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CHAPITRE L

La Loi.

Montesquieu a commencé son grand ouvrage par ces pnots : Tous les êtres ont leur loi. Mais il n’en dit point la raison ; il n’explique point, non plus, ce que sont les lois pour les êtres.

Les êtres créés ne sont point nécessaires; leur existence est subordonnée à l’Etre qui seul est essentiel et nécessaire. Si, n’élanl point nécessaires, ils existent, c’est

l’aristocuatie.

qu’ils reçoivent leurs conditions d’existence. Si ces conditions leur étaient retirées, tous les êtres disparaîtraient.

Ces conditions d’existence placent les êtres dans de certaines manières d’être constantes et invariables auxquelles ils ne pourraient échapper sans perdre immédiatement la vie. La puissance qui maintient un être dans son ordre ou dans ses manières delre constantes et invariables, est ce qu’on appelle sa Loi.

La loi d’un être est ce qui renferme ses conditions d’existence.

Celte simple question : tel être a-t-il une loi? revient à celle-ci : tel être existe-t-il? Demander si l’homme a une loi, c’est donc demander s’il existe. Or, doué d’un corps et d’une âme, l’homme a deux lois. La loi qui renferme les conditions d’existence de soit corps, faisant partie de la nature, marche toute seule avec elle. La loi qui renferme les conditions d'existence de son âme, s'adressant à letre libre, ne peut que lui être proposée.

De ce que la loi doit respecter la liberté, il ne s’ensuit pas que la liberté reste sans loi. Aux êtres bruts, la loi est fatalement imposée; aux êtres libres, il faut quelle soit infailliblement proposée.

C’est pourquoi l’homme a droit à l’existence de l’autorité. La première condition d’un être qui a le pouvoir d’agir de lui-même est la connaissance de la loi qu’il vient accomplir. Notre existence n’est garantie que par ce fait dominant des sociétés humaines.

Déclarer que l’homme est libre, c’est proclamer qu’il ne saurait être un instant privé de sa loi. La liberté sup-

(1) Aussi, 1» constance d’un fait est-elle, dans la nature, le seul caractère auquel on reconnaisse une loi.

pose aussitôt sa lumière. Loin d’elle, embarrassée de sa puissance, la liberté ne serait que son propre instrument de mort.

La Liberté ne repose que sur la Loi.

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