CHAPITRE LI
Le droit divin.
La loi n’est pas non plus, comme l’a dit Montesquieu, l’expression des rapports nécessaires qui découlent de la nature des êtres. Les lois ne découlent pas des êtres ; ou bien il faudrait supposer que la terre, depuis le commencement du monde, s’amuse d’elle-même à tourner autour du soleil1. Ce sont les êtres au contraire qui, dans leur existence, découlent de leurs lois.
Un astre ne fait pas sa loi, un être ne fait pas sa loi ; mais sa loi, au contraire, le fait être ce qu’il est. Dans l’ordre physique, la loi est ce qui régit les êtres, et non ce qui découle de leur nature.
Dans l’ordre moral, la Loi ne résulte pas plus des volontés que, dans l’ordre physique, elle ne résulte des corps. Si c’était la volonté qui se fit à elle-même sa loi, il n’y aurait point d’obligation morale.
(IJ Seulement les lois ont une telle convenance pour les Êtres, que celui qui les examine du point de vue empirique, croit les voit découler de la nature même des êtres.
Une telle interversion métaphysique, commise par les publicistes, philosophes de troisième ordre, suffirait pour produire la Révolution.
l’aristocratie.
D’ailleurs la volonté qui fait sa loi, peut la détruire, ou peut la suivre comme elle l’entend. Dès lors, il n’y aurait plus de loi. Si elle se faisait sa loi, la volonté serait l’Absolu: alors elle n’aurait pas besoin de loi I
Le législateur ne peut pas plus faire une loi pour la Société, que le physicien n’en peut faire une pour la nature. Le monde moral, comme le monde physique, a sa loi ; il s’agit de la connaître et de la suivre. Dans l’ordre moral, la loi est ce qui doit régir les volontés.
Si la loi ne vient pas des hommes, elle vient de Dieu. Celui qui crée donne les conditions d’existence: telle est la loi. Est- il absurde de dire de la nature, que sa loi vient de Celui qui l’a créée, de celui qui la fait être et la conduit à son but?
Mais, au dire des classes qui à cette heure placent leur joie dans l’or, Celui qui donna letre n’a pas le droit de donner à l 'être sa loi ! Aussi, toutes leurs lois, depuis 89, n’ont eu précisément pour but que d’échapper à celle grande loi. On comprend maintenant pourquoi le Créateur a décidé la ruine de Babylone, de Carthage, de Tyrl Dieu ne forme des êtres que pour les voir suivre leurs lois, qui sont leurs conditions de vie et leurs litres à l’existence. Si toutes les aristocraties sur la terre manifestaient les mêmes prétentions que les classes françaises émanées de 89, le monde toucherait à sa lin...
Encore une fois, si la loi venait des hommes, il n’y aurait point de Société possible, parce qu’il n’y aurait aucune obligation pour la conscience d’obéir à l’homme ; les volontés, comme telles, étant égales et libres en cet unique fait.
Loin d’èlre obligatoire pour autrui , la volonté de
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l’homme n’est point obligatoire pour lui-mème. Ou il n’y a point de loi, ou la loi est divine1.
Entre des êtres semblables, il n’existe naturellement ni pouvoir ni sujet, ni droit ni devoir, par conséquent aucun ordre possible. Les hommes ne peuvent constituer une société entre eux, s’ils n’ont reçu de Dieu le don sacré du Pouvoir. En outre, des êtres libres ne sont faits que pour Dieu, et Dieu ne souffre pas qu’un autre leur donne une loi...
Dieu a donc donné sa loi à l’humanité; de plus, il s’est réservé un Droit divin, c’est-à-dire le droit de maintenir celle loi divine.
Au reste, comment trouver ailleurs qu’en Dieu la raison du Pouvoir, c’est-à-dire de l’obligation qui régit les libertés sans attenter à leur nature? On s’est moqué du Droit divin : on s’est donc moqué de la grandeur et de la dignité de l’homme!
(I) De même, dès qu'on ne veut plus reconnaître que le Pouvoir vient de Dieu, on le fait venir de la volonté de l'homme. Et l'homme ayant alors la faculté de créer le pouvoir, de créer la loi, la loi n'est que la volonté de l'homme. Pour voiler celte absurdité on la recouvre de cette définition : la loi est l’expression de la volonté générale. Comme si des milliers de volontés, la volonté du genre humain , pouvaient créer la loi, qui est précisément ce qui doit régir la volonté du genre humain.
Si le genre humain était souverain, c’est-à-dire s'il était identifié avec sa loi, il n'aurait pas besoin de souverain, il n'aurail pas même besoin d'un Créateur. Pour pouvoir sc donner sa loi il faut pouvoir se donner l'ètre, et c'est justement là ce que la Révolution a cru faire..
l’aristocratie.