CHAPITRE XXXI
De la souveraineté de l’homme.
Donner à l’homme une liberté illimitée, c’est le déclarer souverain. On ne pouvait sortir de là. L’erreur d’un siècle est comme la rotation de la terre. Tous les êtres, y compris l’atmosphère, sont entraînés dans la même impulsion. Ainsi la France flotte effrayée dans les doctrines qui ont troublé son jugement.. Systèmes nouveaux, théories mixtes, doctrines vides portées sur des termes pompeux, autant de leurres et de mensonges qui enflent nos intelligences emportées par l’orgueil.
Sans hésiter, nos plus grands esprits parlent ainsi : u II y a dans la souveraineté du peuple deux parties bien distinctes, le principe et l’application. Le principe est absolu ; l’application seule est soumise à des nécessités d’existence1. »
C’est le principe, qui n’est nullement absolu. Ce que l’on prend pour tel ne serait, si nous étions parfaits,
(&} ils seuleul déjà que la pratique leur échappe; mais pour l'orgueil ils cherchent à sauver le principe.
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l'aristocratie. 359
que l’application d'un autre principe tellement supérieur que nous ne pouvons lever les yeux vers lui !
M. de Lamartine ajoute, également dans son Conseiller : « Le peuple a la souveraineté » ; puis dit immédiatement après : « Mais l’homme peut errer ». On voit qu’il est homme lui-mème I
Qu’est-ce donc que la Souveraineté, sinon l’autorité ayant la certitude de posséder la loi? El, sans violer sa nature, l’homme peut-il obéir à ce qui n’est point sa loi, à ce qui est illégitime? Et, cqqui est légitime, le peut-il reconnaitre sans un moyen infaillible?
Qu’est-ce donc que votre Souveraineté qui commence par errer?. Vous débutez par dire que l’homme peut errer, et vous allez prendre la loi dans l'homme! La Souveraineté, et son caractère, la légitimité, et son fondement, l'infaillibilité, vous les demandez à l’homme. Ehl c’est l’homme précisément qui les demande ! L’homme demande ce qui est légitime, pour n’avoir point à violer sa nature, à rompre sa liberté, à déchirer son mérite en obéissant.
Du jour où l'homme ne releva plus de Dieu, il est clair qu’il fut le souverain1! Une fois dans le principe de la souveraineté de l’homme, il n’y a qu’une addition à faire pour avoir celle du peuple. C’est votre principe, il est juste que vous le donniez pour base à votre société. Maintenant voyez où il la porte !
(i) ■ Après avoir reçu la souveraineté de Dieu, l'homme la reconquise » sur les gouvernements qui l'avaient usurpée! L'homme, qui Bubjugue la » nature, qui enchaîne les éléments, qui a conquis par son génie l’eau, le » fou, l'air, la mer, jusqu’à la foudre elle-même, est désormais inviolable • dans sa souveraineté 1 • — Paris, La Presse, (1850).
Cependant, nous allons à des conséquences où courent vos pieds brûlés sur le vieux sentier de l’erreur...