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CHAPITRE LV

Appel au peuple, dernier sjutènie.

On réclame un appel au peuple. Mais c’est précisément ce peuple qui appelle le Roi I qui appelle l’autorité, sans laquelle il ne serait pas. Sommes-nous donc tous submergés dans le principe révolutionnaire ?

L’appel au peuple lue d’un seul coup le principe de la Légitimité, dont le mérite précisément est de ne pas recourir à ce qu’on a nommé le peuple. Ce serait considérer le peuple comme une autorité infaillible; la souveraineté, au lieu d’clre dans les mains du souverain, serait alors dans celles du peuple. La multitude resterait investie du droit déjuger son œuvre. Là est justement l’anarchie, c’est-à-dire le renversement de la Société.

Quand vous proclamez un principe, ayez la force de le porter! Si c’est au peuple que l’on doit faire appel, il juge en dernier ressort, il est l’autorité définitive. Dès lors, à toute heure, il peut changer la loi. C’est la porte ouverte aux dernières injustices, aux plus cruelles proscriptions. Faites appel au peuple ! il répondra à sa manière par le pillage et par le meurtre.. Toujours l’appel au peuple, remarquez bien, pour éviter l’appel à Dieu et à l’Autorité !

La souveraineté nationale ne fut également inventée que pour couvrir d’un nom plus convenable la souveraineté de la foule. En soi, la souveraineté n’est pas plus dans la

L ARISTOCRATIE

multitude que dans la minorité, pas plus en haut qu'en bas, pas plus chez la noblesse que dans le peuple, puisque ce ne sont là que des hommes.

La souveraineté est en Dieu : et elle est déposée dans les mains de celui qui se conforme à sa justice. Le peuple est moins capable que tout autre d’exercer cette souveraineté : c’est lui dont les besoins et l’état la réclament I Une telle fonction, dans l’intérêt même du peuple, revient à ceux qui, sachant se bien conduire eux-mêmes et se placer dans la justice, peuvent dès lors y conduire les autres.

Si la nation est souveraine , pourquoi lui imposer un gouvernement? Si le peuple est souverain, pourquoi ne pas le livrer à lui-même? il porte en lui la justice, la paix, et il n’a pas besoin de vous... Quand cessera-t-on de vouloir puiser la souveraineté dans celui qui en a besoin, dans celui qui nous la demande?

Certes ! les peuples n’ont pas été faits pour les rois ; mais les rois ont été faits pour que les peuples soient pourvus d’une autorité. Sortons du principe de la souveraineté du peuple, si nous voulons sortir des révolutions : sortons du principe de la souveraineté d’un homme, si nous voulons n’y pas rentrer... La souveraineté vient de Dieu; le souverain est celui qui l’exerce pour notre bien ; et l’obéissance est la vertu dont nous payons le bienfait d’être en Société.

Imaginée par le dix-huitième siècle, la souveraineté du peuple est un athéisme déguisé qui coulera cher à la France. Les souverains qu’une telle souveraineté lui imposera , lui feront regretter d’une façon lamentable ceux que Dieu nous avait choisis, et qu’il avait introduits sans secousse dans la trame de notre histoire.

La Royauté n’est que le principe de la souveraineté de la justice, de la souveraineté de la Loi. Ne voulez-vous obéir en rien, êtes-vous arrivés à l’orgueil social? vous le payerez de votre civilisation.

Mais si vous voulez reconstruire l'édifice, reconstruisez jusqu’au sommet : toutes vos pierres s’écrouleront tant quelles ne seront pas retenues par la clef de voûte...

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