CHAPITRE XXXV
De la gage direction du pouvoir.
Le pouvoir doit agir d'autant plus fortement dans une Société, qu’il y trouve affaibli l’empire de la religion. Loin d’incliner vers la Gauche, qu’il monte franchement
(1) Nom ne parlons ici que suivant l'intérêt I autrement, que rte choses effrayantes A penser sur ceux qui s’opposent, rte propos délibéré, à l'enseigne, ment et au triomphe de Jésus-Christ 1 1
vers l’Aulorilé chaque fois que la foule el l'orgueil des esprits élèveront leur voix. C’est là qu’est le remède, et le salut.. On doit sauver l’homme de lui-même, surtout en ce moment ; les nations veulent être gourmandées par de fortes mains1. Il faut être très-bon avec les hommes, mais ne point craindre, pour les mener au bien, de replier délicatement leurs volontés dans l’obéissance.
Un symptôme terrible de décadence , c’est lorsque toutes les idées, toutes les institutions, tous les partis, tous les hommes prennent pour se sauver la voie qui conduit à leur perte; lorsque l’erreur semble le bien. Et c’est là ce qui nous arrive... Nous proclamons à l’envi les principes mêmes que doit le plus éviter une Société !
On ne veut plus aujourd’hui qu’une nation marche la tête la première! 11 faut que la direction, les mœurs, l'impulsion, les lumières parlent d’en bas. Tout doit venir du peuple, les coutumes et les lois. L’époque a-t-elle pu être un instant assez sotte pour attendre la société de celui auquel on la donne, et pour espérer le progrès de la classe qui est précisément en arrière?. Peut-on appeler progrès pour un pays le contraire de tout ce qui a fait ailleurs la durée el la force des peuples? C’est le rebours de ce que nous faisons qui a fondé notre Passé, le monde qui nous a créés et qui nous porte. Pourquoi veut-on aller en sens inverse de l’histoire?
Jusqu’où ira donc la présomption française, embrasée par l’orgueil de la Révolution?..
.Nécessairement la liberté, qui est l’essence de l’homme,
(1) Sans Ins deux empereurs d'Autriche et de Russie, en 1 8 4 S l'Europe entière se brisait,
l’aristocratie.
produit dans sa variété de développement la hiérarchie sociale, qui n’est que la végétation naturelle de l’homme. Prendre pour but l’égalité, c’est vouloir écraser l’homme lui-méme. L’égalité absolue entre les classes est la situation des sauvages. La superposition des classes prouve la richesse d’une race et la puissance d’un peuple. La charité, qui lie tout, ne peut descendre que du mérite.
Les rangs ou les mérites étant nécessairement échelonnés les uns sur les autres, la Société repose en définitive sur l’humilité universelle. Y substituer l’orgueil universel, au nom des Droits, c’est le moyen de faire voler en éclats une civilisation1... Respect, obéissance, autorité, Foi, mœurs, enseignement, mariage religieux , famille, propriété, législation, reste-t-il quelque chose à renverser en France? Tout ce que la main des hommes peut changer, tout ce qui pouvait assurer et déployer la civilisation a été écarté; il ne reste plus debout que le squelette de la Société, qu’un coup de vent peut renverser...
(t ) Ecoutez-les : • Vous êtes appelé» au triomphe définitif de l 'Egalité. La < révolution, qui doit finir par abattre l’aristocratie de la fortune et celle de
• l'intelligence, ue sera véritablement accomplie que le jour où il n'y aura
• plu» de Capitalisme, ni d avantage» dérivant du fait héréditaire, ni enfin » de privilèges matériels conféré» à la capacité : l’oppression par lintelli- » gence étant tout aussi injuste, et plus criminelle encore, que l’oppression » par la force. • {Dernier manifeste de M. Louis Blanc, A Londres, pour ycélébrer le 2 i février tS.H .)
Cette thèse n'est plu» d'un homme I Ces gens-lA ne se doutent pas qu’il» devienneulde forts petits singes du Diable. S'ils lisaientdans Milton et dans Klopstock, les pensée» que ces homme» de génie prêtent aux démons sur Dieu et sur le» anges, s'ils voyaient cette identité générale du langage lenn par l'Orgueil, ils resteraient surplis de l'impulsion terrible qui le» fait agir... Le mot démocratie couvre l’envie universelle. Il tient un masque devant la face d« l'ennemi, qui s'avance pour tout anéantir, savoir l’Orgueil humain. S'il n'est pas conspué, ce mot nous conduit A la mort.
Finalement, il faut de grandes familles dans les Ëtats ; il faut de grandes propriétés pour les grandes familles. La grande propriété et les grandes familles sont premièrement un produit du mérite, secondement une des garanties de l’Ordre et un symptôme de durée. Il faut des traditions sous les lois, et de grandes éducations sous les traditions, pour les soutenir. L’égalité absolue n’est qu’une ruine absolue. Dès lors pourquoi abaisser ce qui est grand? N’est-ce pas le moyen de rendre une nation petite? On a commencé par introduire l’égalité dans la famille, en ôtant la libre disposition au père de famille, à celui-là seul qui voit où est le respect, la vie, l'avenir. Par ce morcellement tout s’en va en poussière. Dans cette voie, supposons donc quatorze siècles devant nous comme ils sont dans notre passé ! ! En décourageant tout, on détruit tout, et l'on détruira la patrie... Cependant la civilisation n’est que le déploiement et le classement des âmes : toutes peuvent s’élever de classe en classe , la vertu arrive au sommet, et c’est ce qui fait la vigueur d’une nation.
Que le Pouvoir soit plus instruit que les hommes! Celui dont la direction est sage consulte moins l’opinion, qui change, que les grandes lois, qui restent et conservent les nations.
l’a kistocraîi e.