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CHAPITRE XLI

L’Autorité viendra toujours en aide à ia Société.

On voit pourquoi la chute de l’autorité fut partout la chute de la Société. II y a chute de l'autorité lorsqu’elle tombe des classes élevées dans les classes inférieures, lorsque la désobéissance vient se présenter comme un Droit.

Prendre l'autorité dans la foule, c’est la puiser dans le mal. Or l’autorité n’est faite que contre le mal. Il n’y a besoin d’autorité que parce qu il y a une foule ; c’esl-à-

(1) * Partout le mal triomphe du bien naturellement; partout, dans l’homme comme daus la société, le bien ne peut triompher du mal que par uu miracle. Le Déluge, par lequel le bien sortit triomphant du mal, fut un miracle ; la venue au monde de notre Sauveur, par laquelle le bien triompha du mal, fut un miracle; le jugement dernier, par lequel le bien triomphera du mal pour toujours, sera comme le couronnement de tous les miracles * — Donoso Cortès.

dire, un ensemble d’hommes chez lesquels il faut suppléer à chaque instant la raison et la volonté, que par la Chute et les passions l’homme a perdues en partie.

Sans la Chute, on n’aurait jamais employé la force chez les hommes. L’autorité ne fait que remplacer la raison. Elle ne porte effectivement que sur les hommes restés dans l’état meme de la Chute. Substituer la loi à la raison impuissante, la force à la volonté égarée, la lumière à l’intelligence ignorante, est une grande partie de ce qu’on appelle gouverner. On ne gouverne que sur les traces de la Chute.

Entre amis, il n’est pas besoin de juge de paix; entre gens bien élevés, il n’est pas besoin de lois ; entre les bons, il n’est besoin ni de gendarmes, ni de police, ni de bagnes, ni de peine de mort1. Ce fait explique notre ordre social...

Il y a des parties où la Société est toute faite, d’autres où elle est commencée, d’autres où elle n’existe pas encore. C’est à quoi pourvoit l’autorité. Et de même, il y a des peuples chez qui la Société parvient plus avant; et d’autres dont elle colore à peine les sommets. C'est à quoi subviennent les gouvernements. A mesure que les peuples avancent dans le bien, l’autorité restreint son action.

L’autorité ne doit jamais prendre la place de la raison, quand elle existe ; ni la raison se persuader quelle peut se mettre à la place de l’autorité. Le grand art pour gou verner consiste à substituer lu raison à l’autorité, ou l’autorité à la raison, mais selon l’urgence et dans la mesure du possible. Aussi faut-il tous les instincts de la paternité et un grand cœur pour gouverner.

(i) Tout notre attirail de société, de pouvoir et de lois, n'existe qu’à cause des méchants. Peuser sans cesse à l'affaiblir est d’une naïveté étrange.

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On veut y substituer les Constitutions : cet engouement coûtera cher. Le papier est trop inflexible pour régner sur des hommes. Vous voulez qu’un texte vous gouverne? ce n’est pas donner la preuve d’un grand savoir en politique !

Sans l’autorité, la Société disparaitrait du monde. Il y aura toujours en nous la partie qui n’est pas faite, toujours en nous le mal prêt à triompher naturellement du bien : à moins que tout à coup les hommes ne deviennent bons ! Et sans les dynasties, il y aurait toujours anéantissement des traditions et des coutumes, avec le despotisme en plus.

N’y a-t-il donc jamais un progrès? Si bien : mais ce progrès n’assure pas l’homme contre lui-mème. Quand l’homme s’élève, souvent l’orgueil s’élève à côté de lui.

,On a vu des civilisations se briser aussi promptement qu’une peuplade. C’est l’histoire des premiers Anges, c’est l’histoire du premier homme. L’homme sera toujours sur la terre comme un vase fragile; la Société aussi.

La lutte entre le bien et le mal, commencée dans le Paradis terrestre, ne s’éteindra qu’avec le temps. Xa question de l’avenir de la Société n’est que celle de la direction que prendra notre liberté. Examinez bien si, par le chemin quelle suit, la liberté marche à la perfection, ou si elle marche à sa perte...

On le voit, le système si fameux du Progrès est envisagé bien différemment par le chrétien et par les révolutionnaires. Pour le premier, il y a progrès dans l’humanité, pourvu que la religion ne la quitte pas. Tandis que pour les seconds, il y a un progrès continu, inévitable, indépendamment de la venue et de l’action du christianisme. Reste à savoir l’espèce de progrès qu’il y eut, d’abord depuis Adam jusqu’au Déluge, ensuite depuis le rétablis-

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sement du genre humain jusqu’à la chute de l’Antiquité? évidemment le progrès naturel indiqué plus haut : celui auquel la Société fera bien d’échapper...

L’emploi de l’autorité par les méchants et chez les méchants n’est jamais que du despotisme.

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