CHAPITRE XXXIV
Grande expérience qu’on & faite du pouvoir.
Le pouvoir est une charge (on doit le répéter aux Français); c’est un apostolat auquel il faut se dévouer: les
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classes nouvelles en faisaient une entreprise ! On s’étonna de le voir aux mains des envahisseurs de Février...
Nous avons vu tous les partis au pouvoir. En quelques mois nous y avons vu tous les gouvernements. Or les partis et les gouvernements ont repris la même pratique! Devant les mêmes nécessités, ils ont réclamé les mêmes lois ; en face des mêmes faits, ils sont rentrés dans une même politique. 11 a fallu abandonner les amplifications de système pour la nécessité publique; oublier rêves, tirades et promesses, pour faire du gouvernement.
Est-il un seul de nos tribuns, ou de ce qu’on appelle nos hommes d’Etat, qui n’ait été immédiatement obligé de défendre ce qu'il avait constamment attaqué? La République, usant du droit de réunion et de banquet pour renverser la Monarchie, ne peut se maintenir qu’en retirant ce droit. Après tout, est-elle autre chose en ce moment qu’une complète contrefaçon de la monarchie? O toutepuissance des faits ! deux heures de pratique, si l’on se décidait à réfléchir, vaudraient mieux que trente années de théorie.
Quelle justification éclatante , quels démentis écrasants !
Tout le monde remarque, non sans une ironie accablante, avec quelle puissance les événements ramènent sur le même point les hommes partis des côtés les plus opposés! Les opinions des hommes n’ont point changé le cours du monde; leurs idées fondent comme de la cire en touchant l’ardente loi de la nature des choses ! Dans les meilleures régions d’esprits il y a unanimité en ce moment. Ils voient combien ils ont été dupes du siècle! L’ancienne faction libérale, si animée contre le Clergé, voudrait ellemême, si elle l’osait, fournir des défenseurs à l’autorité du
Pape. M. Thiers a parlé dans ce sens. Oai, la peur ramènera pour un moment ceux qui ne sont pas fanatiques. Mai* quand la peur s’éloignera, c’est l’erreur qui nous reviendra...
La France, en définitive, a essayé au pouvoir tous se* partis, toutes ses illustrations, depuis les doctrinaires jusqu’aux républicains: tous ont montré la stérilité de leurs efforts pour mieux gouverner les hommes. Cette expérience nous éclairera-t-elle sur nos erreurs et sur la vanité de nos gouvernements ?. Comment improviser le bien quand on est dans le faux? Le bon gouvernement est dans le bon peuple, et le bon peuple est celui qu’on asseoit dans la vérité. Alors, la Société perfectionne son pouvoir ; un saqg formé plus pur dans les poumons remonte plus pur dans la tète'.
Quand votre gouvernement vacillera, l’inquiétude pour 1^ première fois vous fera remonter du côté de l’Autorité I On criera, et dans le fond on avouera que c’est très-bien. Depuis ces derniers événements, le peuple sait se mépriser.
Si nous étions capables aujourd’hui de comprendre, nous saisirions ceci :
1° La grande affaire de l’Etat est de donner tous ses soins à la religion. Comme il n’a pas mission pour
(1) La critique est encore fort goûtée; mais avec votre scepticisme que mettez-vous à la place du présent? Toute erreur vaut la vôtre. Vous voudriez bien aller, mais où? Vous voudriez bien renverser, mais quoi ? Vit-on jamais une Société mauvaise et nu gouvernement partait? ou une Société parfaite et uq gouvernenent mauvais ?
Remarquez bien que te*, hommes au pouvoir, pris en masse, val en' mieux que l'étal dans lequel vous avez mis la société. Pour vous, il est bon d'attendre encore la volonté de Dieu, puisque vous n’avez pas encore la fopoe de vous séparer de l'erreur.
l'aristocratie.
enseigner les hommes, son unique fin morale est de faire qu’ils soient aisément enseignés. Il ne s’agit pas de faveurs au Clergé (ainsi que le croyait la Restauration, si pleine de boBté), mais de l'appui de vos mœurs et de la loyauté de vos lois. Le Clergé ne vous demande que l’exemple et la justice.
2° Le grand écueil de l’Etat est d’empiéter depuis trois siècles sur la religion. Aussi, y a-t-il succombé. On fait la conquête d’un champ pour perdre ailleurs un royaume. Le pouvoir ne peut former les âmes; seul, il ne peut constituer la Société. S’il comprime l’unique force qui le puisse, il travaille de ses dix doigts à sa ruine'.
Faites-y attention, on ne dit point seulement : Le pouvoir aidera, mais, le pouvoir servira , assistera, protégera la religion. L’orgueil des hommes s’opposera encore à cette Seule politique ; mais on suppose ici que l’orgueil va se retirer. Sinon, il n’y a rien à faire.