‹ Restauration françaiseChapitre 177 sur 197 · CHAPITRE LIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIII

I/lnfaillibilite.

Il s’agit du pouvoir et de sa légitimité : avec plus de bon sens, on nous renverrait tous aux faits! Car Dieu n’a pas abandonné le monde, et les paroles ne remplaceront pas ('histoire.

Le souverain, c’est-à-dire celui qui exerce la souveraineté, est légitime lorsqu’il possède le Pouvoir de droit et qu’il est conforme à la loi. Si le pouvoir n’est pas légitime, c’est-à-dire, ainsi que l’indique le mot, conforme à la loi, il ne diffère plus de la force, et nul dès lors n’est tenu de lui obéir1.

La liberté dépend de la légitimité du pouvoir, c’est-àdire de la conformité du pouvoir avec la Justice immuable. Rien de plus évident ! La liberté demande une autorité qui

(1 ) Que les Rois montrent le Droit et cachent l'homme, car l'homme, c'est le peuple ! Le système de là soi .yeraisetu du peuple a pbis saissarce sur LE TROUE OU L OS A MECORHU LES DROITS DE DlRU.

la préservcd’un pouvoirsans loi, et qui maintienne le règne de la justice, c’esl*-à-dire le règne de Dieu. Car la liberté, dans l’ordre logique, est la loi primitive et essentielle, la loi qu’il faut garantir au sein des sociétés humaines.

Or, pour connaître la règle légitime, la loi divine d'après laquelle le Pouvoir doit gouverner, il faut de toute nécessité un moyen Infaillible..

L’homme ne doit obéir qu’à Dieu : il ne peut confier sa ■liberté qu’à la loi de son être. 11 n’est pas dans ia nature un seul être qui suive une autre loi que la sienne ; l’homme serait-il privé de ce premier droit de la création? Soumis à l’obligation, l’homme a donc droit de retrouver sur la terre l’Infaillibilité...

Ainsi, pour l’homme, point de liberté sans la vraie loi ; point de loi sans un pouvoir qui la maintienne; point de pouvoir sans légitimité , et point de légitimité sans infaillibilité1. L’homme ici ne relève que du Souverain de son àme !

Même aux yeux du souverain privé de la Foi, si telle n’était pas la vérité, telle serait du moins la perfection en politique. Telle serait la plus salutaire des conceptions de la

(I) Le Christianisme renferme toutes ces choses; elles forment le résumé de sa doctrine sur la Société.

■ D'abord il ne reconnaît de souverain légitime, et éternellement, que Dieu, Roi des rois, de qui la raison, la vérité et la justice sont les lois.

b Ensuite, il ne considère le pouvoir humain, ou la souveraineté dérivée, que comme le ministre de Dieu pour le bien, obligé de gouverner selon la loi, perdant tout droit de commander dès qu'il la viole.

> Il enseigne, enSn, qu'il existe dans l'autorité qu’il a remise à son Église un mojen infaillible pour connaître cette justice, cette règle légitime du pouvoir ; et lie ainsi l'ordre politique à l'ordre moral, l'action humaine & la raison divine. »

De la Relig. dans ses rap. avec l’ord. civil et politique.

l’aristocratie. 4M

sagesse humaine, le chef-d’œuvre de la diplomatie, le meilleur fondement d’uno société d’êtres libres.

Mais, offrir pour garantie aux peuples un Roi qui fait de toute sa vie l'étude de la justice, et qui est établi par Dieu même le père de tous les peuples, donner pour sauvegarde aux âmes celui dont tous les actes ont pour objet la sainteté, où trouver une meilleure, une plus pure, une plus haute Autorité?

Sommes- nous près d’aborder cette thèse libératrice? Combien de temps resterons-nous dans les servitudes absurdes de la Révolution ?

Il est clair que si Dieu a rendu sa loi indispensable à l’homme, il la lui a rendue possible ; si elle ne l’est que maintenue par un pouvoir légitime, il a établi ce pouvoir ; si enfin, dans les grandes difficultés, ce pouvoir ne peut être reconnu tel que par une autorité infaillible, il a établi cette Infaillibilité : sans quoi Dieu n’aurait pas créé ce pouvoir, sans quoi il n’aurait pas créé celte loi, sans quoi il n’aurait pas créé l’homme.. Notre liberté rth repose en définitive que sur l’infaillibilité.

À la souveraineté absolue de Dieu, la Révolution a d’abord substitué la souveraineté des rois ; à la souveraineté des rois, elle a ensuite substitué celle du peuple!. Celait toujours pour ôter Dieu. Mais aujourd’hui qu’il est absent, nous avons l’homme, autrement dit l’orgueil et son despotisme sans fond..

Faudra-t-il rester là?

La question ne peut pas s’éluder. 11 faut que la lumièro arrive de quelque part, et, à sa suite, la justice et le droit. II faut quelque chose de définitif. Votre souveraineté du peuple, déclaré ainsi maitre de la justice et source de la vérité, n’est qu’une autre infaillibilité, la plus humiliante, il est vrai, à laquelle puisse être asservie la raison.

Quand les rois , dans les cas difficiles, écoutaient la voix supérieure de Rome, les peuples ne se révoltaient pas ! Dès qu’à la suite de Luther, les rois ont repoussé la sublime Juridiction spirituelle, les peuples se sont mis en guerre contre les rois. . .

Les rois ne sont pas des saints. Quand leur autorité se change en force, il faut bien leur opposer une force qui l’illumine ou la réprime. La question se borne à savoir si elle sera matérielle, c’est-à-dire puisée dans le prétendu droit d’insurrection, ou si elle sera spirituelle, c’est-à-dire puisée dans la lumière qui gouverne les consciences...

Est-ce à dire que le Souverain Pontife devient au fond le souverain des nations catholiques? Point du tout: c’est la voix déloyale de la Révolution qui en parlait ainsi. Cela veut dire simplement que lorsqu’un souverain vit en bonne harmonie avec le Souverain Pontife, la nation se trouve dans la vérité : quelle vit en pleine justice et en parfaite liberté.

Que d’obstacles, dites-vous, s’opposent maintenant à cette pratiqué chrétienne ! que de temps pour y revenir ! Assurément : mais vous qui, pour fonder la vôtre, attendez que les hommes soient sages ! !

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