CHAPITRE V
La France a manqué d'aristocratie .
La noblesse ne repose que sur la vertu. Elle doit donc mettre tous ses efforts à la maintenir.
De la vertu découlent en effet cinq choses qui, à la fois, constituent la noblesse et pourvoient à la vie de l’ordre social, savoir : la force de l'esprit et du corps, la formation du capital, le sentiment de la justice, les bons exem-> pies, l’autorité. La vertu assure en même temps à la noblesse une distinction personnelle qui confirme sa prééminence , et la fait reconnaître au sein d’un peuple, comme une fleur au milieu du gazon.
En France, la noblesse s’est jadis affaissée dans les mauvaises mœurs. Plus récemment, elle a détruit sa ligne de démarcation avec la bourgeoisie, en partageant son amour des richesses ; et la bourgeoisie a détruit sa ligne de démarcation avec le peuple, en prenant ses instincts. Que cela s’appelle démocratiser, peu importe; au fait, l’aristocratie s’est laissé souiller par le peuple, et la souillure, retombant sur celui-ci, l’a mis dans l’état où nous le trouvons aujourd’hui.
D’ailleurs, loin de préserver son esprit, l’aristocratie elle-même cherchait à contracter dans le fond de la bourgeoisie des mariages d’argent, précisément lorsque ses vices mangeaient le sieD. Parlé s’est introduit dans
l’aristocratie. 3fl1
scs veines un sang qui n’avait point vu les champs de bataille.
Et loin de marcher à la distinction, la bourgeoisie, de son côté, reprenait les sentiments et les habitudes communes qui caractérisent le peuple, c’est-à-dire la nature humaine non faite, non relevée. C’est cette classe qui a découvert et mis en vogue tous ces moyens d’efféminer l’homme, d’abord par la faiblesse de l’éducation ; ensuite par l'abus des richesses nourrissantes, vêtissantes et meublantes ; enfin, par une disposition au scepticisme qui a fait périr les principes.
Autrefois, dans les grandes maisons, on endurcissait les enfants, qui plus tard devenaient des hommes. Aujourd’hui, tels qu’on les élève en tous lieux, ils sont bons à manger le bien des pères, à brocanter ou à voler.
Ces nouvelles mœurs sont descendues comme une cascade infecte sur le peuple. 11 demande maintenant à jouir d’un bien-être qu’il n’est pas dans la nature de donner.
En perdant la vertu, la noblesse perd aussitôt la distinction et se confond avec le peuple.
Le peuple périt aujourd’hui parce qu’il manque d’aristocratie; parce qu’il ne puise plus, tout près de lui, les vertus d’économie et de frugalité, et, un peu plus haut, les vertus d’honneur et de désintéressement, qu’il lui faut pour vivre et s’élever. Et l’aristocratie périt parce qu’elle n’a plus la Foi.
Les sens rendent tous les hommes égaux. Est-ce merveille si l’égalité est réclamée comme le grand besoin de l’époque !
Il faut qu’un peuple fournisse à la recomposition de son aristocratie. Quand celle-ci manque des hautes vertus, et celui-là, des éléments avec lesquels elles se font, la nation tend à sa fin.
Sans cire prophète pour se prononcer sur la France, on peut prédire qu’en cet état nous périssons. Il faut que, remontant le cours d’un siècle à la nage, sa bourgeoisie s’ennoblisse, et qu'à son tour sa noblesse se sanctifie.
Il ne s’agit plus seulement de l’épée, le territoire est formé ; il ne s'agit plus seulement de richesses, le capital est fondé. Ni l’épée ni la richesse ne suffiront à fonder la nouvelle aristocratie. Ce qui nous manque pour vivre, c’est la vertu.
Il n’y aura plus d’autre aristocratie que la Sainteté.