‹ Restauration françaiseChapitre 178 sur 197 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Récapitulation.

Questions fort simples à récapituler :

Qu’est-ce que la Société? N’est-elle pas la condition

l’aristoc rati e.

de l’existence de l’homme? Et si l’homme a sa loi, ou sa condition d’existence, la Société ne doit-elle pas avoir sa loi? Qu’elle doit être cette loi?

N’est-elle pas le moyen par lequel la Société tend à son but? Mais la Société, par elle- même, peut-elle toujours connaîtra ce but, peut-elle connaître cette loi, et peut-elle se la donner?

Celui qui crée les êtres, ne crée-t-il pas la nature des êtres ; par conséquent n’est-il pas le seul qui possède leur loi? La loi, de même que l’existence, a donc une source divine? Cela ne s’accorde-t-il pas avec la liberté et la dignité humaines?

Si l’homme recevait sa loi de l’homme, outre qu’il se verrait trompé, ne deviendrait-il pas l’esclave de l’homme? Or, la loi n’est-elle pas la justice souveraine? Et une telle loi peut-elle exister au milieu de la Société sans un Pouvoir qui la maintienne, dans l’intérêt de la loi même, et la dispense, dans l’intérêt de !elre qui obéit à cette loi?

La souveraineté, autrement dit la possession et l’application du pouvoir, n’est-elle pas alors de Droit divin? Cela ne s’accorde-t-il pas avec la dignité et la liberté humaines?

N’est-ce pas à la seule condition qu’il maintienne cette loi, que le Pouvoir existe? S’il ne maintenait pas la loi réelle de la Société, ne serait-il pas une entrave et un mal? Il faut donc que le Pouvoir soit légitime, dans toute la force de l'étymologie du mot, c’est-à-dire honorant la loi !

Qui jtfgera s’il est légitime? Peut-il le juger lui-même, ou bien la Société peut-elle le juger? Et qui établira l’harmonie entre les deux forces différentes, la loi et la liberté?

Peut-on confier ce soin au Pouvoir? n’est-il pas partie

intéressée à l’existence de la loi? Peut-on le confier à la Société? u’esl-elle pas partie intéressée à l’existence de la liberté? Ou bien, peut-on, comme de nos jours, laisser à chacun d’eux le moyen de soutenir son droit par sa force?

Compter ainsi sur la lutte entre les*deux forces , n’est-ce pas porter la difficulté et la guerre au sein de l’Etat? Au lieu de maintenir l’accord de la loi et de la liberté, ici l’Etal fera-t-il autre chose que se balancer entre la tyrannie et l’anarchie? N’est-ce pas là notre situation?

Pour trouver le Médiateur, pour décider si le Pouvoir est légitime, ou conforme à la justice et à la raison souveraine, ne faut-il pas une Autorité infaillible, indépendante à la fois du Pouvoir et de la Société?

Si l’on rejette l’existence d’un moyen Infaillible pour constater celte légitimité, le Pouvoir a-t-il d’autre règle que sa propre pensée ! N’en faut-il pas conclure qu’il n’y a plus sur la terre de souveraineté ni de liberté possible, conséquemment plus de vraie Société?

Ainsi : point de liberté sans la Société; point de Société sans la loi ; point de loi sans le Pouvoir ; point de Pouvoir sans légitimité; point de légitimité sans Infaillibilité.

Elle est la clef de voûte de l’édifice social : elle est comme une racine que la Société conserve dans le sein de Dieu. L’Infaillibilité est l'anneau par lequel l’humanité est suspendue à l’Infini1.

fl) • L'autorité des Papes fut In puissance choisie dans ie moyen-âge pour faire équilibre à la souveraineté politique, et la rendre supportable aux hommes. Rien d'humain n’est parfait: il n'existe pas de Pouvoir qui n'ait jamais abusé de ses forces.

a Mais si l’on fait abstraction de quelques auomalies inévitables, il se

l’aristocratie.

On voit alors que le inonde moral, de même que le monde physique, se rattache à la Cause première. L’expérience avait conduit la pratique de nos pères à cette déduction rationnelle , quand les hommes apportaient leurs efforts à entrer dans le Christianisme, au lieu de les employer tous à en sortir.

Est-ce la solution, dira le lecteur, offerte aux événements actuels? — Non, les faits nous préparent la nôtre1... Mais c’est l’observation qui montre à quelle distance nous sommes aujourd’hui de l’intelligence et de la liberté. Où trouver un système meilleur que celui indiqué par Dieu ?

Le christianisme nous avait donné le moyen de fonder une Société sur le droit; et vous cherchez le moyen de la fonder sur vous-mêmes I

trouve que les Papes ont réprimé les souverains, protégé les peuples, apaisé les querelles, averti '.es rois et les peuples de leurs devoirs, frappé d'anathémes les grands attentats.

» Cette puissance des Papes était l’exercice d’un pouvoir purement et éminemment spirituel, en vertu duquel ils frappaient des princes coupables, sans aucune usurpatiou matérielle, sans aucune suspension de la souveraineté.

> Peu importe ici, ajoute Leibnitz, que le Pape ait eu cette primauté de droit divin ou par un consentement humain, pourvu qu'il soit constant que pendant plusieurs siècles il l'a exercée dans l'Occident avec le consentement et l'applaudissement universel. »

Pensées de Leibnitz, tom. », pag. 404.

(1) L'auteur, ici, voulait parler du despotisme qui nous attendait..

.Note vk i.'Êoiteuh.

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