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CHAPITRE LVIII

Ressemblance du peuple Français et du peuple Juif.

Une réflexion nous préoccupe sérieusement sur la nature du peuple français. I! semble avoir reçu dans les temps modernes le même rôle, et prendre les mêmes caractères que le peuple juif autrefois.

Race choisie de Dieu pour porter le Testament nouveau aux peuples modernes, sang prédestiné au milieu des populations occidentales, les Francs ont trop reçu de la nature pour ne pas rappeler aussi ces intelligences angéliques, en proie à une destinée d’autant plus terrible quelles ont profané de plus grands dons.

Dieu en tout fait l’avance. 11 peut placer plus haut un peuple en avançant en lui la race pour le profit du genre humain. Car le sang d’un peuple est comme le terroir de son âme , il permet à sa liberté de partir d’un degré plus haut. Tous les instincts que la nature a renfermés dans ce sang doivent se transformer en vertus chez elle. Mais celui qui mange sa propre nature est un pourceau ou un démon.

Quel sang reçut ce peuple il y a quatorze siècles ? Quelles grâces sont venues l’enrichir, et quelle âme, on le demande, porte-t-il aujourd’hui au milieu des peuples modernes?

On ne saurait mieux comparer la France qu’à un fils gâté de noble famille. Elle en a la nature parfois géné-

l’ordre social.

reuse, mais plus souvent l’ingratitude et la fragilité de vertu. 11 nous manque de mûrir et de souffrir. Jamais peuple ne dut plus à la naissance ; et comme ceux que la fortune a promptement enrichis, il en a fait un usage mauvais.

Notre raison s’est changée en esprit; notre force, en pétulance ambitieuse; notre richesse, en objets de mode1. Versant notre sang pour Dieu si vient la guerre, le reniant dans l’athéisme si vient la paix; fiers au dehors, chevaleresques sur la mine, au fond, pour le commerce, nous en sommes à ressembler en tout point aux derniers enfants d’Abraham.

Y a-t-il sur les marchés du monde des laines falsifiées, des soies droguées, du drap fait avec des chiffons, du lin mélangé de coton, du fer qui cache de la fonte, des vins i empoisonnés, des farines frelatées, ce sont marchandises françaises ! Mais voulons-nous, malgré notre dédain, des laines pures, des foulards vrais, des draps durables, des fers, des aciers, des outils fins, nous demandons des marchandises anglaises !

Voilà cependant des faits. En se rendant maîtresses du Pouvoir, de la presse, des lois, et par suite des mœurs, les classes libérales ont voulu mettre l’argent au-dessus de tout! Elles ont eu des historiens assez savants pour remarquer combien les Croisades ont donné peu de bénéfices, et pour dire sans doute que le moindre employé de commerce est plus utile à son pays que tant de chevaliers

(IJ En Frauce le talent littéraire nous tue, parce qu’il tient la place du vrai. Voyez tel ou tel homme parlant tris-bien, cela vient ordinairement de ce qu'il n'a rien & dire. Ceux qui nous ont paru si riches eu théorie sont de pauvres administrateurs. Sully et Richelieu eussent prononcé de moins grands discours, ils eussent conduit autrement les affaires ! • La science de l’insensé est la multitude des paroles, • dit l'Ecriture.

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versant leur sang en Palestine. A celle heure que le peuple aussi veut jouir, prenons garde de ne pas verser notre sang ailleurs que sur un champ de bataille, et tout autrement que l'épée à la main...

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