‹ Restauration françaiseChapitre 50 sur 197 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

' Les faits ramèneront les hommes à la vériié.

Pensez-vous qu’on ne voie pas ce qui se passe en ce moment chez les hommes ? Ils voudraient se sauver sans Dieu : ils ont mis là leur point d’honneur 1 Or Dieu leur laissera prendre à leur aise toute la leçon que les événements contiennent...

Mais savent-ils ce qu’ils font? Si la religion voyait encore diminuer son empire, la Société réelle verrait disparaître le sien. C’est alors qu’on verrait la loi entrer dans les consciences, pour diriger les volontés; dans la famille, pour maintenir les mœurs ; dans la propriété, pour commander l’économie. La loi irait étouffer l’homme jusque dans le sein de sa mère.

La religion a sauvé la plus grande, la première liberté de la terre, la liberté de l’àme. Pourquoi courir si vite au devant de tput ce qui peut nous l’ôter? Nous connaissons si peu la liberté que nous la cherchons encore sur le sol d’où elle fut constamment bannie. La politique ne doit être qu’un grand secours et une noble administration. En faire j*ne direction pour les esprits, c’est rebâtir la tyrannie.

Il faut que la religion étende son empire sur l’homme, il faut que la politique diminue le sien : il faut que lame devienne de plus en plus libre devant Dieu. Toute autre marche des choses ne sera qu’une réaction de l’Antiquité. Ce sera encore une époque à reprendre, une révolution de

plus sur l’humanité. Nous n’avons qu’un bien sur la terre, et nous nous le laissons ravir!

11 est un fait contre lequel toutes les révolutions et toutes les institutions élevées sur le sophisme viendront s’user : la religion. Ou, si la force qui nous a faits ce que nous sommes se retirait des âmes, la Société disparaîtrait. Hommes de politique, si vous n’avez pas la Foi, il faut le dire, el porter toute la question là. Mais voici ce que vous faites : vous ne croyez pas, et au lieu de le dire, vous tirez hypocritement vos institutions d’un terrain en dehors de la religion. En cela vous trompez le peuple.

Quand la Foi d’un peuple n'est point assurée, c’est une trahison de porter la question ailleurs. On ne fait qu’augmenter sa chute. Il faudra toujours que nous retombions sur le niveau de nos mœurs. Les lois ne peuvent les précéder sans que leur exécution ne soit lyrangique et détestée. Voulez-vous remplacer la conscience par des arrêts ? Si la liberté pouvait être à tout instant prévenue, l’humanité perdrait son droit divin d’imputabilité. Si nous rentrions dans le mode des sociétés antiques, nos dix-huit siècles de chrétienté seraient perdus.

Affaiblir un dogme, c’est faire glisser la morale, décliner la nature humaine et écrouler d’autant la Société. Méfiezvous des hommes qui ne se mettent point en peine de votre intérêt éternel ; ils vous désoleront. On n’a vu aimer vraiment les hommes que par ceux qui ont aimé Dieu. Les autres ont toujours fini par se les sacrifier.

Il n’y a que deux lois au monde : la loi de la nature, dans laquelle les espèces supérieures mangent les espèces inférieures; la loi divine, dans laquelle les êtres supérieurs secourent les êtres plus faibles. Vous prendrez toujours l’une ou l’autre. Si la loi de charité voit sa source

LE CAPITAL

ISS

tarie en nos cœurs, ia loi de l’animalité nous reprendra de vive force. En dehors du Christianisme, l’homme est toujours anthropophage.

On ne pourra pas le nier, le siècle s’est toujours porté avec ivresse du côté des doctrines qui semblaient expliquer tout sans religion. Ce ne sera point sa faute s’il en arrive autrement! Comme on eut trouvé commode de se passer de la vertu ! de vivre au sein d’une police bien faite, où tous les vices bourgeois auraient été en paix chez eux! — Ne saurait-on se mettre en société sans Dieu ? Qu’on lui décrète la plus grande estime ; mais il devient un voisin incommode s’il faut qu’il sc mêle de tout ! —

Le jeune siècle, sur ce point, a fait un pas sur le libéralisme de ses pères : devant la Foi, il donne signe d’une préférence historique. Mais dites quelle est la vérité sociale, il en sourit; il sait trop bien, par son expérience, que la Foi ne possède aucune puissance sur lui... Est-il un sacrifice trop coûteux pour arracher les âmes à cette position désastreuse?

Depuis vous, Dieu n’est-il plus le but du monde? Alors pourquoi l’a-t-il créé? Le temps approche où votre pensée vous tuera. L’avenir tient la leçon prête. On a vu le mal dans la pensée, on a vu le mal dans les lois, c’est vous qui le verrez en acte! Souvent vous répétiez d’une façon littéraire, même d’après l’antiquité, qu’il n’y eut jamais de société sans religion. Vous vous en convaincrez par le fait...

Ne nous étonnons plus de la voix répandue en ce temps. Nous perdons la crainte de Dieu, nous aurons celle du pillage. 11 faut bien nous traiter comme des enfants! La noblesse ne fut jamais plus croyante que depuis 93. La bourgeoisie apparemment le deviendra après son

93 économique. Elle apprendra que le pain vient de la Foi.

Vous dites qn’on emploiera la force ! Mais tous les canons de l'Enrope et vos plus beaux gouvernements ne résoudront pas la question. — Dès lors que faire? — Revenir à la vertu. — La vertu donne-t-elle du pain ce soir? — Votre système vous en refusera demain, après, et pour toujours. Toutes vos idées sont bonnes, si au fond vous y cherchez Dieu ; toutes mauvaises, si vous cherchez à le fuir. — Nous essaierons ! — On le sait bien. Quand le mal a régné dans une âme, la vertu n’y rentre plus que par la porte du malheur...

Il était- bien visible que la raison n’était point assez développée en France pour reconnaître la vérité sublime et absolue du Christianisme. Quand il sortira des faits, on en saisira la vérité relative. D’ici là, hommes de politique, vous parcourrez sur le faux tous les périls de la pratique : la Religion vous sera démontrée par l’absurde.

A cette heure, quelle foule de gens en France se torturent l’esprit pour savoir comment on se sauvera sans rentrer dans la religion ! Hommes d’Etat, économistes, académisles, tous croient leur renaissance politique à la veille de triompher complètement. L’éditeur de Jacques Délille payait sept francs pièce ses vers au moment ou M. de Chateaubriand paraissait !

LE CAPITAL

i îl

Page 1