CHAPITRE XVII
Il faut que toute nation a’ennoblisae.
Il faut que toute nation s’ennoblisse, bien loin de se démocratiser, c’est-à-dire de se démoraliser, comme on le voudrait aujourd’hui.
Mais il faut que la noblesse reste noble, versant à tout instant l’exemple sur la nation. Il ne faut point qu’elle redevienne comme le peuple en ses mœurs, ainsi que l'a fait la noblesse de France le jour où elle quitta l’épée et fut infidèle, à la Fois.
C’est parce que le peuple est peuple qu’il faut se garder de le faire régner. S’il était noble, au moins en partie, il
(1) Le scepticisme naît d’une ingratitude naturelle envers Dieu. Les peuples de la terre sont tous placés sur les divers degrésde l’ingratitude humaine : c’est ce qu'on regarde comme les diverses religions.
Ainsi, les protestants, au point de vue de la reconnaissance, sont au-dessous des catholiques, trouvant moins & rendre hommage 4 Dieu; les mahométans, au-dessous des protestants ; et de même, en descendant le reste de l'échelle.
(2) < Comme le clergé, dit M. de Chateaubriand, la noblesse doit se mêler à nos institutions pour apporter dans la Société nouvelle la tradition de l’ancien honneur, la délicatesse des sentiments, le mépris de la fortune, le désintéressement personnel, la foi des serments, et cette fidélité qui est la vertu distinctive d'un gentilhomme. »
l’aristocratie. 329
diminuerait d’aulaot l’étendue de la classe inférieure pour accroître celle de la classe élevée. La perfection d’une nation consiste à restreindre peu à peu le peuple.
Chez nous, on proclame une société démocratique, c’est-à-dire qu’on voudrait mettre la tète en bas et les pieds en l’air. Ces deux mots resteront les plus significatifs de ce siècle de ridicule mémoire ! Société démocratique, signifie littéralement société renversée à terre.
Mais il faut bien que le peuple se croie maître, quand il ne voit plus de supérieurs! Il faut bien qu’il se porte en tète, quand ses chefs ont passé derrière lui !
Quand le peuple est en anarchie, qui en accuserez-vous? Quand le tonneau se démolit, la faute n’en est pas aux douves, mais aux cercles qui sont pourris. Ne balancez pas à accuser la Bourgeoisie de la continuité des maux du pays. Elle a pris son essor par la Révolution , et aujourd’hui c’est elle qui entretient l’essor de la Révolution. Son scepticisme, ses exemples, ont jeté le peuple dans l’état où il est.
Les peuples ne sont jamais constitués que par un double enseignement : celui de la doctrine et celui de l’exemple. Le Clergé offre la doctrine, l’aristocratie répand l’exemple. Quand le Clergé est seul à enseigner* sa parole tombe, s’émousse et meurt. Point d’Aristocratie, plus de coutumes, plus de nations.
Si le Clergé ne parvient pas à relever en aristocratie la noblesse et la bourgeoisie, le peuple français est perdu. N’étant pas de lui-même en mesure de fournir à temps une seconde noblesse par la vertu, il resterait dans l’état d’un peuple exposé à une nouvelle conquête pour remonter en société..
Napoléon, ramenant les champs de bataille, fil aussitôt
surgir du peuple une noblesse nouvelle. Aujourd’hui le Clergé aura-t-il sur nous ce pouvoir? Qu’on y réfléchisse : nous pouvons encore nous sauver... Avant de retirer les étoiles du firmament et les derniers peuples de la surface de la terre, Dieu attend le dernier acte du dernier homme de bonne volonté.