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CHAPITRE XL IX

Le véritable gouvernement.

Le gouvernement, disait il y a plus de deux mille ans Aristote, est nécessairement dans les mains d’un seul, de plusieurs, ou de tous. (Il fallait dire, est toujours dominé par un seul, par plusieurs, ou par tous.) De là ces dénominations célèbres de gouvernement monarchique , aristocratique et démocratique que le philosophe emprunta à sa propre langue.

Ce fut une sorte de classification plus grammaticale que réelle. Ce qu’on appelle gouvernement démocratique n’a jamais existé : les esclaves ne volaient pas. Par peuple, on entendait alors l’ensemble des citoyens, c’est-à-dire de ceux qui étaient aptes à posséder. Cette expression de gouvernement démocratique, signifie donc gouvernement des Bourgeois. Aristote parle de tous, parce que les esclaves, c’est-à-dire le peuple d’alors, n’étaient comptés pour rien.

Montesquieu n’a rien changé à. cette classification de

vera, il faudra bien céder à ta nécessité : le sang et le pillage, ou l'autorité véritable 1 II faudra bien que la Frauce déclare si elle veut périr, ou faire triompher le principe définitif de l’Ordre...

( I) Monarchie, de ftivo; et dpltij, commandement d'un seul.

Aristocratie, de âpiarci et xpàrof, commandement des meilleurs. Démocratie, de Jij/ucc et xpàroc, commandement du peuple.

l’aristocratie. 401

son raailre. Mais, s’égarant le premier sur le sens du mot peuple, il a grandement concouru en France à répandre notre erreur. « Lorsque le peuple, dit-il, a la souveraine puissance, c’est une démocratie. » Comment le peuple exercerait-il la souveraine puissance?

La nature du véritable gouvernement serait précisément de n’ètre au fond ni monarchique, ni aristocratique, ni démocratique, mais en quelque sorte nomocratique1. Le despotisme n'est autre chose que la substitution de la volonté humaine à la véritable loi. Le grand point est que la loi gouverne, la loi conforme à la conscience ou à Dieu : une fois admis que l’homme lui-même gouverne, le chiffre n’y fait rien.

Sortons du cercle tracé par Aristote, pour remonter à une grande vérité. Si l’homme n’a pas en soi le droit de commander à l’homme, les hommes réunis ne sauraient composer ce droit. En allant de la monarchie à l’aristocratie, et de l’aristocratie à la démocratie, le despotisme irait croissant : comme cela nous est arrivé. Suspendue par la volonté d’un seul, pressée par la volonté de plusieurs, la liberté se verrait écrasée sous la volonté de tous.

Il y a une Loi des lois, qui ne dérive ni d’un seul, ni de tous; qui n’a d’autre rapport avec la volonté du peuple, comme avec celle du souverain , que l’obligation * admirable quelle impose à l’un et à l’autre. Les lois ne sont pas des actes de puissance, mais des actes de justice et de raison. Et qui pourrait donner à l’homme une loi? l’homme lui-même ne peut pas se donner sa loi ! *

Dans la pensée de celui qui gouverne, le gouvernement

(1) De vo/uo loi, xpxros commandement.

doit être au fond Nomocratique , c’est-à-dire divin , pour parler en français.

Absolument parlant, le Pouvoir n’est pas une monarchie, puisqu’un homme n’a pas le droit de donner sa Joi à l’homme; ni une démocratie, puisque tous, à plus forte raison, ne peuvent posséder ce droit; ni même une théocratie, puisque Dieu place ailleurs sur la terre son gouvernement personnel. Le Pouvoir est le dépositaire légitime de la Loi, laquelle est à la fois, en politique, l’expression des coutumes et de la vérité.

Il s’agit de reconnaitre cette Loi, qui ne vient ni d'un seul, ni de plusieurs, ni de tous ; celle Loi dont le pouvoir n’est que l’agent, et à laquelle la Société doit obéir pour en recevoir l’existence.

En obéissant à la Loi légitime, on n’obéit pas à l’homme, on obéit à Dieu...

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