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CHAPITRE VI

De la seconde noblesse, ou de la bourgeoisie.

C’est la noblesse qui a fondé les nations. C'est elle qui dans le monde nouveau, a conduit ces races fortes qui, sur un sol depuis plus de quatre mille ans barbare, ont élevé les sociétés modernes.

Ce sang généreux de Japhet, conduit par ses plus nobles rejetons, a donné à l’Europe une civilisation comme n’en avait pas encore vu le monde.

Partout ces peuples, qui germaient à l’envi sous cette noblesse insigne, en ont épaissi le rameau. Le tronc immense prenait sa sève dans l’Eglise; car ce fut là que la grâce du Christ, rencontrant le sang audacieux, produisit tant de merveilles ! Mais l’arbre puissant a cru qu’il existait par lui-mème, il a retiré sa plus grosse racine du sol. Les fleurs sont tombées, les hautes tiges ont séché.

L ARISTOCRATIE

et le tronc, à cette heure, ressemble à un arbre mort.

Le mal s’est fait à la poussée de la seconde noblesse. , Dans l’histoire d’une nation, une fois la doctrine et le territoire fondés, la valeur consiste à le cultiver et à répandre la vertu. Alors le capital se forme, toute une seconde noblesse naît de cette nouvelle vertu. Ce qui dans la race n’avait pas dès l’abord surgi, perce alors plus lentement.

Cette seconde noblesse vaut rarement la première; chez nous du moins. Elle sort successivement du peuple par le travail, par la vertu secondaire. La première en sortit spontanément par l’héroïsme, par la vertu primesautière. Le travail mène plus lentement à l’héroïsme, qui consiste dans un plus complet désintéressement. La générosité puisée sur les champs de bataille, s’allie plus rapidement aux vertus élevées de la Foi, que les habitudes de prévoyance puisées dans le commerce.

C’est à cette seconde noblesse que nos temps ont été suspendus... Elle n’a point fait le second pas.

Cependant l’échelle était faite. Quand les pères ont fixé un capital et élevé une fortune, de manière qu’il n’y ait plus qu’à prendre, c’est pour que les fils n’aient plus qu’à s’occuper de leur âme ou des intérêts de l’esprit.

Toute fortune doit devenir la source de la distinction. Quand le pain est acquis, c’est alors qu’on voit ce que vaut, ce que peut faire une âme. Les armes, la pensée, la charité, la sainteté présentent aussitôt leurs voies aux familles qui, par la modération dans les jouissances, se sont soulevées au-dessus de la foule. L’homme ne peut s’arrêter. S’il rentre dans la fortune, il y pourrit. Les vertus qui l’ont conduit là, lui font voir encore plus haut; et s’il ne prend pas de là son élan, il retombe par lâcheté auprès de celui qu’il a quitté sur le seuil du peuple. .

Cette seconde classe ne se forme point pour manger davantage, mais pour glorifier l’humanité. On ne s’élève que pour se dévouer en quelque manière, suivant une loi sublime dont on parlera tout à l’heure. Les classes ne sortent du peuple que pour lui venir spirituellement en aide.

Autrement, à quoi bon le peuple continuerait-il à offrir le travail pour concourir au capital qui le rachète? Si l’homme ne profitait pas de la solidarité, à quoi bon vivre en société?

Laissez se réjouir de sa fortune celui qui l’a immédiatement acquise, il n’en sait pas davantage. Mais toute fortune qui n’amène pas après elle un renoncement, périra. Et ainsi toute classe formée qui se met à vivre pour elle, périra.

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