‹ Restauration françaiseChapitre 108 sur 197 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

De la bourgeoisie dans le monde.

Il faut absolument le dire, afin quelle le sache et quelle y songe : la bourgeoisie a fait la situation actuelle du monde.

Nos temps lui seront imputés. Si notre civilisation devait s’engloutir et faire place à une civilisation ultérieure, la postérité dirait de la bourgeoisie ce que les Ecritures ont dit des gens de Tyr, de Ninive et de Babylone.

Les races qui ont tenu à sa manière les affaires humaines ont produit un mal antédiluvien ; nous voulons dire ici un mal que Dieu n’arrête que par la ruine. Les mauvais Anges s’étaient de la sorte établis dans leur moi pour s’éloigner de Dieu.

Pour la question des origines, on pourrait -remarquer que la noblesse fut comme la première poussée de la tige des Francs : la bourgeoisie ne fut que la seconde. La première sève est la plus forte. La bourgeoisie est comme le second foin, lent à croître et difficile à serrer dans la grange.

Car ce n’est pas la primitive noblesse qui a failli. On en voit encore les premières familles, toujours debout par leurs vertus, et illustrées par leur munificence. Celle qui succombe et nous entraîne, c’est la noblesse puînée, venue par le canal de la bourgeoisie ; celle qui eut le malheur d’arriver en même temps que la Renaissance.

L ORDRE SOCIAL

Tant que le christianisme a dominé la bourgeoisie, il en a fait pour la noblesse une assez ample pépinière, et pour le peuple une source excellente d’exemples. Dès que la bourgeoisie, par son orgueil, a voulu dominer le christianisme, elle a versé sur l’Europe un flot qui a noyé l’esprit moderne comme dans un marais. C’est là un fait qu’on ne peut plus nier.

Nous avons informé à charge. A décharge, il faut dire qu’en 1793, à la chute de la noblesse, si la bourgeoisie ne se fut pas trouvée là pour prendre les rênes de la nation, tout succombait. La bourgeoisie eut la gloire de substituer immédiatement une aristocratie toute prête à celle qui disparaissait. Mais depuis lors, quelle fut sa conduite comme tète de nation !

Cette seconde aristocratie aurait certainement remplacé • la première, si elle fut restée dans la vertu qui l’avait amenée jusque-là. Niais comme l’avénement de la bourgeoisie a été en 89 le châtiment de la noblesse, aujourd’hui l’envahissement du peuple est le châtiment de la bourgeoisie. Le premier fait fut une décadence de la nation ; le second deviendra son anéantissement.

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