CHAPITRE XIII
De la loi des familles.
Peu d’hommes veulent méditer les vérités suivantes. Le siècle ne s’arrachera point à son erreur politique qu’il ne les ait lui-même approfondies.
On a cru que les lois de l’hérédité n'alleignaient que les fortunes. Elles se montrent jusque dans le sang, jusque dans l’àmc. La liberté porte ses fruits ; mais, ne pouvant tout achever dans un individu, elle les dépose dans la race. C’est de là que partent les descendants ; et c’est là que réside le principe merveilleux d’un progrès parmi les hommes. L’envie n’a vu partout que le hasard. On a cru construire les peuples avec des constitutions. Les peuples ne sont construits que de familles vivantes, qui croissent là suivant les mêmes règles que les nations au sein du genre humain.
Ne pouvant exposer un tel fait en quelques pages, ne parcourons que les sommets.
La durée des familles est en raison de leur vertu. Partout où subsiste une famille, c’est qu’en elle la somme du bien l’a emporté de quelque chose sur la somme du mal. Sa grandeur se mesure au degré dont celle-là dépasse celle-ci. Sur le gouffre des sottises contemporaines, nous tiendrons suspendu ce principe des familles : Légitimité de ce qui existe... Où ce qui n’est pas trouvera-t-il les litres de son existence?
Les familles sont unes. L’imputabilité n'est divisée sur les divers individus que pour leur mieux appliquer les bénéfices de la réversibilité. Le sang, ce trésor profond des propriétés de la race, est chez les hommes un symbole des liens qui les retiennent par l’esprit.
11 n’en est pas uniquement le symbole, il en est le canal. L’homme réside dans le domaine d’un organisme ductile, qui s’étend, se fertilise ou s’appauvrit par la conduite de l’esprit. C’est lame qui compose le sang; elle qui fonde à la longue la nature des organes. Celle loi ne s’applique que par la famille. C’est parce qu’on veut
l’aristocratik. 319
immédiatement la trouver sur l’individu qu’on n’a point su la reconnaître.
Les familles sont unes par l’honneur, par les destinées, par la fortune, par les mérites, par le sang. Elles sont unes par la racine quelles ont en Dieu et par leur fructification chez les hommes. Ce sont là ces immenses et précieuses plantes dont la Société se compose, dont elle est le sol, dont elle protège la précieuse croissance.
Les familles finisscut de plusieurs manières : par des justes, par des hommes de génie, ou bien par la dégénération. Dans les degrés compris entre ces deux extrêmes, elles forment toute la hiérarchie sociale : soit quelles se débattent encore au sein du peuple, soit qu’elles s’élèvent avec les aristocraties.
L’état dame d'une famille tend perpétuellement à la constituer ce quelle est, physiologiquement, économiquement, et civilement1. Au-dessous de nous il y a de grandes lois qu’on ignore. Cependant sur ces lois roule toute la pratique de ce monde et se règlent tous les jugements de Dieu. La Société qu’on voit sort d’un ordre de fondations invisibles. Ce qui arrive à la surface croit du sol ignoré du mérite.
(1) Ce sentiment de la solidarité, qui a été ai utile & l'houueur. éclatait dans toutes les familles avaut la Révolution ; ce sont les idées démocratiques qui l'ont affaibli. Si les vérités se reconnaissent 6 leur favorable influence sur l'âme, on peut voir combien cellc-ci attaque en lui-même l'orgueil et motive partout l'bumiliié. Quelque élevée que soit la position d'un homme, il n'a plus de raison pour juger sa valeur individuelle supérieure & celle de ses subordonnés. Tout en demeurant convaincu de sou aptitude à remplir la plus haute fonction, il ne peut savoir jusqu'à quel point il ne doit pas cette aptitude aux richesses de sa race et de sa tradition, sans parler des effets merveilleux de la grâce! C'est pourquoi tout homme reste en conscience obligé de se tenir dans sa fonction comme à un poste : le souverain, sur sou troue, le propriétaire, à la barrière de son champ.
La logique matérialiste a constamment nié la puissance de la vertu et la société des âmes ; nié leur mérite et leur progrès devant Dieu. L’inégalité sociale lui a paru une dérision ; aussi ne sait-elle comment expliquer ce monde.