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CHAPITRE XXXVIII

Le clergé nous a créés, il peut seul nous conserver.

Certes, ce ne furent pas des hommes d’Etat, ceux qui eurent l’idée de placer, dans toutes les communes de France, un homme pour intercepter la sainte influence de ces Evêques , qui , selon les historiens , ont fondé ce royaume! Certes ils avaient peu la connaissance du cœur de l’homme, ceux qui pensèrent confier, sur un diplôme d’Académie, le soin d’élever l’enfance! Quelle abnégation chez l’instituteur de commune! quelle haute vertu I Travail ingrat, pénible, ignoré, et pour ne recueillir aucune reconnaissance! Pourquoi demander de telles vertus uniquement à la nature humaine1? Mais dans cet établissement, ne voyons que le côté politique.

Dieu nous garde d’accuser les instituteurs detre tous socialistes dans l’intention ! Ils le sont à leur insu, ces jeunes hommes, dès l’instant qu’ils ne portent plus, souveraine en eux, la Foi de l’humble fidèle. Ils le sont déjà par cela seul qu’ils ont reçu des lumières sans posséder par-devers eux un capital proportionné. Il ne faut pas d’une instruction qui n’a pas été précédée, dans une famille, par la vertu de modération dans les jouissances, dont la pro-

(l) Or, pendant qu'on créait les instituteurs, on les créait infaillibles, puisqu'on les faisait inamovibles I prérogative que les siècles n'avaient même pas accordée aux prêtres desservants de nos communes.

l’aristocratie. :nr>

priété offre la pruve. C’est le malheur qui nous poursuit déjà sur tous les points de la Société.

11 ne faut jamais multiplier, dans un Etat, des positions de ce genre. En créant ce grand nombre d’instituteurs, on a cru produire une merveille : sait-on seulement ce qu’on a fait? A-t-on pensé à consulter l’Eglise? Sachonsle bien, le prêtre seul, celui qui s’est donné par vœu, peut sans péril porter toute son intelligence dans l’humilité, et trouver en lui, par le côté de Dieu, l’équilibre dont nous parlons.

Vos instituteurs sont socialistes, quelque soin que vous preniez des écoles normales. Il n’y a que le séminaire qui puisse offrir de sûres garanties. On ne saurait trop le redire, hors de la Théologie, de la dominante pensée de la Chute, il n’y a qu’une doctrine, le socialisme. Le socialisme n’est pas un système particulier qui peut naître aujourd’hui, puis s’éteindre demain. Le socialisme est la négation même du Dogme immense de la Chute, par conséquent la subversion totale de la Société. Le socialisme suit le christianisme comme l’ombre suit le corps. 11 est tout simplement le point de vue humain.

On peut déposer dans l’enfance le germe du socialisme, uniquement en lui laissant ignorer le catéchisme, et sans qu’il soit besoin de parler politique, il suffit de la livrer à l'esprit de ce que l’on nomme le Monde. Pensez ou enseignez hors de la Foi, et tout est fait.

Les masses aussi, depuis longtemps, appartiennent au socialisme; personne ne le leur enseigna à l’école. Mais à lecole on découvrit qu’au lieu de venir sur la terre pour travailler et pour souffrir comme Notre-Seigneur, et par là gagner une vie éternelle, l’homme s’y présente pour faire fortune et jouir. L’enfant est le premier des métaphysi-

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cicns; il n’attend pas les conclusions que vous lui avez préparées, lin regard , un geste précipite un principe plus fort dans la direction de sa jeune âme que les plus pressantes leçons. Devant l’œil de l'enfant, le doute s’exhale des paroles même qui veulent le cacher! Qu’est-ce donc lorsque l’inspecteur, interrogeant sur la lettre du catéchisme, dit lui-môme à ce tendre esprit, comme un jour je l’entendis : «Comprends-tu ? » — Oui, monsieur, o — Ah ! lu comprends comment trois Dieux n’en font » qu’un seul! Et tu comprends aussi que parce que ton b père a commis un crime, tu en seras puni? » Ce simple enfant sut répondre : « il en retombera Lien toujours quelque chose sur moi... »

'N’avez qu’un enseignement ! — De celle manière, direz-vous, c’est l'Eglise qui dirigera tout, et le Pouvoir travaillera comme un pur serviteur de l’ordre! — Sans doute! il sera le serviteur de l’ordre et de la vérité. 11 sera le serviteur de Dieu et le serviteur de tous, Lui qui est le premier parmi nous!

Sur toute la France les moeurs plient et s’affaissent comme un vieux toit. Observez toutes les classes ; examinez de près l’agriculteur et l’homme d’affaires, l’entrepreneur et l’ouvrier, le domestique et le maître, l'enfant et le vieillard ; voyez nos villes et nos champs, le petit bourgeois et le paysan que ne lient plus l’autorité! ce pays va devenir inhabitable...

Vous qui conduisez à celte heure les peuples, quelle charge immense vous poçtez ! Plus d’un siècle a travaillé à détruire ce qu’il faudrait relever en un jour! Il vous faut un courage inouï, une détermination suprême, et avant tout, la vérité.. On a déjà peine à concevoir qu’un gouvernement, quel qu’il soit, suflise à soutenir mainte-

I ARISTOCRATIE

nant la Société. Que sera-cc s’il éloigne l'Eglise, s’il n’emploie pas lous les moyens quelle met en son pouvoir?

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