CHAPITRE XLI
Les hommes politiqaes en face de la solution.
Vous écartez le christianisme, et vous voulez conduire les peuples qu’il a formés. Vous n’èles plus dans l’Évangile, et vqus venez en forcer les applications. Vous saurez ce qui reste à faire pour que votre république soit une vérité !
Hommes politiques, voici votre position : vous serez partout obligés d’admettre le principe, et partout obligés d’en éviter les conséquences. Quels résultats aurez-vous?
Quand on a pensé dans le faux, comment retomber sur le vrai? La révolution que vous désiriez s’est ouverte : et les idées, les principes, les essais, tout succombe à la première épreuve. On dirait que toute la Société, accourue, est venue là se convaincre de son impuissance. Non point, mais de celle de vos idées. Pas un de vos mots, vrai en lui-mème, qui ne soit faux entre vos mains!
Les hommes rêvant la république étaient ceux qui voyaient l’homme perfectible, mais qui en même temps oubliaient l’Evangile. Les hommes la repoussant étaient ceux qui voyaient l’homme dépravé, mais sans croire qu’on pût y porter un remède. Les derniers, bien qu’ils aient trouvé raison devant les faits, valent moins que les autres.
Les premiers ont du moins conservé le regard chrétien. Privés des sources de la sagesse, ils seront dominés par les hommes du fait. La vérité ne leur viendra qu’avec
LE CAPITAL
la Foi. Mais les seconda portent un cœur inaccessible à la candeur du vrai. Nous sommes donc livrés, ou aux esprits qui ferment les yeux à la lumière, ou aux esprits qui ne les ouvrent qu’aux dehors. 11 reste à la pratique fort peu d’hommes, et encore le point de vue moral leur échappe! Ils ne sauraient sauver la France; ils pourraient seulement empêcher de lui faire administrativement plus de mal.
Sauver la France ! ce n’est pas au pouvoir d’un homme.
Uu grand homme est même impossible aujourd’hui. Trouvez dans les esprits l’absence d’anarchie sur un point! L’éloquence est dans ceux qui écoulent; où est la pensée qui les réunirait? Est-elle dans la Démocratie? est-elle dans la Bourgeoisie? Dieu nous garde de l’ivresse insensée de l’une, de la médiocrité et de la corruption de l’autre.
Sauver la France?QuelleexpIosion d’humilité il faudrait au premier moment , et combien d’années de vertus il faudrait ensuite pour rétablir le capital dévoré par soixante années de vices! On crut n’avoir qu’à frapper du pied notre sol, et que des hommes en sortiraient ! Il s’agit bien * de splendeur! il s’agit de ne pas mourir. Si des hommes te sont donnés, ù France, ce ne sera point pour ta gloire, mais pour te secourir.
Cette révolution est peut-être le seul remède à la civilisation qui succombe. Elle ne laisse plus possible qu’une Société dans le vrai : il faudra conséquemment des hommes qui y soient. Que ceux qui ont demandé la République se doutent peu de leur demande!
Mais la foule se trouve réellement plus incapable qu’elle ne l’eût été en 1830 de s’ordonner dans une constitution républicaine. Nos vices, arrivés sur elle, la refoulent dans une incapacité radicale. Le peuple s’est présenté à cette
HO
révolution avec les instincts de la bourgeoisie; c’esl-à-dire qu’il espérait jouir!
Hommes politiques, vous qui pensiez tenir nos destinées dans vos mains, que de choses l’avenir va vous apprendre ! A tout instant vous espérez, comme M. Guizot, saisir le bout dans un triomphe du scrutin ou de lepée. Bientôt vous reconnaîtrez si ce sont les folles idées des hommes, ou seulement les lois de Dieu, qui conduisent les nations.
Toutes les questions ont été travesties dans votre pensée. Vous devez ne plus savoir vous-mêmes par quel côté les prendre. Vous possédiez un livre, et le texte a passé dans une langue inconnue. Vos idées vous apportent l’effroi ; avouez que vous ne reconnaissez même plus vos principes !
Dans celte crise, que ceux qui désirent nous administrer se sentent à la fois la commisération et la force nécessaires pour diriger en ce moment les hommes ! Mais quels qu’ils soient, qu’ils songent à ceci :
Dans la vie des Sociétés, comme dans celle de l’individu,