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CHAPITRE LU

La légitimité.

La Société, dépositaire et non point source de la loi, est munie du droit divin de la faire exécuter. La loi est dans les mains d’une classe ou d’un homme, qui en est à son tour dépositaire ; c’est-à-dire qu’il a en dépôt le Droit divin de faire exécuter la loi.

Mais il ne peut rien sur la loi. Celte loi ne venant ni du peuple ni du roi, n'est pas leur propriété. Ils ne peuvent ni l’un ni l’autre la modifier à leur gré. Ils ne peuvent faire que ce qui est injuste, déraisonnable et barbare, soit juste, raisonnable et humain. Ce qui conclut contre le prince, conclut avec la même force contre le peuple.

Ce qui est juste, raisonnable et humain chez un peuple, est en partie consigné dans sa Législation, contre laquelle tout ce qui se fait est nul de soi.

Les hommes ne sont pas plus les propriétaires du Pouvoir qu’ils ne le sont de la vérité. Comme la vérité est un don divin en dépôt chez les hommes, et qu’ils n’y peuvent rien changer sans y substituer l’erreur, de même le pouvoir est un don divin en dépôt dans la Société, auquel elle ne peut mêler du sien sans y substituer l’arbitraire.

Tout alliage, qu’il vienne d’un homme, qu’il vienne de tous, entache la loi de despotisme. Le despotisme, nous

4ü8 LIVRE TROISIÈME.

l’avons dit précédemment, n’est que la substitution de la volonté humaine à la loi.

Dieu ne désigne pas toujours le souverain, mais il communique son autorité, c’est-à-dire le Droit divin, à celui qui possède légitimement le pouvoir. 11 est vrai que la manière légale de le posséder, ainsi que sa forme, varie selon les lieux. Mais celui qui a créé ou conservé une nation, a évidemment sur elle un droit que n’ont pas ceux qui n’eussent jamais reçu le jour sans lui.

Tel est le Droit historique et sa profonde légitimité.

Dieu ne désigne pas : au fond l'expression est mauvaise, car Dieu n’envoie pas des Anges pour agir dans ce monde, mais if y envoie bien des faits. Les faits sont les éléments de ce monde. Les peuples acceptent le Pouvoir comme ils acceptent la vie; ils n’en ont pas le choix.

L’Etat représente donc un pouvoir divin ; autrement il ne pourrait commander à la volonté humaine. S’il ne représentait qu’un pouvoir humain, il consacrerait la servitude et nécessiterait la révolte, ou l’anéantissement de la Société.

Telles sont cependant les conséquences auxquelles mènent deux écoles, les absolutistes et les républicains. Les premiers croient qu’il y a un droit divin, mais ils le font venir de l’homme. Le droit divin, étant sa propriété, il en dispose, et y substitue son propre vouloir. Les seconds soutiennent qu’il n’y a pas de droit divin. Il ne reste plus alors qu’un droit humain, c’est-à-dire arbitraire, recueilli dans les caprices de la foule1. Les uns voient la souve-

(I) La doctrine qui croyait la loi le résultat de la volonté générale, a été une réaction contre la doctrine qui croyait la loi le résultat de la volonté d'un homme. Et celle-ci, que l’on rencontre à l'origine des peuples païens, est elle-même une réaction contre l’anarchie de l’état barbare.

L AH ISTOC R AT I E.

raineté suprême dans un roi : c’est mettre le despotisme à la place de la loi. Les autres voient la souveraineté dans le peuple : c’est mettre l’anarchie à la place de la loi.

La souveraineté est en Dieu. Les rois sont les ministres de Dieu pour le bien ; et les peuples qui dénouent euxmémes l’autorité, sont comme des animaux qui voudraient se couper la tète pour mieux voir.

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