‹ Restauration françaiseChapitre 44 sur 197 · I.'accroissement de la propriété amène celui des salaires · texte numérisé non relu

I.'accroissement de la propriété amène celui des salaires

Plus le capital est considérable relativement à la population, plus le salaire est élevé; car les capitaux se font concurrence. Or, l’accroissement du capital n’est que l’accroissement de la propriété.

Le capital fait la valeur du travail. Par la simplicité de nos mœurs, attirons le capital sur la production nécessaire, chassons-le peu à peu de la population superflue, là est le soulagement du peuple.

Qu’on retourne en tous sens la question de l'amélioration du plus grand nombre, elle rentrera toujours dans ce premier principe : accroissement du capital, c’est-à-dire de la propriété. Qu’on retourne en tous sens la question

LE CAPITAL. 105

de l’accroissement du capital, elle rentrera toujours dans ce second principe : formation du capital par la vertu. Epargnons-nous la jouissance, soit par une plus grande production de travail, soit par une moindre consommation de son produit.

Ce sont deux vérités universelles comme les nations, éternelles comme la morale, qui fait leur loi. Si ceux qui veulent gouverner les peuples sont des sages, ils les dirigeront dans la voie tracée au genre humain. Quoi qu’ils disent, le genre humain est un être sobre, puisqu’il a été déposé nu sur la terre, et qu’il y a laissé tout ce que nous possédons aujourd’hui.

L'aspect des souffrances du plus grand nombre a fait croire qu’il y avait une répartition avare. Car beaucoup ignoraient à la fois la source et la quotité de la richesse; ils la croyaient le don d’une nature inépuisable. C’est ici que vient la statistique, chiffre terrible de la morale. II n’y a pour l’homme sur la terre que les biens que sa vertu lui a remis; et tout individu se trouve pris dans cette loi.

S’il fallait répartir la richesse, non plus selon la justice, mais, comme on l’a demandé, selon les besoins, toute la richesse actuelle, plus sa racine, le capital, serait absorbée; dans quelques mois la population mourrait de faim.

La somme du revenu des quatre États les plus riches de l’Europe ne suffirait pas même à satisfaire tous les besoins qui sont en France. Ils ne donneraient à chacun de nous que 800 francs par an. Or, est-il un célibataire ayant à dépenser celte somme, c’est-à-dire, 2 fr. 20 c. par jour, qui croie tous ses besoins satisfaits?

Les économistes nouveaux ont cru qu’ils allaient enrichir tous les hommes en décrétant une augmentation de

salaire. C’est une augmentation de capital qu’il fallait pouvoir décréter. Le tarif des salaires est fait par une loi plus forte que les gouvernements, savoir, la nature des choses. Un gouvernement ne peut pas plus décréter le prix du travail que le prix du grain, du vin, de la laine et du fer.

Décréter le prix d’une chose serait décréter les frais avec lesquels on la produit. Le prix d’un objet est le prix du capital, du travail et du talent employés à le créer. Un accroissement de salaire ne peut venir que d’un accroissement du capital. Sinon, l’accroissement de salaire n’aurait lieu-que par une diminution de capital, laquelle amènerait peu après une diminution de salaire.

Ceux dont l’erreur vient de faire consumer du capital au peuple, lui ont fait un mal qu’ils ne savent pas. 11 ne faut pas payer les ouvriers avec le capital; un capital détruit, c’est üne force détruite. Ainsi, décréter une augmentation générale des salaires, c’est décréter une diminution générale des travailleurs. Mais on prévoit bien autre chose! au lieu du bonheur d’augmenter le salaire, on le diminuera encore en augmentant les impôts.

Enlever une somme de plus à chaque propriétaire en France, c’est assigner le travail de moins qu’il pourra faire exécuter. A Paris, les banquiers et les financiers savent peu comment le capital se ramasse. Le milliard et demi, que l’impôt prélevait déjà, était précisément un milliard et demi tout liquide allant s’ajouter à la somme qui pouvait se capitaliser en France après les plus urgents besoins satisfaits.

Toute augmentation d’impôt équivaut à une diminution de salaire. Nou-seulement l’impôt absorbe une portion du revenu public, mais par le fait il s’empare du capital

LK CAPITAL

correspondant à ce revenu ; il le détruit par une aliénation irréparable. Le budget, c’est juste autant d’enlevé au capital du peuple. Il semble frapper le propriétaire et le capitaliste; en fait, il atteint celui qui ne possède ni immeubles ni capitaux, autrement dit le prolétaire.

400 millions d’impôt fournis par l’agriculture sont simplement 400 millions ajoutés au prix du pain, de la viande, de la laine, etc, consommés en France, puis, 400 millions enlevés au travail, qui aurait produit pour autant de pain, de viande et de laine à la population.

L’impôt a donc pour effet d’augmenter le prix des produits et de diminuer la quantité du travail. Augmenter le prix des produits, c’est ruiner les masses, puisqu’elles sont au fond le grand consommateur; diminuer la demande du travail, c’est amener la concurrence entre les ouvriers, c’est-à-dire une diminution de salaire.

Ainsi toute diminution d’impôt équivaudra à une augmentation de salaire. Le fait économique est clair ; c’est ici qu’on verra si vraiment vous aimez le peuple 1 Avant de nous donner, par des mots, la fraternité et la solidarité, commencez seulement par donner la justice1.

(i) Tout ceci s'adressait au Gouvernement de 48, époque où écrivait l'auteur. Non di l'Édit.

Page 1