CHAPITRE IV
De ce qui maintient l'Aristocratie.
L’Aristocratie d’un peuple est sa gloire; parce quelle est son fruit, et quelle devient la tète qui en double la vie. Quand la tète s'affaiblit, elle imprime une direction fatale aux membres.
Toute aristocratie qui laisse monter vers elle l’esprit dn bas, est troublée par l’alliage. Il ne faut pas quelle prenne du peuple et se fasse commune: il faut qu’elle donne d’elle au peuple et le fasse noble.
Ce qui engendre et maintient l’aristocratie, c’est la Religion. Car la distinction, qui est le caractère propre de l’aristocratie, découle d’un état de l’âme. Tout ce qui élève l’âme et la purifie, fortifie vivement l’aristocratie, en accroît la noblesse et la produit au dehors.
L’aristocratie , n’étant qu’une séparation et comme une constitution du meilleur, doit tendre à maintenir intérieurement sa démarcation. Car toute aristocratie incline à retomber d’où elle sort. En raison de notre nature déchue, ce qui est mal, bas, commun, tend toujours à rentrer, par suite des mauvais penchants de notre être. .
Il faut que sans cesse l’aristocratie se purifie pour rester elle. Ce qui a lieu par l’application des principes qui l’ont distinguée. Le jour où elle se laisse reprendre par l’esprit du peuple, ou par les sentiments communs, la décomposition commence. L’aristocratie peut de plus en plus s’en-
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noblir pour ennoblir de plus en plus la fouie; mais elle ne peut rien ennoblir de ce quelle reçoit de la foule.
C’est en vain que, chez nous, une certaine noblesse a cru ennoblir les instincts qu’elle recevait du peuple, le goût de la paresse, du commode, du bien-être, de la vanité, du scepticisme, des dépenses, de la table, des femmes et du vin. Elle n’a réussi qu’à se désennoblir elle-même, et à priver le peuple d’une aristocratie réelle. C’est la première entaille que nous a faite la Révolution.
Aussi cette aristocralie-là ne porte en ce moment que le visage et les livrées du peuple. Elle ignore que son esprit est l’ignoble; que c’est le génie de la rue, ton, propos et sentiments; quelle est allée prendre les manières, les modes, et jusqu’aux habits des laquais. Sa jeunesse revêt un aspect qui encourt le mépris du peuple, précisément parce quelle lui ressemble.
C’est ce qui a fait dire qu’en France il existe encore de la noblesse, mais qu’il n’y a plus d’aristocratie. El c’est moins la Révolution, que l’union du scepticisme au vice, qui a amené ce mortifiant résultat.
Ces classes élevées ont détruit la barrière des mœurs qui les séparaient de la foule; qu’elles ne s'étonnent plus d’en être envahies politiquement!