CHAPITRE XXX
Transformez te Capital de luze en Capital agricole.
Par la raison que le revenu de la France est destiné à une consommation annuelle, cette consommation ne doit s’opérer qu’avec une reproduction semblable, du moins pour ne pas rétrograder. Il est clair qu’on ne peut attendre cette reproduction de la consommation improductive du luxe, mais seulement de la consommation agricole, qui reproduit dans une proportion ascendante les forces, le travail et le capital employés.
Observons d’abord que cet homme qui met son art à jouir, c’est-à-dire à consommer plus de valeurs qu’il n’en peut produire, est évidemment entretenu aux frais du pays dans la différence de sa dépense à sa production. Examinons ensuite que, par la nature de sa demande, il attire le capital de la production des objets de première nécessité vers la production des objets de superfluité. Qu’arrive-t-il donc si ce phénomène est répété sur des milliers de points, et par les hommes qui disposent de la plus forte quantité du Capital?... A tout prix, il faut détruire le luxe! détruire le Monde, qui le produit!
En ne mettant qu’à un milliard la rente naturelle du capital employé par le luxe en France; qu’à deux, le salaire revenant au travail et au talent qui exploitent ce capital, on trouve trois milliards. Quoi ! trois sur neuf ou dix que produit la France!... Trois milliards? C’est dix fois la somme à laquelle la Frauce se résignait naguère pour maintenir la religion, la justice, l’instruction, les arts, les monuments, ce qui se rapportait à notre âme.
Cette révolution n’aurait l’effet qu’en attendent les pauvres politiques qui ont mis le feu vers l’amorce, que si le capital sacrifié au luxe était dès ce jour repris par les canaux de l’agriculture, puis, favorisé, scellé et incorporé là par la propriété au noble sol de la France. Voyez aussi, dès ce jour, ce que serait ce pays dans un quart de siècle, combien son capital réel serait accru, combien sa population se serait affermie, si les deux ou trois milliards que le double luxe du pauvre et du riche retranche chaque année au capital du pain, de la laine et du logement, et si les deux ou trois millions d’hommes, enfants ou sur lage, que le vice ravit directement à la morale et à la vie, rentraient à la fois dans ce terri-
LE CAPITAL. 75
toire sacré, fondé par la vertu et par la valeur de nos pères !