CHAPITRE XLI
La Société n'est pas un fait tout naturel ; elle n'existe que par un secours.
Par malheur, . tout ce que l'homme fait en dehors de la Foi, il le fait presque nécessairement dans l’ordre du moi, dans l’ordre de l’homme, bien loin de l’opérer dans l’ordre de Dieu, dans l’ordre du sacrifice de ce moi. L’antiquité en sait quelque chose, aussi bien que les peuples mis en dehors du christianisme !
Voilà pourquoi on ne saurait absolument abandonner l’humanité à ses tendances propres, et, comme le pensaient les écrivains modernes, la laisser dans sa marche se séparer de l’Eglise, ou même des gouvernements.
(IJ La Révolution, prise pour un progrès de la conscience humaine, n'est qu’une progression de l’orgueil, un renversement des principes qui ont fondé les nations.
Dans la Gazelle allemande de ce mois (oct. 1849), M. Heinzen publie un traité intitulé Enseignements de la révolution, où il dit : • Il est possible que • la grande révolution où nous entrons coûte deux millions de tètes. Mais
> l’existence de deux millions de misérables réactionnaires peut-elle être prise ■ en considération lorsqu'il s'agit de sauver deux cents millions d'hommes ? » Non I le temps vient où le peuple secouera ces faux scrupules de conscience, » où il portera le glaive partout où se cacheront ses ennemis, et où il célébrera » la fêle de la vengeance sur des montagnes de cadavres ! Pour les réaction-
> naires, point d’asile.. Ils u« doivent rien posséder sur la terre qu'uu » tombeau, •
Toute civilisation abandonnée de la sorte à elle-même périra. Car la Société ne va pas à l’homme; elle va à Dieu ou tombe dans la servitude. Dès que l’homme devient maître, on peut prédire une ruine.
Aussi toute notre civilisation maintenant croule. Elle porte à faux d’un bout à l’autre depuis que le christianisme n’est plus son gouvernement. La puissance même que le christianisme nous a fournie ne fait qu’accélérer la mort. La délicatesse qu’il a laissée dans la pensée, le capital qu’il a préparé partout, offrent un levier plus grand à la dissolution humaine.
D’ailleurs la lutte entre le bien et le mal ne peut pas être égale sur la terre, car c’est l’homme qui agit.
La Société n’y est point une chose si naturelle qu’on le croit ; c’est une chose en quelque sorte surnaturelle, un édifice soutenu avec un art inouï. Livrée à elle seule, la Société s’écroulerait; comme nous l’avons vu, dans l’histoire, à toute déchéance de doctrine ou de pouvoir. Il faut faire de l’homme ce qu’on peut, et puis encore lui ajouter un aide. De là l’autorité. L’idée seule ne suffit pas à conduire le monde.
Les esprits qui vivent sur l’illusion que produit la Société toute faite, en appellent au droit; ils veulent quelle existe par elle-même. Son triomphe sur la barbarie leur parait un fait tout naturel ! Telle est l’idée de la Révolution. Mais elle ignore profondément la loi des affaires humaines.
Sur la terre, le triomphe du mal sur le bien est naturel ; le triomphe du bien sur le mal est presque tout surnaturel. Le mal triomphe de l’homme comme il triomphe de la Société, naturellement; il n’est vaincu dans l’homme,
comme dans la Société, qu’à l’aide de secours surnaturels *.
L’influence surnaturelle qui sauve l’homme est la Grâce ; l’influence surnaturelle qui sauve la Société est l’Autorité. Voilà pourquoi l’Eglise et l’Autorité doivent attirer toute notre attention.
Il y aurait triomphe irrémissible du mal sur toute la terre, sans le secours de* Celui de qui découlent et la Grâce et l’Autorité. C’est pourquoi dans son ordre l’Autorité est de droit divin, comme dans le sien la grâce est de source divine. — Omnis poteslas a Deo.