AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR. XIII
journaux consacrent le lundi de longues colonnes a de misérables comptes rendus, tandis qu’ils négligent d'entretenir le public des productions du génie contemporain. Pour protester par le fait contre cette manie de la presse en général, nous crierons à. tous les chroniqueurs : Avez-vous la La Restauration française! Nous appelons ce livre un chef-d’œuvre. Depuis le comte de Maistre, jamais de plus grandes pensées, de plus profondes considérations, un style plus puissant ne s'étaient mis au service de la société. C'est le seul traité absolument victorieux de l'éternelle vérité contre les erreurs modernes ; c'est le coup de massue suscité par Dieu contre tous les apôtres de la Révolution. C'est le livre évènement dans toute l'étendue du terme. Nous parlons ainsi, parce que nous avons la hardiesse de notre enthousiasme . Nous voulons qu'en dépit des futilités du siècle, hommage soit rendu à un livre qui, nous le disons devant Dieu, est le premier livre de notre époque. »
Bien qu'ici la doctrine soit tout, on n'a pas moins remarqué le bonheur d'expression et la sobriété avec lesquels les idées sont rendues. Dans l’ami de la religion (n0’ 5211, 5216, 5221), M. Adrien de Courson consacre trois articles à une analyse sérieuse de l’ouvrage, et félicite l’auteur de sa concision. « Il a mis en pratique, dit-il, le conseil de Joubert, en écrivant avec respect et sobriété. M. de Saint-Bonnet n'a pas teint son style comme la plupart des écrivains de sa province. A la calme simplicité de son allure, on ne se douterait pas que l'écrivain est si proche voisin du Poète de Mâcon et de l'auteur d’Ahasvérus. L’auteur de la Restauration française a même exagéré sa manière dans un sens opposé à celle de MM. de Lamartine et Quinet. En donnant à son style une extrême concision, il a pensé sans doute qu’il devait protester par son exemple contre la plupart des livres publiés aujourd'hui , et dans lesquels les auteurs s’abandonnent au torrent de la phrase. »
Le Corsaire lui-même frappé de ce genre nouveau, s'exprimait ainsi par la plume expressive de M. Venet : « Parce que l’auteur se tient au plus profond du vrai, sa pensée se dégage à tout instant en une formule énergique et pittoresque, qui saisit
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et qui fait que l’on se demande par quel mystérieux moyen on peut donner ainsi du retentissement, de la couleur et de l’éclat aux mots les plus simples, et comment on peut être si persuasif sans recourir aux effets d’éloquence. Mais étudiez les choses primordiales, et vous comprendrez le mystère de cette facture sombre et puissante ; ou plutôt lisez ce livre ; il vous épargnera les longues nuits de laborieuses recherches. Quand on veut faire aimer un bon livre, on’ plante des jalons de papier à tous les passages d’élite, puis on choisit et l'on cite. Mais ici la forêt de jalons devient trop touffue; D'ordinaire un auteur cause un peu de lui et de beauooup de choses accessoires. Ici mous avons un volume de près de deux cents chapitres dont chacun exprime un décret de philosophie religieuse ou d’économie politique, et il est impossible de frapper à l'une de ces deux cents portes sans que toutes ne s'ouvrent à la fois. Ainsi l’auteur n’explique pas la Foi : il la dépose au fond de toutes ses idées, sur le capital, sur l’ordre social, sur l'Aristocratie, etc., et il semble que l'on recueille pas à pas la monnaie de cette pièce d’or. » Un autre publiciste, après avoir exposé brillamment la conception de l’auteur, disait : - Nous nous apercevons que nous n’avons point parlé du style de ce livre. Comme le fond, il est taillé dans des proportions simples et monumentales. Une ppnsée si antique et si nouvelle emportait avec soi la perpétuité et la jeunesse de sa forme. «
Dans l’Opinion publique (12 mai 1851), M. Nettement déclarait “ la Restauration française l'un des livres les plus remarquables qu’il ait lus depuis longtemps. Il renferme l'exposition la plus profonde qu’on ait encore vu de 1 état de notre société présente. Jamais on n’a mieux prouvé qu’il fallait être chrétien, non-seulement pour remplir des devoirs religieux, mais pour assurer l’existence à notre civilisation. Le livre de M. Saint- Bonnet, qui remonte si haut dans la construction de ce monde, est en même temps un livre de circonstance, un liyre de l’heure présente et un livre de l’avenir. Il parait à l'instant logique où il devait paraître; c’est une vive lumière projetée sur la route obsoure où nous marchons tous. Il y a dans l’enchaînement des idées de l'auteur une logique trop puissante pour qu'on puisse y
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répondre, et devant laquelle doivent s'incliner les classes qu'il accuse de contenir la source du mal et qu'il exhorte à une réforme religieuse et sociale. Car il parle au nom de la vérité, faisant jaillir d'un style qui est comme un brillant reflet des Livres saints, des preuves et des aperçus sur notre situation avec une puissance de précision qui ne laisse place qi au doute ni à l'indécision. » — Après une analyse bien comprise du livre, le judicieux publiciste ajoute : * Telles sont les assises du grand ouvrage dont nous ne réussirons qu'à faire entrevoir en quelque sorte la silhouette. Et cependant nous n'avons qu’effleuré tout ce que nous avions à dire, car cette œuvre est complète ; et même en nous bornant à en indiquer la portée, nous lâchons d’éviter les lacunes. Dans cette étude sociale d'un si grand intérêt, il y a une charité et une justice égale, une grande commisération pour le peuple, dont les faute’s ne sont que le calque des nôtres, en môme temps que les plus éloquentes leçons données aux classes supérieures. Ce sont celles-ci , comme dit l'auteur, lorsque Dieu a remis à nu les éléments du monde, qui ont reçu le dépôt de3 grands devoirs, et qui doivent former une nouvelle aristocratie, celle de la sainteté, la seule qui puisse nous rendre à la vie. Nous adoptons sans réserve les excellentes pensées de l’auteur ; nous avons raconté son livre avec une vive sympathie. Ce que nous désirons, c'est que cette foi profonde et cette parole puissante fassent comprendre à tout ce peuple le langage d’un livre qui semble être la magnifique paraphrase à la fois économique, politique et religieuse de cette exhortation suprême de l’Ecriture : Convertere, Jérusalem, etc. »
En répandant les plus vives critiques, les journaux inspirés par la Révolution n’ont pu s'empêcher de rendre hommage à la beauté des idées de l’auteur. Tous ont reconnu la force du style et de la pensée. « Ce livre, a dit l'un d'eux, attribuant cette parole à un profond penseur, ce livre est un volcan d'idées. » • De nombreux éclairs sillonnent les nuages au milieu de ce sublime cataclysme. Une continuelle inspiration, un souffle prophétique semblent régner dans le volume entier. Aussi renferme-t-il toutes les beautés et tous les défauts d'un pareil mode de composition.... »