mal compris de la Chute. La seconde veut une abolition de notre Société de six mille ans, faite en vue d’une nature humaine qui a besoin de surveillance et de soins. C’est toujours sur le Christianisme que se posent les questions. Mais dès qu’on s’écarte à droite ou à gauche , on tombe dans un abîmé.

Les libéraux s'attendaient cette dernière fois a jouir de leur victoire. La bourgeoisie crut définitif son avènement religieux, philosophique et politique sur le monde... Quelle stupéfaction lorsque le socialisme vint lui dire : Nous avons la liberté et l’égalité, il faut tout simplement les

l’ordre social.

établir dans l’ordre économique ! Les banquets n’avaient pas entrevu la 'question jusque-là. Mais déjà vos fils avaient tiré de vos doctrines les applications qui vont vous dévorer.

Issus des libéraux, les républicains croient être quelque chose parce qu’ils ont sauté momentanément sur les faits. Le monde est occupé à décider une bien autre affaire ! Vous combattez pour une forme sur la terre, quand l’attaque est donnée par des Titans près du ciel. Affichez partout vos mots, vous en avez besoin ! Vous touchez la question politique? il y a trois cents ans quelle est vidée ailleurs. Enfants ! le Christianisme emporte le monde, le globe glisse sous vos pieds, quelles que soient les ancres que vous jetiez dans les faits.

Le peuple français, qui voudrait échapper à son absolutisme, ira se heurter sur le socialisme, contre lequel sa science est loin d’être prête. Pour éviter l’un et l’autre, pour pénétrer dans l’avenir que nous ambitionnons, il n’y a que la grande route, frayée à nos sociétés par la Doctrine qui connaît la nature humaine.

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